Le temple

Photo de David Broglin

La nuit en est à ses premières heures. Une frêle silhouette avance et chancèle de droite à gauche. De gauche à droite. Les ruelles sont éclairées de-ci delà par de maigres torches. Du reste qui irait s’attaquer à ce pauvre hère ? En y regardant de plus près, cette ombre n’est pas si masculine…
Cela fait plusieurs jours qu’elle avance dans le froid et la faim.
Aujourd’hui, il a neigé sur Mulhouse. Aujourd’hui, elle avance pieds nus dans cette masse blanche et cotonneuse qui crisse sous ses pas. Elle ne sent plus ses jambes. Son regard est brumeux. Sa gorge la brûle tellement elle a soif. Son estomac n’est que tortures et bruits incongrus semblant se répercuter et s’amplifier le long des murs humides.
Sa main, bleuie par le froid, prend appui sur les pierres anguleuses d’une maison. Elle se repose un peu, tête vers le sol. Ses longs cheveux roux et broussailleux cachent son visage. Lentement, elle passe sa langue sur ses lèvres gercées. Le sang qui s’en écoule offre un goût métallique et rassurant à sa bouche. Encore. Avance encore. Tu es si près. Avec un effort surhumain, elle redresse sa tête alourdie et tangue à nouveau vers cet édifice.

Le temple ! Depuis la venue de Martin Bucer en 1523 beaucoup de choses avaient changé ! Ce prêtre séculier s’était même marié avec une moniale ! L’Eglise l’avait excommunié, il avait fui en Alsace. Et puis… Et puis, les paysans étaient entrés en guerre, guidés par Erasme Gerber. Malheureusement, les Rustauds n’avaient pu faire face à l’armée. Ils avaient été faits prisonniers… Les hommes condamnés à mort. Les femmes…

Clotilde s’était échappée. Pas comme Jeanne ou Margot… Marcher, marcher vers Mulhouse et vers cette église devenue temple. Domitille. Il fallait qu’elle rejoigne Domitille. Son prénom résonnait dans sa tête depuis des semaines.

Et là, devant elle, la bâtisse se dresse vers le ciel, semblant toucher les étoiles. Un pas, encore un pas, et un autre. Sa vue commence à s’obscurcir sérieusement. Ses doigts gourds touchent le bois de la porte. Plus la force de taper. Pas la force de crier. Elle appuie sa tête contre l’huis. Tout se met à tourner. Elle ne voit plus rien. Ne sent plus le froid…
Comme une plume vole au vent, son corps glisse, glisse, glisse…

« Notre Père qui es au cieux,

Que ton nom soit sanctifié,

Que ton règne vienne,

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ;

Ne nous soumets pas à la tentation, délivre-nous du mal, car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles.
Amen. »

La voix masculine monte dans le silence solennel. A genoux, la tête baissée et les yeux fermés, un homme brun, habillé d’une robe de bure, prie. Tout à coup, il se lève, penche la tête sur le côté comme pour mieux entendre. D’un pas alerte, Domitille se dirige vers la petite porte latérale. Il l’ouvre à la volée et manque de buter sur un corps recroquevillé dans la neige. Vivement, il se penche et tâtonne. De la peau nue est froide. Des morceaux de tissus. Des cheveux longs. Une femme ! Ses mains finissent par trouver celles de la créature. Il s’en saisit et la tire dans l’église. Il court vers les chandelles, en attrape une et revient éclairer la femme. Il s’accroupit auprès d’elle. Ecartant les cheveux mouillés de neige, il aperçoit un visage barbouillé. Clotilde ! C’est Clotilde ! La réchauffer, il faut la réchauffer ! Je n’ai rien ici. Pas de couverture. Pas de… Alors, le jeune homme s’allonge à ses côtés. Avec douceur, il approche le corps de Clotilde contre le sien. Le froid le saisit. Il reste sans bouger quelques minutes. Aucun son ne sort de la bouche de la jeune femme. Alors, il fait ce qui lui semble juste. Il se relève. Délie la corde qui retient sa robe. Lève les bras et se retrouve nu. A nouveau, il se baisse. Ses mains soulèvent les haillons qui recouvrent Clotilde. Il ne prend pas le temps de s’attarder sur les formes de ce corps gelé. Domitille commence par frotter les pieds, puis les jambes, puis les mains, puis les bras. Il finit par se coucher sur elle. A nouveau, le froid le surprend. Plus que tout à l’heure. Le contact de sa peau est saisissant. Depuis combien de temps n’ai-je pas touché de femme ? Petit à petit, son corps absorbe le froid de celui de Clotilde.
Elle commence à bouger, à geindre.

« Là. Là. C’est fini. Je suis là. Ne crains rien. »
Sa bouche collée à l’oreille de la fille, il murmure ces mots comme il dirait une prière.

« Soif… Soif… »

La voix est âpre. De l’eau ! Je n’ai pas d’eau ! Du vin ! Oui, le vin de la messe !

« Je vais te chercher à boire. Avant, je dois te revêtir. Que la chaleur tout juste revenue ne parte pas de ton corps. »

Il s’agenouille à ses côtés, saisit sa robe de bure et soulève sa tête pour la passer dans l’encolure. Ses doigts s’emmêlent dans les cheveux roux. Ses yeux plongent dans le regard vert. Il lui sourit.

« Je reviens !

- Domitille…

- Ne dis rien. Je reviens. »

Il se lève et court nu jusqu’à la sacristie. Dans la petite armoire, il trouve une carafe remplie de vin. Il ressort et s’empresse de revenir vers Clotilde. La jeune femme est assise. Elle le regarde venir à elle en souriant.

« Tu n’as pas honte de regarder un homme nu, espèce de dévergondée ?<

- Et toi, prêtre, tu n’as pas honte de t’exhiber ainsi devant une pauvre jeune fille innocente ? Viens. Viens contre moi. Tu vas prendre froid.

- Avant tu bois ! »

Il approche la carafe des ses lèvres fendillées et l’incline pour que le vin coule dans sa bouche. Doucement, elle avale des gorgées du liquide rouge qui dégouline sur son menton. Alors il pose la bouteille et se penchant vers son visage commence à lécher les fines coulures. Elle se laisse faire. Sa langue court sur son menton, passe doucement sur ses lèvres qui frissonnent, s’envole vers ses joues. Lèche. Lèche. Lèche. Sa bouche revient sur ses lèvres qui s’entrouvrent. Leurs langues se joignent alors. Mélange de salive. Mélange de saveurs. Ses mains d’homme enserrent son visage qui a repris des couleurs. Ses yeux bruns vert se noie dans le regard de Clotilde.

« Tu m’as manqué ! Tu ne peux pas savoir comme tu m’as manqué ! Il ne s’est pas passé une journée sans que je ne pense à toi. »

Domitille est à califourchon sur elle. Il se recule et l’aide à enlever la robe.

« Tu es si belle ! »

Ses doigts passent sur l’aréole des seins, les pincent. Elle penche sa tête en arrière. Il approche sa bouche gourmande d’une des pointes et la mordille, la suce. Passe à l’autre et recommence. Sa langue se fraye un passage entre sa poitrine aux tétons arrogants et continue sa course sur son ventre. Pointue, elle chatouille l’espace sous les premières côtes. Il s’en amuse. Clotilde se renverse jusqu’à toucher le sol. Domitille poursuit sa course sensuelle. Son dard mouillé goûte la peau de ses cuisses, la fine peau de l’aine. Lentement, il se dirige inexorablement vers sa toison de feu. De ces deux pouces, il écarte les lèvres, vient embrasser son bourgeon rose et gonflé. Sa langue se fait plus large. Il lape, suce, mordille, pénètre, caresse, boit. Les gémissements de Clotilde augmentent. Les doigts de Domitille se font fourche de Vénus. Elle se tend vers lui, il accélère le va-et-vient de ses doigts. Sa bouche aspire son clitoris. Elle hurle sa jouissance. Son cri se répercute d’arcades en arcades. L’homme attend quelques secondes. Elle se redresse, les joues rosies, les yeux brillants. Sa langue rose passe sur ses lèvres. Son regard se perd dans celui de son partenaire agenouillé devant elle.
Féline, elle se penche sur son sexe dressé insolemment. Baiser doux du gland sur ses lèvres. Un filet s’échappe du méat. Mine gourmande, elle lèche ce bout de chair turgescent. Ses fines mains caressent la hampe et poussent sur ses cuisses pour qu’il les écarte. Ainsi libérées, elle peut atteindre ses bourses durcies. Ses longs cheveux tombent en cascade sur ses cuisses fermes et velues. Langue de velours, elle pourlèche la hampe fière. L’enfourne goulûment d’un geste vif. Domitille saisit ses cheveux et imprime le rythme. Elle se laisse guider, fourreau étroit, mouillé et chaud.
Il ne dit rien mais elle sait qu’il apprécie ses caresses. Lui prenant les coudes, il la fait venir sur lui. Tenant sa queue d’une main ferme, Clotilde s’empale. Yeux dans les yeux, deux verts se regardent. Se confondent. Se rejoignent. Deux âmes s’enlacent et s’entrelacent. Deux âmes font l’amour sur les dalles d’un temple. L’ange et le diable s’aiment encore une fois. Le plaisir brûle dans leurs veines jusqu’à n’être plus que l’Extase elle-même. Et leurs lèvres se mangent. Et leurs souffles se fondent. Et leurs yeux se noient.

Et Dieu sourit aux anges.

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Cali Rise

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