Royal Hôtel
Photo de David Broglin
1909. Le train arrive enfin dans la gare de Chatel-Guyon. Sa lettre était arrivée la semaine dernière. Il lui donnait rendez-vous au Royal Hôtel. Elle savait pertinemment que c’était leur dernier.
Enfin, les wagons s’arrêtent. Camille se lève doucement, réajuste son chapeau. L’aiguille est toujours plantée à la même place. Bien… Le manchon dans une main, elle lève un pan de sa robe pour avancer dans l’allée. Heureusement, elle voyageait toujours en première classe. Ainsi, elle ne risquait pas de prendre l’ourlet de sa robe dans quelques cages à poules ou lapins ! Arrivée au bout du wagon, un homme lui tend la main pour l’aider à descendre les trois marches. Sa bottine aux boutons de nacre se pose sur le quai de la gare sans encombre.
Le vent la surprend. Elle serre un peu plus son long manteau. La cape qui retombe sur ses épaules jusqu’à mi-bras lui tient bien chaud. La fourrure du col lui chatouille gaiement les narines. Pour comble de malchance, il pleut ! Le ciel est si bas qu’il semble ne faire qu’un avec le sol. Peu de personne descende ici. Surtout à cette époque de l’année. Qui viendrait s’enterrer en plein novembre dans le Puy de Dôme ?
Personne ne l’attend dans le hall. Sans doute est-il à la chambre d’hôtel ? Si ces souvenirs sont bons, deux rues la séparent de son amant. Pas besoin de héler un fiacre ! Elle va marcher jusqu’à lui. Il ne pleut pas suffisamment pour gâter la peau de ses bottines. Mais après tout, qu’importe ?
Elle avance, seule, dans la rue grisonnante. Le crachin forme un léger rideau liquide qui pare les rues d’une nouvelle couleur. Tristesse ! Camille n’en veut pas. Ce soir doit être unique. Mieux que les autres nuits qu’ils ont passées ensemble.
Royal Hôtel. Le nom s’impose à elle. Elle pousse la porte et indique son nom au concierge. Monsieur est déjà monté. Il l’attend. Non, elle n’a pas de bagage. L’homme lui indique le chemin à suivre jusqu’à la chambre. La jeune femme grimpe les marches rapidement. Au palier, elle s’arrête. Prend appui d’une main sur la rampe et tousse, tousse… Plusieurs minutes s’écoulent avant qu’elle ne retrouve son souffle. Mon Dieu ! Pas encore, s’il vous plaît !
Chambre 123. Elle frappe et entre. Il est là ! Son costume gris anthracite rivalise avec le noir de sa cravate et la blancheur de sa chemise. Toujours aussi élégant ! Elle remarque sa canne à côté du fauteuil. Son haut de forme et ses gants reposent sur le guéridon. Dans un sourire éclatant, il lui demande si elle veut boire un verre de vin. Bordeaux ?
Elle se débarrasse de son manteau, de son chapeau. Dans sa main, la grande aiguille à l’embout de nacre brille de mille éclats à la lumière du lustre.
La jeune femme avance vers lui dans le froufroutement de sa robe qui glisse au sol. Il lui dépose le verre dans la main et en profite pour l’effleurer. Elle la saisit et l’embrasse.
« J’ai envie de folies, pas vous ?
- Viens. Je t’emmène dans un endroit sublime. Face aux volcans.
- Je vous suis. »
Désiré ouvre une porte qui donne sur un petit couloir. L’éclairage est diffus jusqu’à une autre pièce. Que de lumière et de luxuriance ! Une serre ! Elle se dirige vers les fenêtres. Derrière elle, il commence à défaire un à un tous les petits boutons noirs qui ferment le haut de sa robe. Sa bouche vient baiser sa nuque. Elle lève sa main vers lui et caresse son visage. Tout à son affaire, il lui embrasse la paume. Elle en frisonne. Délicatement, il abaisse la robe. La beauté apparaît : sa peau nacrée resplendit à la lumière vive… Sa taille fine enserrée dans ce corset noir… Ses bas noirs bordés de dentelle, accrochés à ses longues jambes… L’homme la retourne et la regarde. D’un geste, il relâche ses cheveux rouges qui tombent négligemment sur ses épaules. Son rire surgit. Il la fait taire d’un baiser fougueux. Camille en profite pour déboutonner son gilet. Il se redresse et la laisse faire. Ses mains fines et agiles ont tôt fait de venir à bout de ses vêtements devenus superflus. Elle le dévore des yeux. Mon Dieu, accordez-moi le temps…
« Tu es bel homme, tu sais cela ?
- C’est la première fois que tu me tutoies, tu sais cela ?
- Ah oui ?
- Espiègle petite folle, approche ! »
D’une main, il enlace sa taille, de l’autre, il lui relève le menton. Sa langue pénètre sa bouche. Il joue. Elle aime. Il lui mordille la langue. Elle lui mord la lèvre jusqu’au sang.
« Coquine ! Tu es un vrai petit diable ! »
Elle niche sa bouche au creux de son cou. Respirer son odeur, encore une fois… Sa langue dessine de nouvelles figures sur ce corps tant aimé. Tatouages de salive… Elle veut imprimer dans sa mémoire tous les millimètres de sa peau.
Camille lèche, embrasse, mordille, griffe, tourne autour de sa proie consentante comme si elle était multiple. Ses mains caressent son ventre, ses cuisses, se posent sur ses fesses. Elles emprisonnent ce sexe fier et chaud pour le frotter contre ses lèvres pleines et gourmandes. Ses doigts dégagent le gland. Sa langue large s’empare de ce bout de chair. Embrasse. Suce. Ses dents appuient légèrement. Peu à peu, la bave coule sur ce sexe. Sa main glisse et remonte. Geste savant. Elle serre, juste comme il faut. Son autre main pince un peu ces testicules durcis. Sa bouche gourmande enfourne ce sexe qui grossit encore. Elle tète avec délectation. Désiré prend ses cheveux à pleines mains. Il râle de bonheur. Un doigt s’enfonce dans son anus. Il gémit.
« Encore ! Suce ! »
Camille continue sa course vers le plaisir. Elle sent son sexe mouiller comme jamais. Désiré la saisit par les épaules et la fait se redresser. Il la regarde. Mine de chatte, le menton dégoulinant, elle lui rend son regard. Il la retourne, détache ses bas et délace son corset. Ses doigts enserrent la pointe de ses seins et pincent durement. Elle soupire. Il la pousse brusquement vers les baies vitrées. Ecarte ses jambes. Elle se cambre. Il s’abaisse derrière elle. Mains contre la vitre à hauteur de visage, seins écrasés contre, elle s’offre à ses lèvres ventouses. Son regard plonge dans la rue. Au pied d’un lampadaire, un homme la regarde. Grand, vêtu d’une houppelande, il fume un cigare, les yeux rivés sur leur ballet d’amour.
« On nous regarde. »
Désiré se relève un instant, pose son menton sur son épaule. Elle sent son sexe contre ses fesses. Mains sur ses hanches, il la sodomise d’un coup de reins.
« Malheureux homme ! Il ne connaîtra jamais ce que tu m’offres. »
Ses coups de reins s’accélèrent. Camille mord sa lèvre. Ses cheveux roux volent en rythme. Elle sent le plaisir inondé ses reins. Le laisser venir en elle. Encore une fois. Dans un feulement, elle jouit. Désiré veut jouer encore avec son corps de reine. A nouveau, il la fait se tourner vers lui. Il l’assoit contre la vitre et s’agenouille entre ses cuisses. Leurs langues se cherchent, s’enroulent. Ses mains prennent ses seins lourds. Les pressent. Se glissent entre ses cuisses. Investissent son vagin fontaine. Camille saisit son sexe. L’attire vers elle. Sa queue puissante entre en elle. Elle resserre les muscles de son vagin autour.
Ses fesses blanches frappent la vitre. Feu et glace. Elle songe à cet homme, seul sous la pluie… Ses jambes enlacent la taille de son amant. Mon Dieu, encore… Encore, je vous en prie… Son souffle s’accélère. Désiré empoigne sa crinière de feu et enfonce sa langue dans sa bouche. Elle aspire. Elle étouffe. Et ce feu en elle ! Ses ondes de plaisir qui affluent. Et ses poumons qui la brûlent ! Son amant qui a les yeux brillants ! Et son souffle qui se perd ! Elle halète. Il plonge ses yeux verts dans les siens. Mon Dieu, comme je l’aime ! Elle pose ses mains sur son torse. L’extase approche, approche, approche. Il en est tout près aussi. Elle le sent. Le ressent. Et ses poumons qui la brûlent de plus en plus fort. Désiré la cramponne aux hanches. Encore, encore, encore.
« Bouge encore. Je suis là. Je suis…
- Regarde-moi, Camille… Regarde-moi… Camille ! … Tu es si pâle !
- Je t’aime, mon Dieu comme je t’aime ! Je jouis, oh oui, je jouis. Hmmmmmm
- Camille ! Je te rejoins ! Làààààààààààà.
- Pas cette fois, Désiré. Pas… cette… fois. »
Il a tout vu. Tout. Son corps d’albâtre… Ses seins ronds et lourds… Ses cheveux rouges qui dansaient… Deux amants sans tabou. La force tranquille de cet homme. Il a tout entendu. Tout. Ses cris inhumains. A lui faire dresser les cheveux sur la tête ! Il n’a pas compris tout de suite. Seulement, il l’a vu se redresser. La prendre dans ses bras musclés comme une vulgaire poupée de chiffons. Les cheveux rouges dégoulinant sur ses bras blancs qui pendaient vers le sol. Elle était morte ! Morte de plaisir ! En pleine extase !





Leave a Reply