Vittel, un soir d’été
Photo de David Broglin
Il avait fallu que je l’accompagne à une de ses sempiternelles conférences sur l’eau. La journée s’éternisait en longueur. Je l’avais laissé discourir de l’eau et de ses bienfaits pour parcourir un peu la ville. Tout ici, puait le fric. Eté, tourisme thermal. Vieilles cocottes meringuées, peinturlurées et puant le parfum à des kilomètres à la ronde. Vieux beaux fumant le cigare et assistant aux courses hippiques, la chevalière rutilante, à l’ombre de parasols qui abritaient leurs verres de gin. Comment m’étais-je retrouvée assise dans ce petit train qui sillonnait les allées du parc thermal ?
La chaleur devenait suffocante. Le déplacement de ces wagonnets d’une lenteur digne de limaces anémiées ne suffisait pas à provoquer des courants d’air rafraîchissants. D’un air las, je me laissai aller contre le dossier. J’avais relevé ma robe jusqu’en haut de mes cuisses, ne supportant pas le skaï collant du siège. Je ne rêvais que d’eau. Un comble dans une ville thermale !
C’est alors que je l’aperçus. Mince, le teint hâlé, vêtu d’une chemisette et d’un pantalon en toile. Il soutenait une belle femme. Sa mère, sans aucun doute. A moins qu’il ne soit gigolo ! Pas de signe extérieur de richesses ostentatoires. Ses yeux me fixaient. Ou regardaient ma tenue négligée. J’avais aussi dénoué les liens qui retenaient mon décolleté. Il semblait apprécié le tableau que je lui offrais. Mutine, je me baissai, caressai ma jambe de ma cheville à ma cuisse. Son regard accompagna mon geste et accrocha ensuite mes yeux. Il me sourit. Je souris aussi.
Je descendis à l’ombre des arbres. Je reniflais l’air ambiant. Les odeurs épicées de tout ce mélange de fleurs et de plantes aromatiques affleuraient à mes narines. J’enlevai mes talons et avançai lentement dans l’allée gravillonnée qui entrait dans le parc. Il était l’heure de retrouver mon mari et ses collègues. Un cocktail, suivi d’un dîner ennuyeux s’annonçait. Je passais dans ma chambre. Je jetai ma robe dans un coin de la pièce. Quelqu’un passerait la ramasser. L’eau ! Enfin ! Elle ruisselait, pratiquement froide, sur mon corps. Le visage relevé vers le pommeau, j’ouvrais la bouche… Je laissais l’eau y pénétrer et dégouliner par gros flots sur mon menton. Nouvelle fontaine. L’image de cet inconnu me revenait par à-coup. Je sortis de la douche, rafraîchie. La serviette de bain était moelleuse et douce. Je laissai mes cheveux courts sécher à l’air libre. J’enduis mon corps de lait à la vanille. Un peu de déo. Je passai une robe légère et blanche à même la peau. Un léger ourlet de mascara sur mes cils. Mon bronzage servirait de fond de teint. Un voile de parfum… L’image que me renvoya le miroir était flatteuse. Sexy et provocante. Ces vieilles rombières allaient en faire des gorges chaudes. Je laissai mes escarpins à côté du lit et sortis de la chambre pieds nus.
Un garçon d’étage me croisa et me sourit. Je sentis son regard sur mon dos. Je pris les escaliers pour rejoindre la salle où tous les conférenciers continuaient de piailler telles de vieilles perruches. Une vraie volière ! Quelques sourires échangés avec leurs femmes. Qui critiquaient ma chute de reins dès que je leur tournais le dos. Canapés, petit fours, flûtes… Quelqu’un annonça que le repas était servi. A table, la conversation prenait un rythme de croisière digne d’une balade à dos d’éléphant et encore ! Sous un prétexte quelconque je me levai et sortis.
Sur le perron de l’hôtel restaurant, j’aspirai l’air à grande goulée. Quelques pas et ma plante des pieds foulait l’herbe…
Je flânais au milieu des pelouses assombries. La nuit était claire et plusieurs personnes marchaient dans les allées. Je discernais leurs ombres par-ci par-là. Certaines silhouettes semblaient n’en faire qu’une et je me surpris à envier ces couples d’amoureux. Mes pensées s’envolèrent vers celui qui partageait mes nuits. A condition qu’il ne soit pas en tournée à travers l’Europe ! Depuis quand n’avions-nous pas flirté au clair de lune ? Depuis combien de jours n’avions-nous pas fait l’amour ? Cela me paraissait une éternité !
- Encore chaud ?
Je me retournai, surprise. Il se tenait appuyé à un arbre. J’étais passé à côté sans le voir. Je reculai et m’adossai contre le tronc de l’arbre voisin. Je constatai que ses vêtements de couleurs claires ressortaient très bien. Alors il devait parfaitement me voir ou très distinctement me distinguer ! J’appuyai ma plante de pied contre l’écorce et la caressai.
- Je cherche plutôt la compagnie que la fraîcheur.
- Oh ! Tu es descendue seule ?
Son tutoiement l’amusait.
- Non, pas seule. Mais je serais seule, ce serait pareil. Tout en étant différent. Je ne passerais pas mes journées à me morfondre. Et toi ? Tu as couché ton amie ?
Facile comme astuce.
- Ma mère est au Casino. Je n’aime pas ces jeux d’argent. Tu viens ?
Ainsi, j’avais vu juste.
Il me tendit sa main et je la pris sans hésiter. Nous marchions en direction de la roseraie. Aucun mot échangé. Au loin le chuchotis des voix. Des éclats de rire. Une masse sombre surgit devant nous au détour de l’allée. Quelques pas encore et je pus distinguer des toilettes publiques tout en bois. Je situai rapidement où nous étions. Au soleil, j’avais vu leurs portes vert forêt, bordées d’un liseré jaune poussin. Au-dessus des petits carreaux de la porte vitrée, un joli paysage.
Je tournai mon visage vers lui. Il m’attira à lui brutalement. Je me retrouvai dos à la porte. Ses deux mains se posèrent de chaque côté de mes épaules. Son visage s’approchait du mien. Je n’attendis pas qu’il soit prêt à me toucher. Ma bouche s’empara de la sienne avidement. Sa langue fouillait ma bouche. Ses lèvres suçaient les miennes. Tout à coup, il mordit ma lèvre fortement. En réponse, je plaquai mon ventre au sien. Il bandait. Son corps s’appuya fortement contre le mien. La porte s’ouvrit, nous entrâmes en manquant de perdre l’équilibre. A son tour, ce fut lui qui se retrouva contre le mur. Ses mains remontaient ma robe et malaxaient mes fesses. Il ne semblait pas du tout surpris de les trouver nues. Je dégrafai rapidement son pantalon sortant son membre dur. Il n’avait pas non plus de sous-vêtement. Nos gémissements résonnaient. Il me souleva en passant ses mains derrière mes cuisses. J’enlaçais sa taille de mes jambes. Il avança. Me déposa sur le lavabo, la robe retroussée jusqu’à la taille.
- J’aime. Tu es impudique à damner un saint !
J’écartai les cuisses pour le recevoir. Ouverte. Mes mains saisirent son visage. Il me pénétra en un coup de reins. Je suçai sa langue. Il allait et venait en moi. Accélérant ou décélérant à son envie. Mes chevilles se croisaient derrière ses cuisses. Ses mains saisirent la pointe de mes seins qui se dressaient, arrogante et fière, sous le fin tissu. Il pinça. Je mordis sa langue. Il recula. Me regarda. Sans plus de façon, il se retira, me saisit à bras le corps. Me posa au sol et me retourna. Je pris appui sur le bord de la vasque. Il écarta mes fesses. Je me cambrai. Ses dents entrèrent dans ma chair en même temps que sa queue forçait mon anus. Nos ahanements augmentaient d’intensité. Il bougeait. Doucement. Vite. Affolant mes sens. La chaleur montait, montait, montait.
J’entendis vaguement la porte s’ouvrir. Le lumière jaune inonda la pièce. Dans le miroir, je le vis jouir en même temps que moi. Ses mains tenaient mes hanches comme pour retenir encore cet instant magique. Ses yeux brillaient autant que les miens. Il déposa un baiser sur ma nuque.
- Chérie ? Tu es là ? Nous rentrons, veux-tu ?”





avr 6th, 2012 at 9:40
Whaouuuuh, quelle scène, et je connais bien cette ville de Vittel pour y être résident à l’année… Ce qui favorise peut être mon immersion dans ce meli-mélo tantôt sexuel, ardent, et sauvage, que sensuel, doux et calme… Très fine description où tous les sens sont stimulés!!!!