A deux mains
Photo Dominique Lefort
Marcher les pieds nus dans la pénombre au son des lames du plancher qui chantent.
Sentir approcher la chaleur de la peau.
Glisser mes mains sur ce corps qui se tend.
Du bout des doigts en redessiner tous les contours, toutes les courbes et les angles.
Ecraser mes seins contre ces muscles durs, mon ventre assoiffé contre ce cul d’acier.
Poser mes paumes sur ces cuisses d’Apollon.
Poursuivre la course en languant la colonne vertébrale du haut vers le bas, encore, encore…
Perdre sa salive dans une raie qui s’ouvre.
Entendre ces gémissements qui affolent l’entendement.
Doucement, pénétrer un doigt dans l’antre interdit à d’autres.
Savourer de l’autre main l’exquise excitation qui n’en finit pas de gonfler.
Effectuer un passage liquide sur les testicules offertes.
Mouiller d’un baiser-papillon le gland palpitant.
Retenir mon geste pour suspendre le temps…
Contempler cette tête renversée.
Et puis, croiser le regard enfiévré.
Aimer cette crispation typiquement masculine dans mes cheveux rouges.
Attendre encore jusqu’à la déraison.
Sentir cette poigne virile qui pousse mon visage vers ce sexe tendu à l’extrême.
Sourire.
Entrouvrir les lèvres jusqu’à…
Ne plus se souvenir du lieu.
Oublier l’univers.
Se concentrer sur cet échange charnel.
Le laisser poursuivre cette lutte à l’issue fatale.
Rouler sur les lames comme certaines vagues dévorent le sable.
Prendre ce visage entre mes mains et mordre ces lèvres à l’instant où il gagne une bataille.
D’un coup de reins le pousser à s’allonger sous mon ventre.
Le chevaucher comme la dernière des Walkyries.
Lutter pour rien alors qu’il me soulève comme une plume.
Se retourner alors et ramper les fesses offertes à ces coups de pilon ravageurs, les paumes sur le plancher devenu vivant…
Rendre les armes au même instant que lui.
Remercier les démons et les anges qui ont inventé la joute amoureuse.
Avoir terriblement soif et chaud et m’en moquer éperdument.
Poser une main sur sa cuisse et l’autre contre mon sexe ivre.
Pour juste sentir nos jus mélangés.
Ecouter battre mon coeur au rythme de mon sang.
Se dire enfin qu’il y aura d’autres demains…





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