Quand Stefan De Lay imite Guillaume Durand

- Cali Rise, qu’est ce qui vous a amené à écrire? C’est une question bateau en apparence mais je vous proposerais d’y répondre en vous disant que ce que vous dites, vous ne l’avez jamais dit.

Un clic ? Un déclic ? La rencontre d’un stylo et d’une feuille de papier ? De mes doigts courant sur un clavier ? J’ai une passion pour les stylos neufs. Et pour le beau papier. Je passe la pulpe de mes doigts dessus, le caresse, le renifle…

La première fois que j’ai vraiment écrit remonte à l’adolescence. J’avais lu «Les tilleuls verts de la promenade » de Bernard Barokas. L’histoire d’un ado qui tenait son journal intime…

- Depuis combien d’années écrivez-vous?”

Je compte les poèmes écrits pour mon grand-père ou pour ma mère à l’époque CP ? Voyons… Depuis 1981, novembre, un 13… Je ne me rappelle plus le jour exact…

- L’Internet a-t-il modifié votre manière d’écrire et depuis quand vous en servez-vous?

Modifié ? Pas exactement. Il m’a ouvert un autre espace. Beaucoup plus vaste. Un océan à noircir…

J’utilise Internet depuis 6 ans à peu près. Mais comme support à mes mots seulement deux ans. A peine…

- Que pensez-vous de la possibilité que donne l’Internet à tout un chacun de s’improviser “écrivateur”, toutes catégories confondues entre le nul et le génial?

Créateur de mots ? Raconteurs de mots… Il existe certains sites qui proposent leur espace à celui ou celle qui voudra le noircir. Il existe même des forums où chaque lecteur peut donner son avis. Pourquoi pas ?

Avant tout, j’estime que c’est un nouveau concept de communication. Chacun a le droit de s’exprimer. Et si le lecteur occasionnel n’aime pas, il peut passer son chemin. Tout va si vite à notre époque, Internet permet cette vitesse.

- Selon vous quel aurait été le rapport de George Sand avec le net?

Cette grande amoureuse… Elle n’aurait pas aimé ce fil à la patte. Pas assez romantique.

- Quel est votre position par rapport à l’anonymat que permet le Net en général et dans votre production en particulier?

Je suis par nature très curieuse. Je cherche à savoir qui me fait vibrer par ses mots sans pour autant être insidieuse. J’attends du lecteur qu’il en fasse de même…
J’avoue que j’aime sortir du lot et qu’au milieu de la foule, on me remarque. Le nombre de visiteurs qui n’en finit pas de grandir prouve que je ne suis plus si inconnue, même si peu de personne peuvent dire qu’ils savent qui se cache physiquement derrière mes textes.

Vous savez, lorsque je saisis un livre et que j’en tourne les pages, j’ai juste besoin de savoir que l’auteur est un homme ou une femme. Je me fiche éperdument d’apprendre qu’il préfère les douches aux bains.

Pour autant, l’anonyme me fait peur. C’est le synonyme de l’être sournois, celui qui agit par derrière pour nuire.

- Pensez-vous que la communication virtuelle, si elle facilite la vie pour les timides, finit paradoxalement par isoler, chacun chez soi, les communicants en attente les uns des autres?

Se trouver seul au milieu de la multitude… L’écran rend la communication différente. La fausse très certainement. On devient facilement accro. Il suffit de prendre du recul tout en continuant à respecter les autres. Ne pas se laisser vampiriser. Ne pas produire parce qu’il faut.

Seulement par envie.

Mais cela peut aussi avoir un effet bénéfique et pousser les timides à passer de l’autre côté de l’écran…

- Je vous ai découvert dans un style de littérature érotique, parlez-moi de ce goût?

Je vais citer le Marquis de Sade. « L’érotisme est un pouvoir sexuel sans bornes, illimité, démesuré. Il faut le craindre » Ou encore Georges Bataille « L’érotisme est dans l’approbation de la vie jusque dans la mort »

Est-ce que je cherche à avoir le pouvoir sur l’autre ? Disons que savoir que mes mots font naître une résonance chez d’autres personnes peut être, certaines fois, jouissif. Mentalement s’entend. Mais je ne cherche pas cela. Je ne force rien. Dominer l’autre ne m’intéresse pas.
Je suis de nature sensuelle et voluptueuse. Et j’aime la vie. Et la mort, puisqu’elle fait aussi partie de la vie.

L’érotisme est partout, non ? Si nous ne vivions pas dans une société régie encore par toute une éducation judéo-chrétienne, il serait moins intéressant.

Mais je n’ai pas l’esprit dans la culotte à longueur de journée.

J’aime mêler les mots, c’est peut-être ce qui fait que, j’aime autant mêler les corps ?

- Vous sentez-vous impliquée, comme le serait un Miller dans ses écrits, dans vos textes érotiques au point de vous en sentir habitée ?

Arthur ou Henry ? Je pencherais pour Henry… Est-ce que je prêche pour une existence et une sexualité libérée ? Je me vois mal en prédicateur mais oui, je suis comme Henry. Ce qui ne veut pas dire non plus que j’ai un cœur de pierre. Ce qui ne veut pas dire non plus que j’écarte les cuisses devant n’importe qui.

Mes textes naissent sans que je m’en aperçoive. Ils sont là, cachés quelque part en moi et finissent par prendre forme sur le papier ou sur l’écran. Magique ?

- Le statut d’un auteur, en couple ou isolé, peut-il être un élément explicatif de sa littérature érotique?”

Je ne peux répondre qu’en ce qui me concerne… Je pense que ma vie influence mes écrits. C’est même certain.

- Vous avez un rapport très intime avec les images: elles vous parlent et vous leurs rendez bien avec vos textes, sont-ce des images qui faisaient partie de votre inconscient ou sur quelle base choisissez-vous les images qui vous inspirent?

J’ai parfois l’impression de faire l’amour avec une image. Ou alors que quelqu’un, enfin, a saisi l’instant que je voyais en mots. Ce n’est pas évident à expliquer.

Je peux aussi créer un texte en me plongeant dans l’image. En état quasi-hypnotique. Je suis à la fois le sujet et celui qui prend la photo et qui ressent cet instant.

- Je constate que vos textes se référent à de la photographie, pourquoi n’y voit-on pas de peinture?

Laurent Benaim est un peintre-photographe, non ?

Vous avez un ami peintre ?

- Vos textes…, pensez-vous un jour écrire une histoire? A moins que cela ne soit déjà fait.

J’ai commencé plusieurs histoires. Je suis assez feignassou par nature et si personne n’est derrière moi pour me pousser à me dépasser… Je précise que ces nouvelles ne sont pas toutes érotiques.

- Pensez-vous réunir votre travail pour lui donner corps dans un livre?

C’est mon plus chair-désir. Allier mes mots et des photos et leur donner vie dans un livre papier. Pouvoir caresser les pages avec les mains autant qu’avec les yeux…

- Vous considérez-vous comme auteur ou écrivain?

Encore heureux, vous n’avez pas mis un « e » final !

Auteur.

Les écrivains sont tous morts. Non ?

- Que pensez-vous (en une phrase courte) de :

Catherine Millet

Pauline Réage

Marguerite Yourcenar

Arthur Miller

Philippe Djian

- Catherine Millet… J’ai lu son livre grâce à un ami. Lui n’a jamais pu le finir. Moi si. Je voulais savoir jusqu’où elle voulait m’emmener. Je n’ai été nulle part.

- Pauline Réage… Histoire d’O et Retour à Roissy. Je ne pense pas lire un jour quelque chose qui égale ses mots.

- Marguerite Yourcenar… « Les mémoires d’Hadrien » L’Académie française.

- Arthur Miller… Avant tout, Marilyn. Mais surtout, tous les films tirés de ses livres. Il a vécu très tôt de sa plume. Et a obtenu le Prix Pulitzer !

- Philippe Djian… Une phrase ne suffirait pas. Très courte : J’aime. Profondément. Je commence seulement à le découvrir…

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Cali Rise

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