La honte
Je pourrais commencer par « Mon Dieu, je n’ai pas honte de quoi que ce soit » Et bien, j’emploie souvent l’expression « Mon Dieu » alors que je ne suis pas vraiment croyante. Je devrais en avoir honte !
En fait, Mathilde m’a passé ce relais et j’ai tout de suite pensé à un cadeau empoisonné. Serais-je à ce point si prétentieuse, si sûre de moi que je n’éprouverais plus de honte ? Honnêtement, je pense en avoir tellement bue pendant mes années d’enfance que je n’en éprouve plus.
1. Quand j’avais 5 ans, j’ai fait pipi dans mes jolis collant bleu devant le bureau de la maîtresse. Je voulais tellement lui montrer ce que j’avais écrit que j’attendais, j’attendais mon tour en me tortillant sur place. Ma vessie a lâché devant toute la classe ! Pour punition, j’ai dû aller demander la serpillière dans la classe d’à côté. Pendant des années, je rougissais quand il fallait que je parle en public. Monter sur scène m’a beaucoup aidé à vaincre cet handicap.
2. J’avais 7 ans quand nous sommes venus habités dans un petit village. Je ne connaissais aucun enfant. Mais eux savaient déjà que je n’étais pas baptisée et n’allais pas à la messe. Dans la cour, j’étais la pestiférée. Celle avec qui il ne fallait pas jouer.
3. A la même époque, ma grand-mère me donnait en exemple à tous ceux qui voulaient bien l’écouter.
4. Quand j’ai accédé au collège, j’étais parmi les meilleurs élèves. Une grosse tête !
5. A 14 ans, je suis passée près de ma grande-tante à toute vitesse, à vélo, sans la saluer. J’avais les yeux qui pleuvaient des torrents de larmes. Mon père m’avait encore frappée.
6. J’ai 15 ans. Je suis dans la cour qui cerne ma maison. Je viens de rentrer du lycée. Mon père me hurle dessus, toute la rue peut assister à cette énième engueulade avinée. Surtout le voisin qui regarde et n’en perd pas une miette. Un grand couteau de cuisine est sur la table du salon de jardin. Je le saisis quand mon père avance vers moi la main levée. Mon bras armé se tend. « Et bien vas-y, plante ton père ! Allez vas-y, qu’est-ce que t’attends ? » Je suis aveuglée par les larmes et je pense à ce connard de voisin qui n’interviendra pas. Parce qu’il avance encore, je retourne le couteau contre mon ventre « Si tu fais un pas de plus, je me plante ! » Fin du spectacle.
7. J’ai toujours 15 ans, quand le censeur du lycée m’a menacée, au téléphone, de ne pas me reprendre à la rentrée parce que j’étais partie en grandes vacances plus tôt que la normale, je lui ai dit, au moins trois fois merde. A la rentrée, mes camarades m’encensaient. De réservée, je passais au rang de culottée.
8. Je n’ai pas eu mon bac parce que j’ai préféré me marier par amour.
9. On m’a montré du doigt comme un phénomène de foire parce que j’ai fait 4 enfants.
10. J’ai longtemps cru que j’étais grosse, ce qui faisait bouillir de rage mes amies.
11. J’avais du mal à avouer que j’avais passé l’équivalence du bac à 30 ans.
12. Maintenant, quand je passe, pressée, à côté d’un clochard sans même avoir le temps de lui offrir un sourire, j’ai honte.










nov 20th, 2005 at 4:25
Pas très gaie, cette vie qu’est la tienne. J’espère qu’il y a tout de même eu des moments plus joyeux ?
nov 20th, 2005 at 8:24
Ouf! J’aurais bien dû me douter que vous iriez jusqu’au fond de l’impudeur. Merci.
nov 21st, 2005 at 8:56
Ralphy, le bonheur n’est qu’une sucession d’instants. Et crois-moi, il existe dans ma vie.
nov 21st, 2005 at 8:59
Oui ? En parler maintenant, ne me gêne plus. L’écriture permet d’exorciser de vieux démons et d’instaurer une distance, de prendre du recul.
nov 21st, 2005 at 12:52
Je sais que moi je n’aurais pas le cran de dévoiler l’équivalent de tout ça. Bravo !
nov 21st, 2005 at 5:33
Vous en dites parfois beaucoup entre vos lignes, très cher.
J’ai décidé un jour, de faire table rase du passé. On avance beaucoup plus vite ensuite.
nov 21st, 2005 at 8:36
même pas d’avoir pissé dans la piscine ? de n’avoir pas prêté une mine de critérium alors qu’en fait tu en avais plein ?
nov 21st, 2005 at 10:42
Jamais fait pipi dans la piscine et jamais eu de critérium. Une honte !