Mathilde et ses chemins…

Elle se prénomme Mathilde. Un matin ou une nuit, j’ai parcouru un bout de chemin chez elle. Comment étais-je venu jusque là ? En passant chez Charles ou chez L’Homme du moment ? Qu’importe !
J’ai aimé son accent québecois qui s’échappe de ses mots. Oh, elle est un peu loufoque puisqu’elle héberge un certain Roger qui se prend pour un hibiscus. Ou un hibiscus qui se prend pour un Roger. Ou… Découvrez-là :

1. Bonjour Mathilde. Je supprime le « ma » d’office. Pourquoi Mamathilde ?

Bonne question. C’est à cause de mon adresse de courriel hotmail à l’origine. Je voulais un nom simple sans que mon nom de famille y figure. J’ai essayé des permutations et finalement, hotmail a accepté le Mamathilde. Et puis, ça m’a collé à la peau. Mes amis trouvaient que ça reflète bien mon côté maternel. Une sorte de contraction entre maman et Mathilde. Avec le temps, Mamathilde est devenu la part de moi qui écrit.

2. Tous les chemins mènent ailleurs… C’est où ailleurs ?

Entre la réalité et ce que je voudrais qu’elle soit. C’est là où j’écris. Ce sur quoi j’écris. Ce qui me pousse à explorer des sentiers intérieurs que je n’aurais pas pu croiser si je ne m’étais pas assise pour créer des textes. Ailleurs, c’est quelque part à l’intérieur de moi que je veux bien partager avec les gens qui me lisent.

3. Vous êtes de l’autre côté de l’océan Atlantique, n’est-ce pas ? Expliquez-moi pourquoi vous parlez le français.

C’est une question qui demande beaucoup de développement. Cette réponse ne pourra être autre chose qu’un survol de la situation. Historiquement, Cette partie du continent Américain a été découverte par Jacques Cartier en 1534. Au début, il n’y avait pas de colonie à proprement parler, mais des coureurs des bois sillonnaient la contrée et faisaient le commerce des fourrures avec les Amérindiens. En 1608, Samuel de Champlain fonda la première vraie colonie sur le territoire français de ce côté de l’Atlantique, la ville de Québec. À cette époque, la Nouvelle-France s’étendait jusqu’à la Louisiane. Des guerres pratiquement incessantes entre les Français et les Anglais, ici et en Europe, vont morceler le territoire qui sera finalement cédé entièrement aux Anglais en 1763 par le traité de Paris. Au début du XIXe siècle, les dirigeants britanniques prônaient l’assimilation totale des francophones, mais comme c’est l’Église catholique qui était en charge de l’éducation, la langue française a survécu. Ça et le fait que la population locale était en grande partie francophone. Aujourd’hui, la majorité des Québécois est francophone. Un îlot dans une mer anglophone. Pour nous la langue fait partie de notre identité. Nous sommes fiers de parler français et nous sentons avec acuité, l’invasion des autres langues, particulièrement l’anglais sur la notre : nous savons ce que nous pourrions perdre. C’est pourquoi nous tentons de franciser le plus possible les néologismes. Par exemple, ici on dira courriel (contraction entre courrier et électronique) plutôt que mail.

4. Quel rapport avez-vous exactement avec votre corps ?

Un rapport contradictoire je dirais. Une partie de moi consomme les corps sans me poser trop de questions. Aller vers l’assouvissement des plaisirs, dans quelque chose d’assez immédiat. L’autre partie est mal à l’aise dans un corps qui ne répond pas aux critères en vigueur de la mode : je suis plutôt ronde en fait. Pas grosse, ronde. Alors, ressurgissent souvent les complexes et les doutes quand à mon apparence extérieure.

5. Donnez-moi votre définition de la beauté.

Le charme. Toute la beauté, pour moi réside dans le charme. Je crois que c’est pour cette raison que je craque pour les fossettes, comme si elles ajoutaient un coté coquin et sincère au sourire. J’ai trouvé des hommes beaux de tous les âges ou format. Pour moi, ce n’est pas tellement une question physique : je ne peux pas définir la beauté en terme de couleur de yeux, de peau ou de chevelure. C’est dans l’assurance, la désinvolture, ce petit quelque chose qui me parle. Une envie d’embrasser ces lèvres là… Je crois que j’aime bien les lèvres pulpeuses, parce qu’elles ont un petit quelque chose de gourmand.

6. Je vous ai lu caissière dans une librairie puis guide touristique. Avez-vous besoin du contact avec les autres ?

Immensément. Je suis une petite bête bien grégaire. Je suis l’aînée d’une famille de quatre enfants. Par conséquent, j’ai toujours été bien entourée. Vivre seule est quelque chose que je trouve très difficile. J’adore les contacts. Rencontrer d’autres humanités que la mienne. J’aime les gens. Profondément.

7. Amitié et amour. Qu’en pensez-vous ? Etes-vous plus fidèle aux filles qu’aux garçons ?

Je suis une amie fidèle et une amoureuse romantique. Je suis fidèle au même titre avec les femmes ou les hommes. Cela dépend toujours vers qui le lien est le plus sincère. Par exemple, je peux devenir très copine avec les amoureuses de mes amis masculins, mais lorsqu’ils se séparent, je choisi toujours le mec puisqu’il était mon ami au départ. En amour… Je suis généralement fidèle. En fait, je n’ai été infidèle qu’une seule fois. Mais, cela fait très longtemps que je n’ai pas vécu une relation de couple. Alors, je ne sais plus trop comment je gérerais les événements. Cependant, j’espère bien rencontrer un homme qui m’aime et que j’aime. J’aimerais beaucoup pouvoir fonder une famille.

8. Vous avez quelque chose contre les blondes aux yeux verts ?

Pas du tout. Je me demande d’ailleurs bien pourquoi vous me posez cette question là.

9. Est-ce qu’être l’aînée d’une fratrie de quatre enfants est avantage ou un inconvénient ?

Ni l’un ni l’autre. Je dirais que cela fait partie de la définition de base de qui est Mathilde.

10. C’est quoi exactement l’histoire religieuse ? Vous apprenez le nom des saints et celui des papes par cœur ?

Non !!! Jamais je ne me serais orientée vers ce champ si cela avait été le cas ! J’étudiais les rapports entre la religion et la société dans laquelle elle s’inscrit. C’est une question d’influence mutuelle. L’une influence l’autre et inversement. C’est une manière de porter un regard sur les sociétés passées. Parce que la religion reflète les valeurs fondamentales des populations qui la pratiquent. Pendant longtemps, elle fut un agent de régulation social. Ça nous apprend beaucoup sur les rites de passages et la relation des croyants avec la mort et la vie après la mort. C’est porter un regard sur la manière dont la vie en communauté s’organise. Et c’est aussi une manière de comprendre pourquoi les gens croient ou on cru en l’existence de Dieu.

11. Un pot de fleur qui écrit des lettres à son amoureuse… Aviez-vous fumé du tabac frelaté ce jour-là ?

(rires)Non. Charles (celui qui est le propriétaire de la plante dont mon hibiscus est amoureux) prétend que je suis certainement un peu schizophrène pour avoir créé un hibiscus parlant. Mais en réalité, j’essayais juste de trouver quelque chose d’original pour le Coïtus Impromptus la semaine où le thème était « Roger au mois de mai ». Ma colocataire est arrivée ce soir-là avec un hibiscus tout semblable au mien, en plus petit et je me suis exclamée : «Va falloir que je baptise le mien s’il y en a deux dans la maison !» Et je me suis dit que Roger serait parfait si j’écrivais l’histoire de cet hibiscus. Ce que j’ai fait. Mais vous savez, je lui parle vraiment, et je lui donne des nouvelles de Marie-Hélène à chaque fois que j’en ai. Je lui dis qu’il est beau, qu’il me fait des belles fleurs et je le présente en priorité à tout le monde qui passe chez moi. C’est pour cela que Charles me trouve un peu toquée !

12. Roger l’hibiscus ne se pose-t-il pas des questions un peu trop féminines ?

Sans doute. Je suis moi-même une femme. Mais je crois que ses questions sont surtout enfantines et sans arrière pensée. C’est du tout intense. Du spontané. Je l’ai fait parler comme un enfant de huit ans environ qui dit : « je t’aime » sans avoir peur. En sachant qu’il a le droit et qu’on va l’aimer en retour.

13. Etre naïve, c’est un luxe de nos jours ?

Je ne sais pas si c’est un luxe, mais je le suis certainement. Pas naïve dans le sens de stupide. Plutôt dans celui de candide. Je ne peux pas vraiment m’en empêcher. J’aime le beau de la vie. J’aime aimer. Sauf que je ne suis pas assez tête-de-lune pour ne pas me rendre compte de la mesquinerie qui navigue autour de moi. J’aimerais beaucoup vivre dans une histoire qui finit toujours bien.

14. Je trouve que vous êtes bien plus impudique que moi, et vous ?

Tout dépend de ce que l’on appelle impudeur. Je crois que c’est en lien avec nos toutes personnelles définitions du privé. Parler de moi, de mes sentiments n’est pas particulièrement privé. Parler de ma sexualité l’est beaucoup plus. J’en parle, à mots couverts. Rarement, je raconte des choses qui me sont vraiment arrivée. Je brode beaucoup autour de cela. Vous allez beaucoup plus loin que moi dans les descriptifs sexuels. Pour moi c’est pousser l’impudeur dans des retranchements qui me sont encore inaccessibles.

15. Vous traînez souvent dans les bars ?

Trop oui. En fait, je traîne souvent dans le même bar. Celui qui a été mon aquarium pendant la période femme requin. Là j’y trouve des amis, des personnes avec qui discuter est agréable et je fume des cigarettes (je n’ai pas le droit de fumer à la maison).

16. Que voyez-vous depuis votre balcon ?

Ça dépend du balcon. Celui de l’avant me montre la rue St-Hubert sur le Plateau Mont-Royal, avec ses escaliers en colimaçon et l’agitation de la circulation. Celui d’en arrière donne sur une petite rue, presque une ruelle (c’est-à-dire, une petite artère sur laquelle il n’y a pas d’adresse civique). Une sorte de cour intérieure très calme et sereine.

17. Selon vous, les hommes veulent plus une femme tendance pute ou une femme tendance sainte ?

Je crois qu’ils veulent un peu des deux. Ils veulent une sainte comme mère pour leurs enfants et une pute comme amante. Bizarrement, ils semblent incapables de se faire à l’idée qu’une seule femme puisse combler les deux rôles. Ils finissent par se marier avec une femme qui est presque une sainte pour la postérité, mais gardent souvent une maîtresse quelque part dans le fond de leur poche, pour le trip de cul.

18. Vous avez dit féministe ?

En effet. Je suis féministe et fière de l’être. Je le revendique. Je crois que le féminisme est essentiel. Que toutes les luttes ne sont pas terminées. Je crois que tant qu’il y aura des femmes violées, des femmes battues, des femmes en danger ici ou ailleurs, il faudra que le féminisme existe.

19. Le jour où je trouverai un de vos livres dans ma petite librairie, ce qui, grâce à votre talent, ne saurait tarder, me permettrez-vous de vous demandez une dédicace ?

Heu … La dédicace, je vous la ferai avec plaisir. Mais vous m’accordez un talent que je ne suis pas certaine de voir en moi réellement à l’heure actuelle. En fait, je n’ai rien écrit de publiable à ce jour. Mais je m’efforce de m’y rendre. Je suis touchée que vous croyiez en moi de cette manière. Ce n’est pas la même chose venant d’une étrangère que de quelqu’un que je connais depuis toujours (petite rougeur sur mon visage).

20. Finalement, qu’est-ce que le monde des blogs vous a apporté ?

Beaucoup. J’y ai fait des rencontres marquantes. Des gens qui autrement me seraient encore des inconnus. Des hommes et des femmes que j’aime. Des hommes et des femmes qui resteront dans ma vie longtemps après mon passage sur le net. J’y ai retrouvé mes larmes. Et surtout moi. Ce potentiel créateur qui avait disparu pendant mon long séjour au pays des zombies. J’ai retrouvé la femme qui aspire à de grandes choses et qui croit de plus en plus en elle.

21. Crapaud ou prince charmant ? Vieux beau ou jeune dandy ? Félin ou pantouflard ?

Prince charmant, évidemment. Jeune Dandy, sans contredit. Félin, bien entendu.

22. Vous pouvez rappeler un peu de vos chanteuses et nous envoyer un peu plus de chanteurs ?

Non, je préfère laisser cela ainsi. Mais je prendrais bien un peu plus de certains de vos chanteurs à vous par exemple !

23. En conclusion ?

Vous avez fait un très bon travail de recherche pour monter ce questionnaire. Certaines questions m’ont prise de court par leur pertinence. La 21 particulièrement. J’ai adoré l’exercice et je me prêterais à ce genre de jeu volontiers avec vous si d’aventure j’étais publiée.

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Cali Rise

No Responses to “Mathilde et ses chemins…”

  1. Merci encore pour l’excellente entrevue. C’est la première fois que j’ai le sentiment d’être une auteur dans des yeux autres que les miens.

  2. Tout le plaisir était pour moi, Mathilde.

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