Sans toi(T)
Photo de Maury Perseval
Le vent souffle à plein poumons. Il est chaud comme un sirocco. J’avance dans les chemins en écrasant les feuilles à demi-mortes. J’aime. J’entends leurs cris râlant leurs derniers relents de vie. Et ces soupirs me plaisent.
Et ce mot soupir m’entraîne vers toi… Cela est si facile. Surtout si je ne résiste pas.
D’ailleurs, j’éprouve un malin plaisir à écraser les bogues des marrons. A mains nues, c’est un peu plus piquant mais cela ne me gêne pas. Ma paume en est toute changée. Pas de sang mais si j’insistais encore un peu…
La douleur me fait oublier ce à quoi je pensais à l’instant.
Un écureuil bondit et me fait sursauter violemment. A force d’avancer dans ce bois, la tête en feu, les pieds à côté de mes baskets, je ne sais plus où je suis.
Qu’importe ! Le soleil est encore haut et il suffit d’avancer vers la lumière. L’odeur forte de début de pourriture est plus présente. J’inhale à grande goulée l’air tiède. L’âcre exhalaison des peupliers envahit ma tête. Des peupliers, en pleine forêt ! Je divague !
Qu’est-ce que je fiche ici ?
Une vive inquiétude oppresse mon coeur.
J’entends une chouette hululer. Depuis combien de temps suis-je là ? Je ne reconnais pas ces vêtements. Il fait nuit maintenant. Comme c’est étrange ! Il me semblait que le jour était encore à mes côtés… Et toi ? Où es-tu ?
Où suis-je ?
Un frôlement sur ma peau et je te ressens. Si présent. Ma main se lève et mime une caresse sur ton visage. Je sens ta chair sous mes doigts. J’aime cette barbe naissante, tu sais ? Te l’ai-je déjà dit ? Et ce sourire de pluie. Pourquoi pleures-tu ? La couleur de tes yeux change. Ils deviennent opalescents. Je ne comprends pas ! Tu ne me vois plus ? Hey ! Réponds-moi ! Pourquoi n’entends-je pas le son de ta voix ? Seules tes lèvres qui bougent me parlent. Approche-toi que les miennes boivent tes paroles.
Je tombe à genoux.
Mes paumes sont sales ! Qu’ai-je pu toucher ? Et cette émanation répugnante ! On dirait… On dirait…
Un craquement. Juste là. On vient ! Ces yeux jaunes en amandes… Je ne peux même plus crier. Ses grommellements sont sinistres et sa respiration saccadée. Et moi ? Ces bruits de raclements et de succions ? On dirait… On dirait…
Mes bras battent dans l’air comme les ailes d’un papillon rendu fou.
Ça pue ! J’en ai la nausée ! Qu’est-ce qui peut sentir autant ? Je t’entends pleurer distinctement maintenant. Normal puisque je te vois ! Qu’est-ce que je peux être conne parfois ! Arrête de pleurer, dis ! J’ai mal au bide quand je vois un homme pleurer et se tordre de chagrin. Ça me remue les tripes.
Dis, parle-moi ! Si je me fie à ton corps, tu souffres beaucoup. Oh dis, parle-moi ! Ne reste pas là comme ça. Ce silence… Je ne perçois plus aucun son. Bizarre. Je ne sens plus rien même si j’aspire très fort. Cette odeur de putréfaction a dû me boucher les narines. Je commence à ne plus… Tu es là ? Tu es là ?
Ma tête touche le sol feuillu. C’est doux…
Tout est calme maintenant. J’aime ta chaleur quand tu colles ton corps contre le mien. Et les battements de ton coeur, juste après l’amour… Dans tes bras, je me sens de taille à lutter contre le monde entier. Prends-moi contre toi ! Love-moi ! Oui, comme ça.
Les premières notes de Love will keep us together résonnent…
Disparue
Le corps d’une jeune femme atrocement mutilé par des sangliers vient d’être retrouvé. Son amant avait signalé sa disparition à la police il y a de cela plusieurs semaines. Il n’a l’avait pas trouvée à son domicile le soir de leur rendez-vous.
D’après les premières constations de l’enquête, il apparaît que sa maîtresse se soit perdue en forêt. Elle aurait erré pendant plusieurs jours avant de mourir d’épuisement.





nov 7th, 2005 at 9:57
Du marronnier au Noyer , du reve au cauchemar, du sanglier au cochon idem??
…
A Bientot
Amitiés
nov 7th, 2005 at 10:47
Combien de feuilles vais-je devoir encore soulever ?
Je n’irai pas seule sous le noyer, je vous l’avais dit… Hypé… votre amitié m’est chère et vous savoir ici me touche. A bientôt, mon ami.
nov 8th, 2005 at 6:46
nov 8th, 2005 at 7:01
Je réponds par un sourire… Plaisir…
nov 8th, 2005 at 11:01
Frissons.
Encore ce petit dégoût pris dans ma gorge. Je ne sais pas si j’en reviendrai. Mais je reviendrai à coup sûr.