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Interview : Marc Vella et sa caravane amoureuse

Un pianiste qui part en guerre contre la guerre en utilisant sa musique comme bouclier.

Bonjour, Marc. Qui vous a mis devant un piano à l’âge de cinq ans en pleine banlieue parisienne ?

Le piano.

Vous êtes un génie de la musique ou bien tout ce que vous touchez vous réussi ? Mention au bac, hypokhâgne… Vous entrez directement à l’Ecole Normale de Musique sans passer par la case années préparatoires. Si vous n’avez pas gagné 20 000 francs, qu’y avez-vous trouvé ?

Un hôtel, rue de la paix ! Mais cette paix n’est pas toujours là, malgré tout, mais avec mes petites mains et mon cœur, je le construis mon hôtel.

L’univers étriqué des salles de concerts ne vous convient pas et vous rêvez de partir en voyage, votre piano à queue sur une remorque. Vous fumez quoi, Marc Vella ? Vos collègues ont dû avoir les bras qui leur tombaient, ce qui, vous avouerez pour des musiciens, est très ennuyeux. Quelles ont été leurs remarques ?

Je suis allergique au tabac, voyez-vous, car lui aussi étrique l’air que je respire. En ce qui concerne les remarques des uns et des autres, j’ai suivi l’adage « les chiens aboient et la caravane passe… » Vous voyez ce que je veux dire. Cela dit, ces « remarques » comme vous dites, m’ont parfois blessé mais dans tous les cas, je les ai prise en compte dans ma volonté permanente de m’améliorer.

La Caravane Amoureuse n’a rien à voir avec Priscilla, folle du désert même si vous voyagez principalement en bus et traversez des étendues de sable. Ce n’est pas non plus un lupanar ambulant contrairement à ce que son nom suggère. Racontez-nous comment est né ce projet ?

Ce projet est né parce que beaucoup de gens exprimaient l’envie de venir avec moi, alors j’ai crée la caravane amoureuse… c’est quoi la caravane amoureuse ? Et bien de par l’histoire de l’humanité, nous avons connu beaucoup de guerres. Nous avons tous appris cela à l’école… Combien de chefs “éclairés” ont déclaré la guerre au monde ?… Cette idée est si prégnante, que nous la portons sans nous en rendre compte au quotidien. Nous faisons souvent la guerre aux autres, à nous-même, notre partenaire de vie, nos voisins… La caravane amoureuse est une déclaration d’amour mondial… Elle va partir dans un esprit d’offensive amoureuse pour la Roumanie et va emmener avec elle pendant un mois et demie, des gens de 7 ans à 75 ans. Presque aussi bien que Tintin ! Nous traverserons le sud de la France, l’Italie, la Slovénie et la Hongrie. Peut-être est-ce utopique… Mais croire que des guerres amène la paix est, à mes yeux, plus qu’utopique, c’est stupide ! Après des guerres, il n’y a que blessures, humiliations et rancoeurs. Entre l’utopie de guerre ou l’utopie d’amour, je choisis la seconde !

Les gens qui partent ? Des hippies attardés, des adeptes d’une secte, des paumés de la vie ? Non ! Ce sont des gens tout simplement, qui viennent de tous les horizons à la fois géographiquement et socialement. Des papis, des mamies, des familles avec des enfants, des jeunes, qui osent croire encore en l’être humain, en sa beauté, malgré tout ce qui est dit et véhiculé… Qui ose croire en la beauté de la vie et du monde…. Chacun prend en charge son voyage et pour beaucoup, quitter un mois et demie son travail et son quotidien n’est pas chose simple.

Nous partons sur le principe de la guérilla qu’avait crée Laurence d’Arabie… Une poignée d’hommes convaincus, disait-il, peut défaire les armées les plus puissantes. Et bien, la caravane amoureuse prétend rallumer dans les coeurs des gens, le feu de la joie et la confiance en l’humanité, en pratiquant une guérilla de bisous. Nous nous arrêtons dans un village, descendons avec un joueur de vielle à roue, ou un piano, faisons danser les gens, faisons des bisous à tout le monde, écrivons des paroles et des tags d’amour à la craie sur les murs, les routes et les trottoirs, mettons de la couleur et des rires et hop ! 20 minutes plus tard, nous disparaissons… étrange, n’est-ce pas ? Mais… Étrange ou ne pas être !

Avec votre touffe de cheveux frisés et vous idées farfelues, vous n’êtes pas si loufoque que cela. D’accord vous jouez dans des granges, dans des anciennes écuries mais il vous arrive d’envahir aussi les églises. Et surtout, vous êtes l’inventeur avec le sculpteur Jean-Jacques Lamenthe des variacordes. A quoi servent exactement ces outils créatifs ?

Les variacordes donnent au piano une dimension orchestrale, quelque chose de totalement différent. Voici ce qu’en disent les journalistes…

Le Monde : Marc Vella est un fabuleux pianiste (…) Il s’amuse à frotter les cordes, cela donne une musique brillante, passionnée. Le piano à lui seul devient un orchestre.

Le Parisien : C’est la fureur de vivre l’instant présent, l’envie de partager sa philosophie du bonheur. Son piano, c’est le trait d’union avec l’humanité. Marc Vella, c’est l’homme piano !

Le Progrès : Les auditeurs peuvent passer d’une musique classique au jazzy, à des musiques orientales ou africaines. C’est un vrai exercice physique, le rythme est parfois endiablé, puis plus calme. Le vent, la tempête, le soleil sont au rendez-vous.

Sud Ouest : Marc Vella, tire partie de son instrument de manière inattendue, il est exploité sous toutes les directions, sous toutes ses dimensions…

Vous êtes l’auteur de Le funambule du Ciel paru aux éditions Presses de la Renaissance. Rêvez-vous aussi de jouer dans l’espace ? De quoi parle ce livre ?

Ah, si je pouvais jouer dans l’espace, j’irais bien… Au fond des océans, avec les dauphins, dans une jungle obscure et un gorille qui viendrait mettre son gros doigt sur le clavier de mon piano, sur la banquise entouré d’Inuits… Si vous saviez tous mes rêves… De quoi parle ce livre ? Et bien…

Le funambule du Ciel, c’est un idéaliste, assoiffé d’expériences. Il rencontre la belle Ismaëlla, mais gourmand des autres, avide de connaissance, il se laisse emporter par l’innocence de ses envies. Et sans le vouloir, à cause de la démesure de ses désirs, il blesse celle qu’il aime. Pourtant, oser vivre sa vie demande du courage. Seules les grandes âmes sont capables de mesurer la noblesse de cet engagement et peuvent excuser les maladresses inévitables de ceux qui s’exposent ainsi face à la vie. Ismaëlla est de celles-là. Bientôt, elle pardonne à son bien aimé et lui fait découvrir que le Un est plus vaste que la multitude. Sur les pas du funambule, le conte se fait initiation. Une initiation à la vie et à l’amour. Le funambule, c’est un autre regard sur le désir, la sexualité, les croyances, la religion, le couple…

Vos compositions musicales sont imposées dans les concours internationaux de piano. Comment le vivez-vous ?

Elles ont été imposées… Aujourd’hui cela n’est plus d’actualité pour la simple et bonne raison que je n’attache aucune importance à cela.

Vous donnez des concerts dans toute la France et dans le monde entier dans des milieux inattendus. Vous êtes aussi professeur et maître de stage. Faut-il savoir nager ou voler tout en étant musicien pour devenir votre élève ? Etes-vous cloisonné dans la musique classique ou êtes-vous capable de faire un bœuf avec des musiciens de jazz ?

Un musicien, ma belle, n’est pas quelqu’un qui joue. Un musicien, c’est quelqu’un qui fait l’amour avec le silence. Moi, j’aime bien faire des bœufs avec n’importe qui et surtout avec quelqu’un qui ne sait rien ! C’est fascinant.

La Caravane Amoureuse part pour la Roumanie en mai 2006. Pourquoi cette destination ?

Parce que j’ai des amis qui adorent ce pays et qu’ils m’ont proposé d’y aller jouer… Okay, ai-je dit et de fil en aiguille, je me suis dit, et pourquoi pas emmener des gens avec moi…

N’importe quelle personne peut s’inscrire à ce voyage musical ou vous exercez un tri sélectif ? Reste-t-il encore des places ?

J’évite les personnes fragiles psychologiquement, trop dans l’émotionnel, trop dans le mystique… Autrement oui, n’importe qui… Là, ça va de 07 à 75 ans. Il n’y a plus de places. Désolé !

Cher Marc, je vous laisse écrire les dernières notes de notre duo…

Que voulez-vous que je vous raconte ? Que la vie parfois nous amène à être moins aimant, à être moins émerveillés, moins touchés… C’est le piège dans lequel il faut essayer de ne pas tomber. Les blessures et les rancoeurs s’accumulent et notre cœur devient lourd. Et bien l’épreuve suprême est de conserver la joie malgré tout.

Tous les êtres sont à la fois merveilleux et maladroits, forts et fragiles. C’est le regard que l’on porte sur eux qui fait toute la différence.

Certains ne verront que le côté fort et merveilleux, d’autres s’emploieront à ne voir que les parties maladroites et fragiles… Ainsi va la vie. Certains verront tout cela à la fois et seront émus… Je fais partie de cette catégorie de personnes.

Avec toute ma gratitude pour vous être intéressée à mon travail.

[Le site de Marc Vella->http://www.marcvella.com/]

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Cali Rise

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