Self-caresse
Photo de Jeffrey Mac Alister
Nul n’est prophète en son pays. Je n’ai jamais caché que j’aimais les hommes. Je n’ai jamais caché que j’adorais faire l’amour avec un homme. Comme si, avec cette union charnelle, je retrouvais une partie manquante de mon anatomie. Comme si, à ces instants de fusion, d’effusions, je retrouvais mon entité.
Pourtant, il m’arrive de me masturber. Seule.
J’aime ces moments de solitude extatique où je me prodigue des gestes de douceur amoureuse. Le choix du lieu est important. Il ne faudrait pas qu’une visite intempestive me dérange lors de ma communion narcissique. Bien souvent, je choisis ma chambre. Rien ne vaut l’accueil moelleux des draps mêlés aux oreillers. La lumière aussi est importante, en plein été, les volets seront fermés à l’espagnolette. Seuls quelques rayons mutins viendront jouer sur mon corps étendu et détendu.
Dans la pénombre factice, je me déshabille, langoureuse. Rien ne presse. Le lit me tend les bras et aussi nue que Eve pouvait l’être, si ce n’est plus, je m’y allonge. Le ballet de mes mains commence. Du bout des doigts, je parcours cette peau totalement glabre. Je m’évade à l’écoute de mon corps. Les premiers frissons fleurissent et s’épanouissent de bas en haut. La pointe de mes seins s’érige et c’est alors que je vais l’agacer provoquant une réaction immédiate et émotionnelle de mon clitoris. Les gestes se font plus appuyés et l’appel de mon sexe devient impérieux. La descente au paradis se fait lente. J’aime toucher la peau si fine, si douce de l’intérieur de mes cuisses. De là à mon mont de Vénus, de là à mes lèvres déjà humides, de là à la raie de mes fesses. Mes sens et mon coeur s’affolent en choeur et encore.
Les caresses coulissent du clitoris au vagin sans oublier par instant l’anus. Mille fois répétés, ces gestes sensuels restent toujours nouveaux. Des mots d’amour plus ou moins vicieux flottent dans ma tête en une chanson charnelle. Avec perversité, je règle mon doigté pour me faire durer le plus longtemps possible. Quand l’extase pointe le bout de son nez, ou je la laisse fuser, ou je la retiens, roulant au rythme de ma respiration animale. Instant fragile et fort qui me laissera alanguie et revigorée. La jouissance aura arc-bouté mon corps comme un ressort pris d’une folie soudaine et il me faudra de longues minutes pour rejoindre la terre ferme.
Je sourirai en pensant à ces amants qui aiment me voir me caresser comme s’ils pouvaient apprendre les secrets d’un bonheur fugace et ancestral. Je sourirai en léchant mes doigts reconnaissant mon odeur, bénissant ces mains si vivantes et si aimantes. Je sourirai en songeant à cette phrase « il n’y a pas de mal à se faire du bien ». Phrase sûrement inventée par une personne culpabilisée voulant se persuader du contraire. Je sourirai à cette petite voix gourmande et lointaine qui me presse de trouver un mâle concupiscent.
Masturbation jubilatoire d’une self-caresse.





mai 29th, 2007 at 4:00
pendant un instant je fût un doigt.
mai 29th, 2007 at 4:18
Jolie tournure de phrase…
juin 8th, 2007 at 1:29
Magnifique forme, fond intense. Quoi de plus agreable ?
juin 9th, 2007 at 2:52
A vous de me le dire…
juin 11th, 2007 at 7:52
Vous, peut-être ?
Quoique je ne peux vérifier… Vos mots me donnent un aperçu cependant
juin 11th, 2007 at 7:57
sourires. En effet, nulle vérification n’est envisagée.
Un aperçu qui devient votre ressenti. Merci.
juin 15th, 2007 at 7:09
Bravo pour cette poésie,
je me suis soudènement senti bien à la lecture de votre texte, ni obscène
ni perverse, mais tellement féminin,
juin 15th, 2007 at 7:38
Merci inconnu(e).
juil 3rd, 2007 at 1:41
c’est tellement bon de voir ces image je me sens concerner dans les parole de cette poésie
merci pour cette image !!!!!
juil 21st, 2007 at 2:53
Oui belle image, j’espèrait en apprendre un peu plus sur les caresses et le plaisirs féminin, où se trouve le clitoris etc. ! non pas que je sois innocent de ce côté là, mais les thèmes qui en parlent sont barbants car trop médicalisés, des images en 2D comme pour observer l’anatomie du corps humain… à notre époque il n’y à rien de très pédagogique quand on veut connaître l’anatomie féminine avec de vrai photos non vulgaires et pornographique qui rabaissent les femmes une fois de plus et font le bonheur des hommes (tant mieux !)
juil 21st, 2007 at 11:08
La majorité des photos qui illustrent mes textes sont des nus féminins. Je pense que vous trouverez quelques photos qui pourront satisfaire votre curiosité…