Je t’aime

Photo de Maury Perseval

Je t’aime. A quel temps est-il conjugué ce verbe ?

J’écoute le bruit de ton poignet qui, mécaniquement, bouge au rythme de ton désir. Bientôt, je n’entends plus que lui résonner dans cette pièce vide.

Vide de nos deux coeurs qui battaient, il y a peu encore, à l’unisson. Tout s’efface… Même la cicatrice la plus profonde faite à l’écorce d’un arbre. Laisser le temps faire son oeuvre. Attendre. J’ai su un chien mourir d’amour sur la tombe de son maître. La résignation pour unique résiliance. Je ne suis pas ainsi.

Et toujours, j’entends ce son. Cette caresse solitaire que tu t’offres. Un cadeau que je te refuse. Muette.
Je t’aime. Je t’ai aimé. Je t’aimerai. Je t’aimais. La ritournelle semble sans fin. Elle m’ensorcelle et tu t’agites. Le lit ondule sous les soubresauts de ton corps. Ravi. Rageur. Rageant. Tu as joui.

L’idiotie de la situation nous apparaît enfin. Allongés dans le noir, vaguement éclairés par un rayon de lune survivant, nous échangeons. Autrement. Juste plus haut. La messe basse est terminée. Amen.

T’écouter te masturber à mes côtés était aussi un échange, non ? C’est toi qui t’es fait du bien et c’est ma main qui est gourde. Ironie. Ta main gît. Morte.

Nous sommes deux enfants merveilleux. Nous voulons tout, tout de suite. Jouisseurs. Pas d’écart. Pas de manque. Pas de vide. Pas de rien.

La joie vient après la peine dit l’adage. Je répète ce qu’écrivait Boris Vian dans Les bâtisseurs d’empire « Comment, qu’est-ce que nous allons faire ? La question ne se pose pas. Le vent se lève. Il faut tenter de vivre »
Je vis. J’aime. Tu vis. Tu aimes. Nous vivons. Nous aimons. L’autre. Nous avons créé. Tu crées. Je crée. Autre. Responsables de ce qu’il nous arrive mais pas coupables.

J’ai épousé mon Destin, tu en fais partie. Mais tu n’es pas le seul. Je te regarde, nu. Apaisé. Désirable. Désirable parce qu’interdit. Pour elle. Pour moi ?
Ecoute battre mon coeur ! Il porte la vieille encoche de ton amour. Je tends l’oreille vers le tien. Ai-je oublié d’y laisser ma marque ? L’as-tu déjà effacée ?

Combien de nuits ont péri avant que tu ne te demandes si tu me désirais encore ? Est-ce que j’existe à nouveau pour toi parce que je suis quelqu’un pour lui ?

Je t’aime criait mon corps. Prends-moi ! Las, un jour nous avions donné naissance au rien sans savoir quoi en faire. Quels cons ! La lune en sourit et mes yeux en pleurent. Les tiens sont humides. Encore. Suis-je née pour faire pleurer les hommes de ma vie ?

Je t’aime criait Echo. Mais ce n’était que la voix de Narcisse qui répétait sans fin cette mélodie…

About the Author

Cali Rise

Leave a Reply

Les tags XHTML sont autorisés: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <blockquote cite=""> <code> <em> <strong>