L’inondation
Photo de Ernesto Timor
Ce ne sont pas seulement des coulures qui noient l’image mais toutes ces eaux en crue des miroirs au travers desquels vous me voyez.
Vous imaginez une femme irréelle qui, jour après jour, nuit après nuit, vous devient plus réelle que la vraie.
Jeu de dupe qui vous plaît.
Et toujours vous cherchez cette inconnue qui n’existe que dans vos songes les plus crus.
Infidèle à vos visions, je poursuis mon voyage sans nom.
Les vagues de mes émotions me portent de-ci de-là pareille à une barque folle provoquant des creux d’une telle ampleur que, parfois, je suis submergée.
Suffocante et trempée jusqu’au coeur, je rampe alors jusqu’à cette crique isolée dont je vous tairai le prénom.
A quatre pattes dans le sable mouillé, la tête pendante et le regard noyé, mon dos se creuse et mes poumons se tendent.
Il me faudra alors plusieurs lunes et toute la patiente de son amour-oxygène pour revenir à cette vie. Celle que j’ai choisie.
De cela vous ne saurez rien car vous êtes et vous resterez toujours de l’autre côté.
Du côté de la face obscure.
A moins que ce ne soit moi qui y sois ?
Qui sait vraiment de quel côté se trouve la réalité ?





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