Poupée

Photo de Franck Duez

Loin de toi, je me sens poupée désarticulée. Vidée de mes sens. Lassée de la vie.

J’imagine ce que Pinocchio, attendant sur l’établi, a pu ressentir à chaque passage précipité de son père sculpteur. Son désarroi. Ses espoirs et ses peurs.

Un seul regard de toi et je respirerais à nouveau.

Un seul mot de toi et mon regard s’emplirait de profondeur.

Une seule de tes caresses et ma peau vibrerait dans l’attente de celles qui suivraient. Parce qu’elles ne pourraient que s’enchaîner, bien entendu.

La fin de l’été éclaire ce corps vide où un coeur ne bat même plus à demi-mot. Impossible de soupirer sur ce qui n’existe pas, sur ce qui n’a jamais existé, sur ce qui n’existe plus.

Eve, ma s?ur, savais-tu qu’avant toi était née Lilith ? Espérais-tu, misérable poupée entre Ses mains célestes, faire mieux qu’elle n’avait tenté ? Savais-tu déjà avant de respirer que tu connaîtrais l’Enfer après avoir goûté au Paradis ?

Et je marionnette, perdue au fin fond de mon paysage intérieur.

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Cali Rise

No Responses to “Poupée”

  1. Alors là, j’adore… ève et Lilith : le féminin mythique et diabolisé. Quelle dimension s’installe alors dans ce manque !

  2. Ligeia… Je ne connais qu’une seule Ligeia, une lady, celle d’Edgar Allan Poe…

    Merci.

  3. C’est justement par admiration pour son oeuvre que j’ai choisi ce pseudo.
    Merci à vous de nourrir mon imaginaire et de me tenir compagnie lors de mes soirées solitaires.

  4. Heureusement que Baudelaire l’a traduit…

    Merci à vous de trouver la compagnie agréable même si d’autres présences le sont plus.

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