Bondieuseries

Photo de Stefan De Lay

Vous ne me voyez pas mais je suis là. Parmi tous les autres. Chétif ou fringant, vert ou presque mort. Lequel ?
Lequel suis-je ? Pourquoi vous le dirais-je ? Qui êtes-vous pour ne pas entendre le son de ma voix porté par le vent ?

S’il souffle doucement, je froufroute en cadence et susurre des mots doudous, des câlinous qui entrent au creux de votre oreille et font apparaître sur vos lèvres, ce sourire si doux que j’aime tant.

S’il déferle, empli de colère intense, j’oscille en tous sens avec la crainte de casser à chaque coup. Horreur ! Je vous perdrais ! Vous entendez alors mes cris désespérés, mes sifflements aigus, le craquement de mon ossature fragile. Cela vous fait sursauter mais ne vous effraie pas pour autant.

Vous ne me voyez pas et cela vous agace. Où suis-je ? Vous poursuivez votre quête. Encore. Allant de l’un à l’autre. Passant vos mains sur leurs peaux lisses ou rugueuses. Lequel ? Mais lequel suis-je ?

Assis sur ce banc ridicule, vous attendez. Patient. J’entends votre voix qui prie. Silencieuse. Si vous tourniez légèrement la tête, vous me verriez, discrètement penché, à votre écoute. Et j’aime ce que vous dites. Et mes racines tiraillent jusqu’à craqueler la terre.

Je suis l’arbre dans la forêt. Celui que vous ne voyez pas encore mais qui est là, plus vivant à chacun de vos appels. Pour vous. Ouvrez un peu plus grand votre cœur et vous entendrez battre ma sève. Vous êtes si proche de cet instant.

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Cali Rise

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