Elle regardait les flammes détruire les derniers vestige de son passé…
Elle regardait les flammes détruire les derniers vestiges de son passé.
Surtout ne pas penser à cette chose qui brûle. L’odeur qui s’en dégage est si particulière. Est-ce que là-bas, dans ces camps, la fumée avait eu les mêmes relents ? Doucement, ces yeux repartirent encore pour un dernier voyage intérieur.
Milles baisers. Ils en avaient tellement échangé au début. Et puis tout s’était tassé. Chacun avait suivi son chemin. Oh, bien sûr, parfois leurs corps en manque revenaient l’un vers l’autre, s’épuisaient l’un dans l’autre en une vague étreinte machinale. Elle libéra un soupir. Une fois avait suffi pour que l’improbable pour elle eut lieu.
Elle avait su dès les premiers jours qu’il se passait quelque chose dans son corps. Son utérus s’était contracté comme pour bien lui signifier qu’elle était une femme biologiquement comme toutes les autres. L’horreur suprême ! En aucun cas, elle ne voulait devenir une baleine porteuse confondante de maternité dégoulinante. Ça, jamais ! JAMAIS. Elle oublia cet incident. Son ventre aussi.
Autour d’elle, la vie se déroulait sans anicroche : le repas dominical et obligatoire chez beau-papa et belle-maman ; le lundi consacré à sa mère ; le mardi à sa s?ur qui attendait un heureux événement ; son footing du mercredi après-midi -d’année en année, elle avait appris à sourire à ces jeunes mères qui s’extasiaient telles des pintades crétines devant les châteaux de sable construits avec application par leurs rejetons piaillards quand elle traversait le parc- ; son implication dans l’association qui s’occupait des femmes battues ; son amant du jeudi ; la réunion paroissiale du vendredi soir ; la sempiternelle sortie ciné ou resto du samedi soir. Son existence était remplie. Alors pourquoi se sentait-elle si vide ? Comme au bord de son corps.
Une étincelle la ramena à la réalité. Avec un bâton, elle repoussa un morceau du truc pour qu’il termine de se consumer. Tiens, elle ferait bien cuire un rôti de veau à la Strogonoff pour ce soir. Ah non, elle n’avait plus de cognac, il faudra qu’elle pense à en racheter. Les palpitations de son ventre s’estompaient. Expulser ce truc avait été si facile. Quelques minutes et c’était fini. Il y avait bien eu une sorte de miaulement mais elle l’avait étouffé de sa main. Avec une serpillière, elle avait lavé le sang. Le sol carrelé n’en gardait aucune trace. Tout était parfait.
Allumer le feu dans le jardin n’avait pas pris beaucoup de temps non plus. Elle avait jeté la chose inerte sur un tas de branches sèches, balancé des feuilles mortes par-dessus. Il allait bientôt rentrer. Et si elle lui proposait des brochettes de lapin au sésame et aux dés de mangue ? Il adorait. Il fallait à tout prix qu’elle lui parle de son envie de voyage. Partir. Bouger. Changer de vie. Voilà.
Il ne restait plus qu’un tas de cendres. Elles serviraient bientôt à alléger la terre lourde du potager. Oh, et qu’allait-elle y semer cette année ?





août 17th, 2007 at 3:12
très beau texte
peut-etre purifiait-elle sa vie…il y a un temps pour tout