Fesses and devotion par C.U.I.
J’ai pris cette photo il y a dix jours, maintenant. Dix jours et une dizaine d’heures. On venait de faire l’amour pour la dernière fois.
Si tu avais été fumeuse, tu aurais certainement pris une clope pour accompagner ta rêverie devant la fenêtre. Tu ne disais rien, je ne t’entendais pas pleurer mais j’aime me dire aujourd’hui que tu versais probablement une larme sur nos amours sacrifiées sur l’autel du raisonnable.
J’étais encore sur le lit, je regardais ton cul, je me disais que tu étais consciente du spectacle que tu m’offrais, que même si tu étais là vraiment pensive, tu savais parfaitement que mes yeux allaient se river sur ta paire de fesses musclées, tu savais par trop bien le cul-culte que je portais à ton postérieur, fesses and devotion. Oui, je me perdais dans mes rêveries, moi aussi, le silence qui s’était installé dans la pièce (ni paroles ni musique), pas du tout pesant, s’y prêtait. Et puis je suis sorti de ma torpeur et je me suis dit qu’il me le fallait, ce cul, une dernière fois ! J’ai rapidement fouillé dans la poche de ma veste qui traînait au bord du lit, recouverte par le reste de mes vêtements retirés à la hâte hier soir, par tes mains ou les miennes quand nos deux peaux hurlaient l’urgence de se frotter, j’en ai extirpé mon compact. Je me suis relevé, tu as entendu le sommier craquer mais tu n’as pas bronché, je me suis mis derrière toi et - clic - j’ai déclenché. C’est la première de la série. La suivante, tu tournes juste ton visage vers moi et la troisième est floue, tu te rues sur moi en riant et en me traitant de salaud et j’ai bougé pour t’esquiver. Je plaide ma cause : il me fallait cette photo de toi, et puis tu peux avoir confiance en moi, je te promets, je te jure que je ne la posterai pas sur mon site.
Il y aurait plein de raisons romanesques qui pourraient justifier la fin de notre liaison. Tu as trouvé un autre homme, qui te plaît plus, et tu me quittes.
J’ai trouvé un autre homme, qui me plaît plus, et je te quitte.
Je pars pour 3 ans en mission en Amazonie.
Tu vas partir en exil pour fuir le régime sarkoziste.
Tu suces mal, je sens tes dents.
Tu trouves que ma queue est trop courte et tordue.
J’ai aimé le dernier Goncourt.
Mais non, la réalité est plus prosaïque, personne ne m’a remplacé, je reste globalement hétéro, j’aime pas les moustiques, c’est Royal qui va gagner, tu suces à merveille ma queue parfaite et l’idée de lire Les bienveillantes ne m’effleure même pas.
Non, c’est ma femme. Elle a su. J’avais pourtant verrouillé mon portable pour qu’elle n’ait pas accès aux SMS salaces que tu m’envoyais (en réponse à mes pornogrammes). Je pensais scrupuleusement à t’effacer de la liste des appels. Je pensais tout planquer, mais cette saloperie d’ordinateur a planté. Au lieu de se mettre en veille, il s’est figé et elle a pu voir un bout de message que tu m’avais envoyé sur MSN. Un tout petit truc.
Suffisamment ambigu pour ne pas me retrouver avec ma valise dans les mains et mes disques jetés par la fenêtre. Suffisamment clair pour que je sache que, désormais, je devais serrer les fesses et jouer profil bas.
Alors j’ai dit qu’il fallait qu’on se quitte. Qu’on arrête de se voir, au moins un temps, peut-être un long temps, mais qu’il fallait que je me consacre à elle, que j’arrête de déconner.
Tu m’as dit que je ne tiendrai pas le coup, que je m’ennuierai vite fait, que mes bonnes résolutions s’envolerait dès la prochaine pipe molle que ma femme m’accordera du bout des lèvres pour éviter de se prendre mes coups de bite. Tu m’as menacé, tu m’as supplié, je t’ai rappelé qu’avec le corps que tu avais, tu trouverais tous les amants de tes rêves et d’autres encore, mais tu devais être un peu romantique, alors j’ai fini par t’accorder cette dernière nuit ensemble. Ça n’a pas été facile, vu le contexte, de trouver une occasion de nous retrouver, avec ma femme qui me fliquait comme jamais et ton mari jaloux, mais à la faveur d’un déplacement en province, on a pu se trouver ce créneau d’adieu. Au bout de presque deux mois de patience… Je pensais qu’on allait baiser comme des bêtes sauvages, toute la nuit, sans nous arrêter, mais non. Nous nous sommes jetés l’un sur l’autre, très vite, on a fait l’amour avec force, je t’ai regardé au plus profond des yeux quand tu as joui, tu t’es jetée sur mon sexe pour le sucer ensuite, j’ai vu comme tu t’y prenais pour essayer de me faire venir vite, tu commençais à bien maîtriser le rythme qui me faisait grimper aux rideaux, mais j’ai eu envie de jouir en toi alors je t’ai pénétrée à nouveau, je ne cherchais plus ton plaisir mais le mien seul, j’ai poussé un petit cri dans mes spasmes et je suis resté silencieux un bon moment pendant que tu me serrais si fort contre toi. Puis nous avons éteint la lumière, allongés l’un à côté de l’autre, main dans la main, nous avons parlé longuement et nous nous sommes endormis.
C’est plus ce que c’était, les bêtes sauvages.
Certes, au petit matin, je me suis réveillé avec la gaule et tu n’as pas été longue à réagir à mes avances, mais nous aurons finalement été raisonnables.
Quel tue-l’amour, la raison.
Avant de perdre la face
Et de m’éteindre comme un vieux mégot
Mon tout dernier regard
Se portera sur tes fesses
Où je cachais chaque nuit
Le plus précieux de mon magot
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Mes plus humbles excuses à Maury Perseval, dont j’apprécie grandement le talent poétique, pour avoir eu l’outrecuidance de faire de mon personnage l’auteur de sa photo !
Auteur Comme Une image






jan 25th, 2007 at 2:50
Ce que c’est chouette ! Surtout le poème à la fin. Tu as un vrai talent, CUI, et je dis ça sans complaisance, pas pour que tu me répondes “t’es pas mal non plus Vagant”, mais si tu le faisais ça ne me dérangerait pas plus que ça.
Toujours est-il que moi aussi, je jouerais bien le jeu impudique avec la photo à commenter !
jan 25th, 2007 at 7:30
Ouaip… Sans vouloir jouer les Commissaires Adamsberg, y’a un couac dans ton post, Cui-cui.
La vue de l’appart ne laisse pas vraiment croire qu’on se trouve dans un sordide hotel de province, genre Formule 1 derriere l’hypermarche Cora, pres de la sortie d’autoroute.
Ah ! Ce qu’on aime chez Cali, c’est le reve, l’idee que l’amour physique peut se traduire en poesie.
jan 25th, 2007 at 9:13
rès très joli,C.U.I., et la photo, et le récit, et vraiment émouvante, la tempête sous le crâne, celle qui n’a pas vécu les affres de l’adultère s’y croyait pourtant…
@Vagant C.U.I est, je crois, bien trop perfectioniste pour se laisser attribuer un texte de fin qui n’est pas de lui!
Sourires.
Six
jan 26th, 2007 at 12:40
Le “poème” est un extrait d’une très belle chanson de l’excellent Dominique A. Il est vrai qu’il illustre parfaitement ce beau texte.
jan 26th, 2007 at 12:41
sourire. Merci Miss Blandish
mar 27th, 2012 at 9:42
[...] suite est à lire chez Cali Rise, sur son site Impudique. C’est moi qui l’ai fait
Mots-clés : cali rise • érotisme • [...]