La fée et le naufragé
Photo de Ernesto Timor
Autrefois, je me prénommais Calypso. Nymphe et reine de l’île d’Ogygie, je recueillis Ulysse, prince d’Ithaque, victime d’un naufrage.
Mon Dieu qu’il était beau ! Est-ce Hermès qui me l’avait désigné en rêve ? Encore aujourd’hui, je ne sais.
Mon pays était peuplé de bois. Les peupliers aux feuilles frémissantes murmuraient des chants odorants. Les cyprès pointaient leurs silhouettes phalliques vers le ciel bleu, entourant les vignes, chargée de grappes de raisins.
J’entraînai Ulysse dans ma grotte sacrée. Pendant sept années, je soupirais d’amour à ses côtés.
Mon Dieu qu’il était beau !
Ulysse, mon prince ténébreux, se languissait au bord du rivage. Contemplant la mer, les yeux embués de larmes, il ne pensait qu’à Pénélope.
Mon Dieu que je la haïssais cette femme !
De la source sacrée, je lui proposai l’immortalité. Il la refusa.
Une nuit, Hermès m’apparut. Zeus réclamait le héros.
Que faire, mon Dieu ? Que faire ?
Je l’aimais tant ! Tellement qu’il me fallait le laisser partir vers sa bien-aimée.
Je lui fournis le bois pour construire un radeau.
Je lui donnai des vivres pour qu’il puisse survivre à la traversée.
Le coeur emplit de douleur, j’assistai à son départ.
Ulysse, lui, voguait, le coeur plein d’espoir. Il me fit même un geste d’adieu. Au travers de mes larmes, je réussis à lui sourire.
Mon Dieu que l’amour est torture !
Ô Hermès que tes messages sont blessures parfois !
Depuis, je lézarde les murs, cherchant dans l’écriture des amants d’un jour ou de toute une vie, celle de mon amant.





Leave a Reply