Verge d’or
Photo de Ernesto Timor
Allongée comme elle l’était, sa gorge était comme un étui pour son sexe. C’est elle qui l’avait voulu ainsi.
Comme tous les soirs, il avait attendu au bar qu’une future cliente le lève. Telle une apparition surréaliste, elle était entrée, le bruit ambiant en boa queue de coq noir autour du cou. Longiligne et très classe, il l’avait suivi du regard pendant que ses talons hauts fendaient la foule disparate. Que venait-elle faire dans un endroit pareil ? Ses yeux avaient croisé les siens et une tristesse glacée l’avait frappé en plein coeur. Il fallait qu’un sourire envahisse à nouveau son âme. Peu importe celui qui l’avait blessée, car il en était certain, cela ne pouvait être qu’un homme mais peu importe. De sa démarche féline, il s’était approché et lui avait saisi la main. Réticente au début, elle s’était laissée emporter. Loin. « Emmène-moi loin d’ici » lui avait-elle dit à mi-voix.
Sur les trottoirs, leurs pieds avaient uni leurs sons claquant. Hébétée, elle l’avait suivi comme une enfant docile. Le concierge de l’hôtel n’avait pas posé de question. Par habitude. Pourtant, l’allure de sa compagne l’avait étonné à en voir son léger recul. La porte de la chambre avait légèrement grincé. Pour la première fois, il avait remarqué son réel dénuement. Une vraie cellule de moine. Aucune affaire personnelle ne traînait, oubliée quelque part dans cette pièce. Cela aurait pu depuis le temps qu’il l’occupait. Mais non.
La femme était entrée sans rien dire. Ses vêtements étaient tombés rapidement sur le sol. Les marques lui avaient sauté aux yeux. Malgré le passage du temps, elle était très belle. S’approchant de lui, elle avait, d’un geste autoritaire, posé son doigt sur ses lèvres tout en descendant sa braguette de l’autre main. « Viens ! »
Elle s’était étendue sur le dos, la tête en dehors du lit, largement renversée en arrière. Ses jambes étaient fléchies et écartées, les pieds posés sur les draps froissés. Un geste de sa main l’avait fait approcher jusqu’à ses lèvres, un autre lui avait fait jeter la capote qu’il s’apprêtait à enfiler. Elle avait poussé sur ses fesses pour qu’il s’enfonce dans sa bouche jusqu’à la garde. Son souffle lui caressait les testicules. Fallait-il qu’elle soit si extraordinaire pour qu’il ressente autant de plaisir à aller et venir dans cette bouche accueillante ? En lui maintenant les poignets, elle lui avait fait comprendre qu’elle ne voulait pas qu’il la touche. Un étui de chair. Voilà ce qu’elle était devenue pour lui. Bon dieu qu’elle était bonne ! Lorsqu’elle avait enfoncé son majeur dans son anus, il avait joui.
Plus tard, elle avait pleuré tout contre lui, peau contre peau. Il n’avait rien demandé. Juste caressé ses cheveux et tenu sa main posée sur son torse. Au petit matin, aérienne, un sourire accroché au fond des yeux, elle s’était penchée sur lui encore à moitié endormi et, tout contre ses lèvres, elle l’avait remercié. « Au revoir, Verge d’or… Tu sais… C’est toi qui aurais dû me payer pour cette nuit ! »
En refermant les yeux, il avait songé à ses lèvres si douces. Il sentait encore la chaleur de son baiser au creux de sa paume.





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