Entre ses lèvres… par Thea_O
Dos nu contre la fenêtre.. « C’est toujours le même problème… » songeait-elle. Elle regardait les ronds de fumée s’envoler puis se dissoudre sur le carreau de verre… Aucun, après l’avoir emplie et fini de se répandre en elle n’avait su la gorger et lui faire oublier l’envie irrépressible qu’elle avait de s’en allumer une.. « Vite ! une autre tige… » pensait-elle. Aucun des hommes qu’elle visitait ne rivalisait avec cette nicotinique rivale. Les fesses encore nues, elle s’étirait pour aspirer entièrement la bouffée de bonheur voluté. S’ils avaient été un brin plus perspicaces, et puis aussi s’ils avaient eu le droit à une seconde édition des plaisirs de la chair , chose que jamais elle n’octroyait… Ils auraient compris que leur performance était jugée en fonction de la rapidité avec laquelle elle se jetait sur le paquet de cibiches, posé au plus près du lit. Parfois même, il était déjà dans le lit, planqué sous l’oreiller, en cas de détresse… au cas où l’ennui d’être investie sans l’être serait le plus fort… Elle se souvenait pourtant d’avoir, par le passé, retenu le geste… Cela faisait longtemps…
L’autre ange lui procurait des plaisirs uniques. Les hommes ne devenant que les prétextes, les préliminaires de la vraie rencontre amoureuse : celle de sa bouche entrouverte, de ses lèvres qui enserraient l’objet… le suçaient presque. La brûlure la ravageait, unique et toujours fidèle. Ils avaient fini par se ressembler tous… Alors pour varier le plaisir , elle avait décider de changer d’amante, testant d’autres marques, d’autres textures, d’autres saveurs… Un tel lui donnait l’envie de goûter une mentholée, tel autre lui inspirait une brune qui lui arracherait les cordes vocales.. Mais sa voix ne changeait pas… cristalline, opérant le charme nécessaire sur le mâle… Ils s’étaient tous échinés sur son corps, qu’elle ne regardait plus. Ils aimaient la dévaster… Ils pensaient même l’avoir conquise et comblée… Mais lorsque dans les draps sués et froissés, ils s’abandonnaient au sommeil, alors, son regard de prédatrice méprisante s’allumait. Mépris jusqu’au bout du filtre glissé entre ses phalanges blanches. Finalement, le sexe n’était plus qu’un prétexte fallacieux, un insipide exercice, un protocole nécessaire à la rencontre ultime, à la jouissance qui viendrait bien plus tard lorsque son corps serait débarrassé de la présence de l’autre. Elle les essayait tous, blonds ou bruns, chevelus ou chauves, minces ou gras, fin d’esprit ou con jusqu’à l’impossible.. elle se foutait royalement de leur identité, de leur vie, de leurs états d’âme, de leur fric, de leur numéro de sécu.. Son seul intérêt se portait sur cette tige de chair qui une fois bien tendue pourrait tenter de l’emplir… Mais c’était le même scénario de l’un à l’autre, d’une queue à l’autre… l’orgasme ennuyé, le plaisir gentil de convenance câline… la nausée.
Ses seins ne se dressaient que sous la forte inspiration, sous le feu envahissant d’une première bouffée de cigarette… elle aurait voulu que son corps ne soit qu’une immense bouche. Que son vagin ou son cul soient équipés de bronches à brûler… Fantasme vain… Elle écrasa avec délicatesse son amante chérie et rangea le mégot dans une boîte sorte de cercueil de ses souvenirs orgasmiques. Puis, elle réveilla le corps mâle et désormais inutile pour l’inviter à s’en aller… Une douche, se laver le corps des viscosités du précédent… se rincer la bouche des fumées de la précédente. Déjà, elle attendait quelqu’un d’autre…
Celui-ci sera sans doute un cigarillo…
Auteur : Thea_O






avr 22nd, 2007 at 8:20
Ah ah, Thea, il y a longtemps que je n’avais pas ri de si bon coeur!! vous êtes une vampire ma chère
pauvres hommes s’illusionant de leurs mérites que votre personnage ne cesse de renvoyer au néant…ah, je ris encore, merci pour cette jolie leçon…si seulement quelques uns pouvaient en entendre quelque chose…:)
avr 22nd, 2007 at 12:01
FrancK_O .. je vais rougir… là..
Mais il est vrai que j’ai eu un sacré plaisir redoutable et féroce à lâcher cette bouffée là..
Une autre forme d’univers motal..
Merci Cali de ce plaisir que tu m’offres.
Je vous embrasse
avr 22nd, 2007 at 5:03
A l’extrémité des extrémités.
avr 23rd, 2007 at 2:27
Merci à toi bella.
Je t’embrasse