Aime-moi

Photo de Gil de Bizemont

- Aime-moi.

Ce n’est pas un ordre.

Ce n’est pas une supplique.

Juste un moment.

- Aime-moi.

J’entends sa voix chaude qui se tait me caresser la peau comme une promesse incandescente.

- Aime-moi.

- Pas comme cela.

Non. Pas comme cela.

Je veux du charnel. Son corps de mâle brut derrière le mien. Offert.

Je veux mes paumes appuyées aux murs, mes genoux se blessant sur les sols.

Je veux ses coups de reins rageurs qui s’enfoncent au plus profond de moi jusqu’à m’ouvrir en deux comme un fruit trop mûr.

Je veux mes ongles qui déchirent son dos et creusent des sillons sanguinolents sur les tapisseries du temps qui passe.

- Aime-moi.

- Pas comme cela.

- Aime-moi.

- Pas comme cela.

- …

Ses trois petits points qui crient cette force silencieuse, ses muscles bandés d’amant prêt à bondir.

Ses trois petits points qui réclament mon animalité la plus absolue. La pureté d’un corps à corps dans ce qu’il a de plus chair.

- Aime-moi.

- Pas comme cela.

- …

- Aime-moi.

- Pas comme cela.

- …

- Toi-même !

Oui. Toi-même ! Moi aussi je veux du brûlant. Moi aussi je veux te cramer.

Je veux de la sueur. Je veux des ahanements à en avoir la gorge en feu.

Je veux le derme écorché de baisers violents.

Je veux la peau lardée de morsures indélébiles.

Je veux des bleus océans dessinant des mers nouvelles sur lesquelles de futurs amants chercheront à naviguer.

- Toi-même !

Et des images d’un film révolu se déroulent tel un tapis de mensonges éhontés.

- Aime-moi.

- Pas comme cela.

- …

- Toi-même !

- Aime-moi.

- Pas comme cela.

- …

- Toi-même !

Oui. Toi m’aimes.

About the Author

Cali Rise

No Responses to “Aime-moi”

  1. Cela fait vraiment plaisir de tomber au hasard sur un blog qui sache que l’érotisme passe par l’écriture et qu’une main sur la peau est plus excitante que tous ces sexes qui s’offrent au regard sans savoir se donner.

  2. Si Flaubert me rend visite maintenant… ;-) Merci pour vos mots, cher inconnu.

  3. Le plus curieux, c’est qu’après bien des voyages sur le net, je suis retombé sur vous. J’aime vraiment vos images et vos mots.

  4. Le plus curieux est que vous vous cachiez…

  5. Je ne me cache pas, mais vous ne me connaissez pas. Alors, disons que je m’appelle Flaubert. Pourquoi ce pseudo? Parce que j’aime sa correspondance et que j’ai beaucoup rêvé sur les relations qu’il entretenait avec Louise Collet. Déjà, je vous en dis beaucoup…
    Vous aussi vous êtes cachée et je ne cesse de tourner autour de vous, de votre corps. Ou de vos mots. Peut-être d’ailleurs que c’est comme cela que je vous imagine. Dans un parc. Quelques bancs de pierre abandonnés. Vous, nue, un bandeau sur les yeux, votre peau contre la pierre froide. Et moi, venant vous retrouver, m’enfonçant au plus profond de votre être. Et vous, quelques heures plus tard, tendant la main vers un corps qui a disparu… Un rêve?

  6. Flaubert, l’amoureux des mots… Flaubert, l’amoureux de Louise.

    « Toi, je t’aime comme je n’ai jamais aimé et comme je n’aimerai pas. Tu es, et resteras seule, et sans comparaison avec nulle autre. C’est quelque chose de mélangé et de profond, quelque chose qui me tient par tous les bouts, qui flatte tous mes appétits et caresse toutes mes vanités. Ta réalité y disparaît presque. Pourquoi est-ce que, quand je pense à toi, je te vois souvent avec d’autres costumes que les tiens ? L’idée que tu es ma maîtresse me vient rarement, ou du moins tu ne te formules pas devant moi par cela. Je contemple (comme si je la voyais) ta figure toute éclairée de joie, quand je lis tes vers en t’admirant. - Alors qu’elle prend une expression radieuse d’idéal, d’orgueil et d’attendrissement . Si je pense à toi au lit, c’est étendue, un bras replié, tout nue, une boucle plus haute que l’autre, et regardant le plafond. - Il me semble que tu peux vieillir, enlaidir même et que rien ne te changera. - Il y a un pacte entre nous deux, et indépendant de nous. N’ai-je pas fait tout pour te quitter ? N’as-tu pas fait tout pour en aimer d’autres ? Nous sommes revenus l’un à l’autre, parce que nous étions faits l’un pour l’autre.
    Je t’aime avec tout ce qui me reste de coeur. - Avec les lambeaux que j’en ai gardés. Je voudrais seulement t’aimer davantage afin de te rendre plus heureuse, puisque je te fais souffrir ! moi qui voudrais te voir en l’accomplissement de tous tes désirs. »

    Dans un parc au clair de lune ? Ou juste éclairé par les rayons naissant d’un soleil d’été ?

    Un rêve ? Ou le début d’une histoire… La rencontre.

  7. Très beau texte.
    Oui, en fait c’est un clair de lune, l’été. Tu sembles dormir. Ton bras gauche est rejeté en arrière derrière ta tête. L’autre tombe au sol. Malgré le léger crissement de mes pas sur les graviers, tu ne bouges pas. Peut-être dors-tu ou, au contraire, as-tu décidé de ne pas me regarder, de ne pas savoir qui va te prendre. Non, tu ne dors pas, puisque tu murmures mon prénom, tu l’expires plutôt. Mais comment le connais-tu? Tes bras m’enserrent maintenant. Du fond parviennent des bruits de la ville la nuit (voitures qui passent à toute allure, des pas sur le bitume). Mais tu me sers plus fort. “Reste!” Comment peux-tu croire que je vais partir?

  8. Déjà vous passez au “tu” comme seul un amant reconnu peut le faire… Peut-être n’est-ce pas une croyance, peut-être est-ce une certitude ?

    Qu’avez-vous fait du bandeau ?

    Qu’allons-nous faire ensuite, seuls, éperdus au milieu de parc cerné par les bras d’une nuit d’été ?

    Ne me dites pas que vous êtes aussi prolixe que l’illustre Flaubert, car dans ce cas, ces commentaires vont s’en trouver étonnés. Ou alors, il faudrait trouver un autre lieu pour une correspondance…

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