De Cali à Flaubert, le 28 mai 2007
F.,
Comment pouvez-vous croire un seul instant que je n’ai pas senti votre hésitation ? Même les bruits de la nuit se sont tus quelques secondes. Comme suspendus à votre respiration. Vous avez continué votre marche vers moi et mon cœur a poursuivi sa route. C’était écrit. Sans doute.
Je sais encore tous les parfums de ta peau, toutes les nuances de tes soupirs. Je sens encore la brûlure de tes regards sur ma peau nue, détaillant à loisir mes monts et mes creux. Fallait-il que je sois confiante en ton désir pour que je m’offre ainsi fragile aux étoiles !
Cette nuit nouvelle est gravée dans mon esprit et je me demande… L’aurait-elle été tout autant si mes yeux avaient pu te voir ? Et maintenant… Maintenant tu me tortures en me posant cette question. J’hésite. J’hésite encore et toujours. Dois-je enlever mon bandeau lors de notre prochaine fois ? Mais, tout aussi sûrement que cette réflexion me travaille, le fait que tu évoques une nouvelle rencontre me réjouit.
Et puis, aussitôt, le doute s’installe à nouveau. Est-ce pour mieux me tenir en haleine que vous évoquez la dernière rencontre de Frédéric et de Madame Arnoux ? Dois-je y lire un signe ? Faut-il que je comprenne que notre prochaine étreinte sera aussi la dernière ? Alors soyez sûr, F., que si c’est le cas, j’arracherai mon bandeau. Mon Dieu ! Quelles émotions me submergent à cette idée ! Car je vous connais sans vous connaître, my flying dutchman. Ferais-je un pacte avec le diable pour qu’il me permette de voir votre visage ? Pour qu’il m’offre le plaisir de plonger mes yeux jusqu’au fond de votre âme tout en posant mes lèvres sur les vôtres ? Que vais-je avoir à lui offrir pour que, cette fois, mon baiser empreint d’un désir farouche ne vous fasse pas disparaître ? Oh, F., que de tourments !
Elle ressemblait aux femmes des livres romantiques. Il n’aurait voulu rien ajouter, rien retrancher à sa personne. L’univers venait tout à coup de s’élargir. Elle était le point lumineux où l’ensemble des choses convergeait ; - et, bercé par le mouvement de la voiture, les paupières à demi closes, le regard dans les nuages, il s’abandonnait à une joie rêveuse et infinie.
Que mon baiser vous soit si doux qu’il en appelle un autre !
C.





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