De Flaubert à Cali, le 27 mai 2007
C’est vrai que j’ai longtemps hésité avant de revenir. J’ai cru un moment que mes mots vous importunaient et que vous ne vouliez plus les entendre. J’ai cru aussi que vous ne vouliez plus imaginer notre vie. Avec quel bonheur, alors, j’ai découvert cette lettre qui s’adressait à moi. Vous compreniez ce que j’étais et ce qui m’attirait en vous : vos mots, votre corps et cette sensation d’un univers commun.
« Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. Il revint. Il fréquenta le monde, et il eut d’autres amours, encore. Mais le souvenir continuel du premier les lui rendait insipides ; et puis la véhémence du désir, la fleur même de la sensation était perdue. Ses ambitions d’esprit avaient également diminué. Des années passèrent ; et il supportait le désœuvrement de son intelligence et l’inertie de son cœur. »
Je ne sais pas quelle force en moi me pousse à partir toujours, et le plus loin possible. Sans doute cette malédiction du hollandais volant qui cherche l’amour qui le retiendra à terre. En contemplant votre peau nue sur la froideur de cette pierre, les paquebots, les rencontres, le monde s’étaient effacés. Ne restait que la véhémence du désir et la sensation de ta bouche me faisant disparaître.
Flaubert





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