Mort d’un amour
Photo de Ernesto Timor
La nouvelle est tombée hier.
Tu es mort.
Seul, au bord d’une route…
Et je me souviens…
Nos amours folles tels une Merteuil et un Valmont. En plus pervers. En plus démons. Nous avions 15 ans et le blé n’était pas encore mûr.
Combien de baisers avais-tu profondément enfouis en elle et moi en lui alors que nos yeux étaient rivés l’un à l’autre ? Combien en avait-il fallu avant que tu ne viennes me rejoindre ?
Leurs yeux étaient bleus, à tous les deux.
Leurs cheveux étaient blonds, à tous les deux.
Quelle était douce l’herbe du sous-bois !
Qu’il était bleu ce ciel de printemps !
Et nos murmures… Et nos serments… Et nos doigts qui se chevauchaient à en perdre haleine. Le temps filait, filait, filait.
Tu n’avais jamais fait l’amour à une fille aux cheveux longs. Elle avait les cheveux courts.
Je n’avais jamais mis autant de rage à rendre jaloux un garçon, à le déchiqueter. Mais ils n’existaient pas. Trois ans à se déchirer, à se maudire. Trois ans à se désunir pour mieux s’aimer. Combien à guérir ?
Et demain ? Demain, j’assisterai à un enterrement. Le tien. Peut-être faut-il que je sois certaine que tu aies vraiment disparu de cette terre, toi, mon amant, mon amour. Ma peau se souvient de la tienne. Mes yeux gardent encore l’empreinte de tes yeux. Mes mains caressent ton « je t’aime » écrit à l’encre marine. Et mon cœur pleure des larmes de sang. J’ai perdu mon autre. Oui, j’ai perdu mon autre.
Un parapluie ouvert pour nous cacher aux yeux des autres et ton sourire qui se pose sur mes lèvres, noyant nos « je t’aime » au fond de nos gorges. Et nos rires qui se culbutent… Tu es vivant.





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