Alcools

Photo de Richard G.

« *Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie »

Pourquoi vous le cacher ? J’ai bu hier soir. Un verre. Puis deux. Puis trois. Tout autour de moi, les convives parlaient, riaient, s’échauffaient. Je répondais à l’une, je questionnais un autre. Les voix se mélangeaient et les mots giclaient. Dans ma tête, les vôtres me giflaient. J’étais ivre. Saoule de vin rosé à la robe acide, grisée de leurs plaisanteries égrillardes et si faciles, enivrée de votre absence.

La nuit formait une cape d’été prématuré que seules trouaient quelques bougies semées sur la nappe colorée. Il me servait à nouveau mais je ne buvais plus. Leurs mots me donnaient la nausée. Comment pouvaient-ils rire ? Comment pouvait-ils rire alors que juillet mourrait avant d’être né ? Et puis, son éclat m’a surpris. Comme les soubresauts qui l’ont suivi. Mon corps tressautait à un rythme indécent. Je riais. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je riais.

Juillet, juillet, juillet… Et ta voix qui me demandait si je me souvenais de cet escalier. De cette grille d’ascenseur… Juillet, juillet, juillet… Et mes doigts qui enserrent les mailles en fer forgé. Et ma jupe retroussée comme les cotillons d’une ribaude. Et tes mains sur mes hanches. Et ton sexe en moi me dévorant de l’intérieur. Ma tête explosant de billes d’agate blanches.

Juillet, juillet, juillet… Et c’est ton sourire étonné de m’entendre te dire non. Et mon rire foudroyé de te le sentir accepter. Et cette question ritournelle « c’est encore loin, juillet ? Dis, c’est encore loin juillet ? » qui s’enfonce au fer rouge labourant mes chairs alors que c’est ta queue que j’aimerais sucer jusqu’à la faire fondre.

Juillet, juillet, juillet… Te laper jusqu’à plus soif… J’ai renversé les verres alors que d’autres jetaient les dés. J’ai fumé des cigarettes qui n’étaient pas les miennes. Sursauté au moindre rêve qui t’amenait tout contre ma peau. Evacué le provence en suant autant qu’une éponge marine, la bile au bord des lèvres. Au matin, tu n’étais plus là.

Le vent virevolte sous ma jupe, caressant ma peau nue. Je t’attends sans t’attendre. Libérée. Les idées claires. Je sais que tu sais que… Rouge éclat d’un coquelicot prisonnier solitaire d’une prairie d’herbes folles.

*Zone, Apollinaire

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Cali Rise

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