De Claire à l’homme de l’ombre
Bonsoir vous,
Ce matin, les rayons du soleil n’ont pas violé mon réveil. J’avais tiré le rideau la veille. Comme si je voulais mieux m’isoler. M’éloigner. Juste une question de recadrage intérieur. J’ai navigué toute la journée, troublée. Votre paranoïa enfin avouée me perturbe quelque peu.
Ne me feriez-vous pas confiance ?
Oui, je suis plus que troublée. Car enfin, qui de votre entourage connaît mon existence ? Votre bonne ? Allons donc ! Qui de mes proches, très rares (vous aurez remarqué le « très » et non pas le « trop »), connaîtraient votre existence ? Et si vous osiez me dire la peur qui vous vrille le ventre ? Cette angoisse qui envahit votre cerveau ? Un homme pense-t-il vraiment seulement avec sa queue ? Juste une blague, entre nous. Vous permettez ?
Suis-je donc si effrayante ?
Allongée sous le soleil d’été, je contemplais le ciel. Même les nuages, cils des anges, avaient stoppé leur course. Plus rien n’existait vraiment. Les plumets des tamaris rivalisaient avec le vol des moucherons. J’étais bien. Peut-être ai-je même dormi…
Ce soir, je vous écris de derrière mon bureau. « Il va falloir vivre avec maintenant ». Vivez avec elle si vous voulez. Vous ne vivez pas avec moi alors que voulez-vous que cela change à ma vie ? N’agissez-vous pas déjà en conséquence depuis plusieurs mois ? A cette heure, je suis lasse de vos fuites silencieuses, j’aimerais retrouver notre complicité joyeuse, ces échanges amoureux sans promesse de lendemains car les promesses entre nous sont inutiles. Mais j’exagère sans doute. Car avec vous, j’exagère toujours. N’est-ce pas ?
J’aimerais juste vous confier un secret : pour vous, j’ai laissé tomber mes barrières, mes garde-fous. Je vous ai accordé ma confiance, je me suis abandonnée à vous. Qu’en avez-vous fait ? Me répondrez-vous ? Qu’en avez-vous fait ?
Ce soir, je vous écris de derrière mon bureau. Et, voyez-vous, je m’étonne d’avoir envie d’un lundi. D’avoir encore envie d’un lundi. Car, depuis vous, depuis vos « je vous appelle lundi », je me suis rendu compte que je les attendais avec impatience, lundi après lundi. Presque comme un chiot battant de la queue derrière la porte en attendant son maître. Même les fois où vous n’appelez pas. Ces lundis, je vous invente des excuses. Mon Dieu, que les femmes peuvent donc être connes ! On ne badine pas avec l’amour… Or, il n’est pas question d’amour, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ? Nous badinons, amour. Alors badinons avec respect. Demain, c’est lundi. Evitez de ne pas m’appelez, s’il vous plaît, vous serez un ange. Même si chez vous, j’aime le démon. Rangez votre paranoïa au placard ! Décrochez votre téléphone et dites-moi ce que vous avez à me dire. Comme un homme.
Baisers sourires
Claire





juin 4th, 2007 at 5:35
Ce récit puise tant au coeur d’une ” banalité ordinaire ” qu’il en devient sublime…
A moins que ce ne soit la narratrice, à force de lucidité…
juin 4th, 2007 at 5:38
Peut-être que certains jours, elle y voit plus clair que d’autres, tout simplement.