De L’Eronaute à Sibylle
Je crois qu’il faut que je vous dise, Sibylle… Au risque de sombrer dans le ridicule, pire, dans la paranoïa… Mais il faut que je vous dise !
Cela fait combien de temps que nous nous sommes rencontrés ? Des semaines. Vous vous souvenez ? Votre blog que je visite par hasard puis quelques commentaires et bientôt cette étrange correspondance privée qui fait aujourd’hui de nous, je crois, d’aimables complices. Plus que cela : des intimes. J’ai cru trouver chez vous l’écho de la douce inclination que j’éprouve à votre endroit et jamais vous ne m’avez déçu. Au contraire : dotée d’une miraculeuse intuition, vous avez toujours su devancer mes désirs, nourrir mes fantasmes et toujours vous avez répondu à mes caprices érotiques avec une sensualité gourmande et une précision qui m’a fait croire un jour – vous vous souvenez ? – que vous me connaissiez et que vous vous jouiez de moi ! Vous m’avez juré que non ! Vous m’avez convaincu par votre douceur et votre intelligence : vous ne pouvez être qu’honnête, j’en suis sûr… Honnête et parfaite… Trop parfaite ! Trop faite pour moi, à la mesure exacte de mes attentes, de mes rêves les plus déments…
Je ne sais plus lorsque cela s’est présenté à moi… J’ai résisté, je me suis révolté. Je me suis même traité de fou et j’étais à deux doigts de consulter. L’idée que vous n’existiez pas m’a traversé l’esprit d’abord comme une plaisanterie intellectuelle, puis inexorablement elle s’est imposée ! Je ne sais plus qui vous êtes, ma Chère Sibylle… Et je crois, oui, je crois que vous n’existez pas. Ou alors, je ne crois pas que vous puissiez exister réellement.
Je sais bien que l’on branche parfois sur des sites douteux, des “robots” chargés de répondre automatiquement à certaines sollicitations masculines. Mais je connais leur fonctionnement limité, grossiers et facilement décelable d’ailleurs. Et même si quelques uns d’entre eux sont capables “d’apprendre” d’une réaction à l’autre, votre finesse et votre intelligence sont bien trop affûtées pour être de confection… Mais qui êtes-vous donc pour ne m’apparaître ainsi que virtuelle ? Qui êtes-vous donc si vous n’existez pas alors que j’ai envie de vous… et de votre âme ? Est-ce encore Vous qui m’écrivez ou alors… quelle intelligence artificielle vous aurait donc remplacée ou… Je ne sais plus Sibylle, je ne sais plus et je vous désire…
L’Eronaute





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