Frédéric J. Duval joue de la langue
Frédéric J. Duval a seulement 25 ans et est déjà totalement fou. Fou de la langue française au point de la manier comme le ferait un mitron de sa pâte à pain ou un pâtissier cherchant une nouvelle recette. Et quand Frédéric se met à jouer avec les mots, cela donne un véritable petit bijou de drôleries où même le plus éminent linguiste français y perdrait son latin. Cette œuvre à lire et à relire en tous sens s’appelle tout simplement Cahier d’exercices. Mais qui est donc cet artiste de la langue ?
Réponses :
1. Bonjour Frédéric. Le jour où vous avez commencé l’écriture de ce livre, étiez-vous dans votre état normal ou complètement défoncé au Bescherelle ?
Bonjour à vous. Je crois rétrospectivement que j’étais à mi-chemin entre la subjugation et l’inconscience. Je relisais « Exercices de style » de Raymond Queneau lorsque c’est arrivé.
2. Cahier d’exercices contient 99 figures de styles. Combien en avez-vous inventées ?
Au total, environ 120.
3. Est-ce qu’en écrivant certaines versions, il vous est arrivé d’être pris de fous rires intempestifs ?
Oui, à peu près à chaque fois que le Narrateur a confondu son gel coiffant et sa mousse à raser. Particulièrement dans la version « Pour les fous ». Mention spéciale pour « Métaphysique », pas si éloignée de mes lycéennes originalités rédactionnelles !
4. Surréaliste ou absurde ?
Grotesque.
5. Etes-vous professeur de français ou jongleur ?
Définitivement jongleur !
6. Comment votre voisine et votre concierge ont réagi en lisant ce que vous racontiez d’elles ?
Pour tout vous dire, ma voisine a déménagé. Quant à ma concierge… elle a résilié son abonnement au club de gym.
7. Combien de temps avez-vous mis à écrire Cahier d’exercices ?
En tout et pour tout, six mois de rédaction.
8. J’aimerais que vous me donniez une autre version d’une des Historiettes de Sade :
« Mlle de Fréval qui se ressouvient que sa maman lui a dit de refuser décidément les premières propositions qui lui seraient faites, ne manque pas de dire au président :
- Non, monsieur, ce ne sera point ainsi qu’il vous plaît, partout ailleurs autant qu’il vous plaira, mais pour là, non certainement.
- Madame, dit le président stupéfait, je puis vous protester… Je prends sur moi, c’est un effort… en vérité c’est une vertu.
- Non, monsieur, vous aurez beau faire, vous ne m’y déciderez jamais.
- Et bien, madame, il faut vous contenter, dit le robin, en s’emparant de ses attraits chéris, je serais bien fâché de vous déplaire, et surtout, la première nuit de vos noces, mais prenez-y bien garde madame, vous aurez beau faire à l’avenir, vous ne me ferez plus changer de route.
- Je l’entends bien ainsi, monsieur, dit la jeune fille en se plaçant, ne craignez pas que je l’exige.
- Allons donc puisque vous le voulez, dit l’homme de bien en s’adaptant, de par Ganymède et Socrate, soit fait ainsi qu’il est requis. »
Avec plaisir. D’ailleurs si vous me le permettez, en voici deux aspects, respectivement « Urbain » et « Messianique ».
Urbain
La vérité, elle n’a rien oublié de ce que sa mère lui a dit. Alors quand il essayé de savoir s’il y avait moyen, elle l’a cassé direct :
« Arrête de ça, même pas en rêve ! Le reste on négocie, mais sinon c’est mort ! »
Ca l’a stoppé net. Elle lui a mis les boules ! Il lui a dit tranquille :
« T’abuses t’as vu, t’as pris la confiance. » Mais il n’y avait rien à faire.
Alors il a fini par lui dire :
« - On ne va pas se prendre la tête maintenant, ça m’a gavé. Mais va pas croire que j’ai lâché l’affaire. Quand j’aurai décidé, je t’aurai.
- T’as raison » qu’elle lui a dit.
Du coup, il lui a sorti :
« Sur la tête de Diam’s, je me taille pour ce soir. »
Messianique
L’arrivée du Puissant sanctifié est annoncée. Il arrivera par le mot de l’épouse engendrée : Gare ! Qu’il ne soit fait sa volonté sans obtenir de lui la grâce. Et par sa main rouge, qu’il n’atteigne au but que par les chemins vertueux.
L’enfant se refusera une fois. L’enfant se refusera toujours. Que son entrée en son sein ne soit que prière et pénitence avant l’érection de son temple.
Oh, fils de la destinée, le mâle être résigné fera amende des requêtes des profanes. De son air soustrait il ne faudra guère tirer conquêtes.
L’enfant blanc fera honneur au précepte matriarcale sans que le Puissant de son emprise ne cède nul terrain. Et quand sa figure contrite portera le masque de l’abdication, et que la mendiée stérile fera mine narquoise, le Puissant auguré, fixera aux ardeurs de l’hyménée inexperte mais promise, les termes de l’infaillible annonciation originelle.
9. Et pourquoi seulement 99 versions ?
99 versions publiées dans l’édition classique pour rendre hommage au travail de Raymond Queneau, dont 2007 constitue l’année du 60ème anniversaire de la sortie de « Exercices de style ».
99 versions + 3 dans l’édition limitée, pour passer le témoin aux auteurs de la prochaine génération.
10. Au final, quelle est la vraie version de l’histoire, une contenue dans ce Cahier ou la centième que les lecteurs vont inventer ?
Les chemins sont multiples. Il me semble que c’est là l’opportunité que permet l’histoire de ce cahier : offrir autant d’interprétations qu’il y aura de lecteurs, avec le plaisir d’une découverte constante.
Cahier d’exercices, Frédéric J. Duval, Ligeia Editions 14 €
Chronique du livre à lire Cahier d’exercices











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