Bitch woman

Photographie de Dominique Lefort
C’est ce qu’il avait failli dire. On aurait cru une citation tirée des Psaumes, et il n’avait pas pu achever. Le vent faisait résonner un carillon d’argent dans sa bouche.
Ton souffle sur ma nuque. Cette caresse m’éveille. A moins que ce ne soit tes lèvres qui baisent ma peau nue ? Ou ton sexe roide qui se colle contre mon cul ? Le froissement des draps résonne dans le silence alors que ta paume s’aventure vers d’autres paysages.
Et soudain, j’ai froid. Alors j’ouvre les yeux sur ton absence. J’ouvre mon cœur sur tes silences. Où es-tu, bordel ? Qu’est-ce qui peut te retenir aussi longtemps loin de nous ?
Ton rire s’enchaîne au mien. Nos mains s’entrelacent et s’abandonnent, alanguies. Déjà ma bouche réclame à te sucer. Je commencerai par lécher l’intérieur de ton poignet. Puis je poursuivrai en mouillant le creux de ta paume jusqu’à l’insupportable. Tes doigts seront suçoter un à un sans distinction de taille. Ou à peine. Mes yeux mangeront les tiens et tu n’auras plus qu’une seule envie : perdre ta queue au fond de ma gorge.
Mon corps frissonne tout entier. Même de l’intérieur. J’ai beau tourner et retourner telle une toupie incandescente, je ne vois rien. Je n’ai rien vu venir. Je n’ai rien voulu voir venir. En pleine gueule ! Comme un guerrier écrase la face de son ennemi contre le sol. Sans pitié ! Pourtant, pourtant…
Nous courrons à perdre haleine. Tu résistes à peine. Tes yeux courent le long des murs, se frottent aux bancs où une vieille baisse le tête en marmonnant une quelconque prière, chassent au fond du chœur. Je te tire contre mon ventre en posant ma main sur tes fesses. Dans le creux de ton oreille, je te susurre des mots scabreux qui ont un effet immédiat sur ta queue. Tu jouiras dans ma bouche en gémissant comme un pèlerin perdu. A genoux entre tes cuisses, les mains jointes sur l’objet du délit, j’ai l’air d’une sainte vierge endiablée. Elles ont vu. Maintenant, elles sont plusieurs habillées en noir à baragouiner du faux latin pour tenter d’absoudre leurs péchés.
Vous êtes l’homme qu’il me faut. Vous êtes l’homme qu’il me faut. Vous êtes l’homme qu’il me faut. Vous êtes l’homme qui me faute. Vous êtes… trop loin. Trop pressé. Trop occupé. Trop bandant. Trop souriant. Trop excitant. Trop lointain. Si bien que même mes fantasmes s’effilochent et tombent en quenouille, évidés. Exsangues. Je traverse ma vie en simple coquille vide, le moindre son d’un mâle en rut me vrille les tempes, me déchire le ventre. Chienne fumante aux naseaux dépolis, je déchire leurs carcasses en une seule bouchée, secouant leurs lambeaux de chair dont les fines gouttes de sang repeignent les murs fêlés d’un crépi sanguinolent.
Vous êtes l’homme qui me faute. M’aime pour une heure. M’aime pour dix minutes. M’aime pour… Putain de moi ! Vous m’auriez presque apprivoisée.





juil 5th, 2007 at 6:38
Wow. Terribles (le texte comme la photo). Terrible dépendance, terribles chaînes que le manque et le désir…
juil 5th, 2007 at 6:53
Dominique est très doué pour les photos en “relief”… Merci pour le texte. Terribles oui et non, car que serait le désir sans le manque, n’est-ce pas ?
juil 6th, 2007 at 3:22
C’est vrai. “Terribles et délicieuses chaînes” eut été plus juste…
juil 6th, 2007 at 4:18
Tout à fait.