Hôtel Lucifer

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Les minutes s’égrènent tels des chapelets incandescents. Ses sms surgissent, plantes carnivores qui l’enlacent, brûlantes et goulues. Son vis-à-vis se rend-il compte qu’elle n’est pas vraiment là ? Il continue de lui raconter sa vie alors qu’elle est déjà là-bas, entre les bras de cet inconnu…

Plus tard, quand elle franchit le seuil de cet hôtel, elle est très calme. Le concierge abandonne son programme télé et le babillage de sa petite fille pour prévenir la chambre 11 qu’une femme va monter. Le nom qu’il a prononcé la fait sourire. Les marches étouffent ses pas qui s’affolent. Devant la porte, soudain, elle hésite. Et si ? Ne plus penser, surtout.

Deux coups frappés contre la porte et sa belle voix grave l’invite à entrer. Elle rit. Comment pourrait-elle ouvrir sans clé ? Le pêne s’enclenche… Ses verres noirs assombrissent encore plus la pénombre de la pièce. Le lit est tout près. Sa silhouette lui est apparue une fraction de seconde alors qu’elle referme la porte.

Elle le devine entièrement nu. Allongé. Un bras sous la nuque. Alangui. Le bout rouge de la cigarette qu’il fume éclaire vaguement ses yeux. Elle l’écoute parler, se nourrit de sa présence impatiente, découvre ses intonations lentes. Des vagues de parfums la submergent, la prennent aux tripes. Le toucher. Le renifler. Le humer. Le lécher. Le sucer. Le pénétrer. Le dompter. Le goûter. Le bouffer. S’enivrer de sa chair odorante. L’animale se réveille. Elle s’approche…

Ses mains se posent sur sa peau, la découvre du bout des doigts. Douce. Chaude. Rapidement, les gestes s’enchaînent. Sa bouche s’aventure, son nez le respire. Fragrances subtiles. Alliance d’épices et de fleurs rares. Il lui avait promis plusieurs odeurs différentes. Elle les devine en remontant patiemment le fleuve en fusion qu’est devenu son corps de mâle. D’abord au niveau de sa cheville, puis du creux de son genou… L’aine… Ses testicules aux poils fins et tendres… Sa raie… Son ventre… Son torse, mélangée à celle du tabac… Ses aisselles… Ses lèvres enfin. Ses cheveux d’archange déchu. Il se redresse et pose ses paumes sur elle. La déshabille en force. Les vêtements giclent. A son tour, il la sent. L’absorbe. Passe ses mains sous ses aisselles. Poursuit sa route. Se nourrissant de ses odeurs corporelles. Elle vibre sous ses narines. Sous ses lèvres. Sa langue lécheuse. Leurs corps s’embrasent. S’échauffent. De la baise pure race. Chic. Adulte. Une promesse tenue d’abandons, de partages.

Leurs corps en sueur joutent. Jutent et jouent. S’accordent pleinement. Les salives se meurent assoiffées. Ils boivent du vin. Fument. S’égarent à nouveau. Enfoncent leurs doigts dans des bouches, dans des culs. Elle mange ses couilles, dévore sa queue. S’étonne quand il s’éloigne. Respire à nouveau quand il revient avec un jouet entre les mains. Ils parlent. Baisent leurs corps humides de sueur et de senteurs. Deux panthères noires. Deux sorciers. Deux alchimistes. Ils se lèchent. Se mordent. Il se tait. Savoure. Elle ronronne, sa verge dans sa bouche. A genoux. Accroupie. Allongée. Renversée. Elle le sucera plusieurs fois. Il voulait baiser sa bouche. Fellations multiples. Le faire durcir dans sa gorge. Profond. Le téter. Le saliver. L’emboucher. Elle voulait le fouiller. Il adore. Elle aime voir son joli petit cul bouger en rythme. L’entendre gémir. Affolé. Affolant. D’un coup dominant, il la retourne, l’agenouille. Refuse qu’elle le touche, la veut tête baissée. Enfonce ses doigts. Admire son cul de black. Elle rit. Agrippe le drap. Se redresse. S’abaisse à nouveau. S’égare. S’allonge pendant qu’il va boire de l’eau fraîche. Le regarde dans la clarté de la salle de bain. Admire sa plastique. Ferme les yeux. Il revient la bouche froide et avide sur son sexe mouillé et brûlant. Elle enfouit à nouveau son sexe entre ses lèvres. Lèche ses couilles. Bouge son majeur en lui. Ils se damnent au paradis des plaisirs où les amants sont rois. Il jouira au-dessus d’elle, redressé, ses cheveux tombant autour de son visage. En silence. Elle aura joui avant lui, au bord de l’évanouissement. Les mains et les avants-bras piquetés de fourmillements. La vue blanchie et brouillée. La bouche sèche. La voix cassée. Je vais mourir en pleine extase, pensera-t-elle.

Il allume la lumière. Ils se découvrent en se rhabillant. Noir et blanc devenu couleurs. Les mots ricochent sur les murs de la pièce encore baignée de stupre. Leurs sourires se chevauchent, leurs rires s’embrassent. Les escaliers se descendent. Lentement.

Le concierge reprend ses clés. La rue sent le bitume et l’été. Elle le regarde marcher, les yeux braqués sur son cul. Cela le fait rire. Leurs pas s’accompagnent jusqu’à une bouche de métro. Une dernière étreinte. Une dernière respiration. Emmagasiner à tout jamais son odeur. Se remercier pour ces heures d’égarements sensuels et uniques. Partir sans se retourner. Le cœur arythmique. La tête égarée. L’âme en fête. Prisonniers d’une bulle parfumée et érotique qui n’appartient qu’à eux…

 

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Cali Rise

No Responses to “Hôtel Lucifer”

  1. Très très fort. Quelle puissance évocatrice. J’adore.

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