Interview Antoine Cibirski

1- Et si vous me racontiez votre première fois ?…

Donc, un regard pas rieur. Non, un regard
interrogateur, puis suspicieux. Elle bêcha. Elle bina,
vite et fort. Elle planta. Elle fit semblant de
bêcher, de biner et de planter. Elle creusa. Elle
chercha. Elle chercha la tombe de Dido, persuadée que
l’avais creusée et que j’y avait enterré mon ami. Je
la laissai faire, sûr de moi, indifférent et froid
comme me l’avait enseigné le Poisson. L’Unique Sole,
je veux dire. Elle soupira, se relâcha, se repentit et
me prit enfin dans ses bras. Je respirai à fond, comme
Fanou me l’avait appris, l’envoûtant parfum de sa
transpiration, l’odeur d’airelle de ses aisselles…

- Hem, hem !

- Arrêtez ! Vous savez très bien que mon sens olfactif
est sur-développé. À force de m’avoir obligé de
respirer ! Comment pourrait-il en être autrement ? Et
il y a toujours des phénomènes de compensation entre
sens. Tout cela n’est que scientifique. Ne tirez pas
de conclusions sentimentales ou grammaticales hâtives!

…Elle me repoussa, en se méprenant elle aussi sur
mon intérêt olfactif. Puis elle repris ces jeux qui ne
compensaient pas la disparition de mes amis.
Je remarquai des mouvements de rideaux à peine
perceptibles chez les voisins, des jeux d’ombre
derrière les fenêtres, des lents déplacements sur les
terrasses. Quelqu’un l’observait, l’admirait. Cela ne
pouvait lui échapper. Curieusement elle ne s’en
offusqua pas. Elle sembla en tirer goût.
Intrigué par ces développements, je m’installai dans
la salle de bains, poste idéal d’observation. Je ne
constatai rien de nouveau. Mais elle m’y rejoignait
régulièrement, sous le prétexte de prendre sa douche
et en feignant de ne pas m’y voir, caché dans le
placard. Je n’aimai pas la voir nue. Cela
m’indisposait et elle le savait. Elle le faisait avec
langueur et longueur, s’abandonnant sous le puissant
jet de la douche. Je détestais, mais c’était le prix à
payer pour la voir se sécher les cheveux et se
peigner. Le sèche-cheveux ronronnait avec volupté. Il
apportait bien-être et sérénité. Le courant d’air
chaud joua avec ses cheveux noirs lissés par une
brosse aux poils beiges. Un mouvement de tête brusque
rencontrant des raies de lumière me donna l’impression
d’une chevelure striée par des rainures d’ébène et
d’ivoire. Cette vision me mis dans une profonde
extase.

Ce fut la première fois.

2- Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?

ESOPE RESTE ICI ET SE REPOSE

3- Que préférez-vous goûter ?

DES CHOCOS BN

4- Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?

1,2,3 SOLEIL…COUCHÉ

5- Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?

TOUCHER N’EST PAS JOUER

6- Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?

UN COUP DE SOLEIL

7- Etre amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?

J’AIME ETRE AMOUREUX; JE NE SUIS PAS AMOUREUX D’AIMER

8- Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?

1,2,3 COULÉ: JE SUIS TOUCHÉ D’ÊTRE VU

9- Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?

NUQUE A NUQUE

10- Quel est le comble du cru ?

L’OMBRE DU RUT

11- Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?

Quand Callebou s’éveilla, la lune était encore
sombre, voilée par de lourds nuages et le filtre de
pollution. Il dormait bien, mais se levait plus tôt,
anticipant de deux heures en hiver le lever du soleil,
comme pour mieux retrouver le cycle astral au
printemps. Atavisme paysan combiné au bon sens
pratique transmis par des générations de Normands
âpres au gain, pour qui le départ de bonne heure était
au plus proche du bonheur…

12- « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?

… Il était tard. Callebou monta chez lui. Un
message anonyme de bon anniversaire l’attendait sur
son répondeur. La voix féminine ajoutait de façon
sibylline : « Je devine que vous avez faim. Fin de
quarantaine ou début de Carême ? » Etait-ce bien
Eléonore ? Il était pourtant rassasié.

Il alluma machinalement « Jazz O2 », qui passait « Qui
m’aime me fuit » de Zazie.
« Cette nuit, je n’écris pas ; d’ailleurs, c’est
bientôt la fin », dit-il à mi-voix, en admirant la
solidité des poutres de bois teintes au brou de noix.
Il feuilleta son Balzac et tomba sur « les Paysans ».
Il releva la profonde ironie de l’auteur : « Madame
Lupin, ronde comme une tortue, appartenait aux femmes
invertébrées. Elle n’était pas définie ». Il n’eut pas
la force de se demander s’il était lui-même vertébré
et défini.

Épuisement de l’esprit, pesanteur des révélations, ou
torpeur de l’alcool : Ses paupières se faisaient
lourdes.

Quand Callebou s’endormit, la lune était déjà sombre,
voilée par de lourds nuages et le filtre de
pollution./.

13- Qu’évoque pour vous le mot couple ?

UN C’EST PLUSIEURS PUISQUE C’EST UN

14- Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?

IMPERATIF CATEGORIQUE

15- Si j’écris le mot sexe au pluriel, il devient palindrome : sexes. La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?

X RIONS NOIR X

Bien à vous

Antoine Cibirski, auteur.

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Cali Rise

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