Interview CharlElie Couture
1- Et si vous me racontiez votre première fois ?
J’avais 15 ans, elle 17. On allait se quitter après un camp. On couchait sous la tente. Je l’ai rejointe dans la sienne. Je l’aimais. Elle était plus grande que moi. Elle avait une voix grave. Je la trouvais responsable.
Ca faisait un peu mal. Je n’y arrivais pas et pour cause, pour elle aussi c’était la première fois. On a essayé de prendre ça en rigolant mais sur le coup, je n’ai pas bien compris le plaisir que ça procurait. Je me disais : « Quoi tout ça pour ça ? » Mais j’étais quand même fier de l’avoir fait et j’avais hâte d’essayer à nouveau. On ne l’a jamais refait tous les deux.
Je l’ai dit à mon père sans lui donner trop de détails ni lui dire de qui il s’agissait. Il a souri.
Ma vie n’a plus jamais été la même ensuite.
Elle a toujours deux ans de plus que moi. Etonnante coïncidence, alors que j’avais oublié de penser à elle depuis tant d’années, j’ai entendu parler d’elle par un mail que j’ai reçu il y a trois semaines.
2- Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?
Il vaut quand même mieux savoir parler la même langue si tu veux jouer de sa langue ensuite.
Les mots comptent beaucoup dans les préambules (quand « préambules » il y a)
3- Que préférez-vous goûter ?
Pour mon goûter ?
Rien de solide, juste goûter un thé, un nouveau thé chaud, je le devine qui ruisselle dans ma gorge et me fait perdre le sens des saisons, le temps d’une gorgée.
4- Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?
Oui, on peut coucher sans toucher,
Et on peut aussi jouer sans toucher le gros lot…
5- Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?
Euh pour un visuel particulièrement oui.
Quand on aime l’Art dans son essence naissante, c’est si bon de voir éclore la beauté.
La Beauté c’est à dire le sens de la Beauté,
La beauté c’est juste un instant
Un instant d’équilibre
Un instant fragile entre ce qui est vu et celui qui regarde…
6- Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?
C’est réussir le chalenge qu’on s’est fixé.
C’est un win / win, quand les deux sont contents.
Un bon coup c’est atteindre le cœur de la cible…
7- Etre amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?
Oui. Etre amoureux, ça fait mal autant que ça fait du bien.
Mais quand on aime on n’y pense pas, on se fait prendre dans les mailles des bas résilles.
Quant à aimer, j’ai tant écrit dessus,
dessous
et de travers…
sans dessus,
sans dessous…
8- Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?
Dans mon cas la question ne se pose pas.
Je suis plus souvent vu que touché.
Mais par contre je ne sais pas si c’est plus facile ?
9- Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?
Si tu savais…
D’autant que c’est le titre du roman que j’écris.
10- Quel est le comble du cru ?
De se faire bouffer tout « cuit »,
comme un oiseau qui se retrouve rissoler sur une brochette après s’être fait dégommer au lance-pierre par un gamin qu’il provoquait sans le savoir en appelant sa belle du haut d’une branche ne faisant un pépiement du genre « cui cui ».
Qui l’eut cru ?
11- Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?
Je ne comprends pas cette phrase. Par contre j’aime bien celle qui dit :
La nuit triche,
Le jour exagère
La pénombre embellit.
12- « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?
J’avoue que je ne suis pas particulièrement exhibo, alors je ne m’identifie pas vraiment au héro. J’ai appris qu’une certaine pudeur était plus sexy que la franche paillardise gourmande et rabelaisienne qui m’amuse plus qu’elle ne m’excite.
13- Qu’évoque pour vous le mot couple ?
La première image qui me vient à l’esprit c’est celle de ces oiseaux en cage qu’on appelle des inséparables.
14- Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?
J’ai couché dans tant de lits, dans tant d’hôtels. J’ai essayé d’en garder quelques souvenirs à une époque, aujourd’hui je n’essaie plus d’arrêter le temps.
Le lit de l’amour n’est pas le même que le lit du corps fatigué.
Le lit de l’amour est un terrain neutre, une sorte de surface de jeu de rôles, en dehors des codes.
Sur un lit, on fait semblant d’ignorer la pression des interdits.
Sur un lit, la morale se met entre parenthèses,
Sur un lit on se donne, on s’abandonne, on se reprend, on se prend,
Sur un lit on se veut, on se refuse aussi, on se choisit, on s’oublie, on s’apprend on s’éprend, on dépend l’un de l’autre, on doit se faire confiance,
Sur un lit, à plat, on se redresse,
on se chevauche, on s’escalade comme on escalade les nuages pour atteindre le 7ème ciel,
Sur un lit on se retrouve parfois au paradis…
15- Si j’écris le mot sexe au pluriel, il devient palindrome : sexes. La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?
Sexes au pluriel est un palindrome.
L’X est un axe
en effet
deux barres ou deux courbes qui se croisent en un point
on pourrait dire qu’ils convergent,
eh, c’est logique : deux sexes convergent…
CharlElie, artiste plasticien,
auteur compositeur interprète Album New Yor-Cœur, CharlElie Couture, Wagram Music Livre
L’atelier New Yor-Cœur, Les presses littéraires










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