Interview Comme Une Image
1- Et si vous me racontiez votre première fois ?
Oh, j’ai eu beaucoup de premières fois… La première fois que j’ai embrassé une fille, dans sa chambre, pendant que le mange-disque diffusait « l’été indien » ; la première fois où j’ai joui, j’étais en train de me tripoter dans la baignoire quand tout à coup je décharge, c’est vraiment le mot, puisque la sensation ressentie s’apparentait presque à la douleur. Filaments de sperme dans l’eau (par la suite, j’ai beaucoup expérimenté, dompté, et la sensation de douleur n’était plus du tout au rendez-vous (elle survient encore, parfois, après un orgasme trop longtemps attendu)). La première fois au sens habituel, figure-toi que c’était avec un couple. Oui madame : un garçon et une fille rien que pour moi ! C’était assez merveilleux, comme première expérience. Il y a eu de nombreuses autres premières fois ensuite, et j’espère qu’il y en aura encore. Sinon, pour ma toute toute première fois, c’était avec Jeanne Mas.
2- Vaut-il mieux parler la même langue ou savoir jouer de la langue ?
Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Ça répond à la question ?
3- Que préférez-vous goûter ?
Un trait d’esprit.
4- Selon vous, coucher, ce n’est pas jouer ?
Je pense tout le contraire.
5- Est-il plus difficile de regarder sans toucher que de toucher sans voir ?
J’ai un avis éclairé (cf. question 11) sur le sujet, pour avoir avec un grand bonheur vécu la deuxième situation, et avec une grande frustration la première.
6- Un bon coup pour vous, qu’est-ce que c’est ?
Pour moi, un bon coup, c’est quelqu’un avec qui j’ai envie de recoucher (on en déduit donc qu’un « coup d’un soir », pour moi, c’est nécessairement un mauvais coup — ou un mauvais concours de circonstance qui empêche la poursuite des [d]ébats).
Je suis convaincu que certaines de mes amantes (des coups d’un soir) ont pensé de moi que j’étais un mauvais coup : je me retrouvais avec elle dans l’incapacité de nouer le dialogue avec le corps de l’autre. Tout le monde n’est pas également talentueux dans ce domaine, mais je suis convaincu qu’on est toujours le mauvais coup d’un autre, comme on est toujours le con d’un autre. Un bon coup, c’est quelqu’un qui sait dialoguer avec l’autre : l’écouter et lui parler.
7- Être amoureux et aimer. La différence réside-t-elle dans l’expression ?
Oui.
8- Est-il plus facile d’être regardé sans être touché que d’être touché sans être vu ?
Infiniment plus fastoche, ouais.
9- Vous mettez-vous plus aisément à nu que nu ?
Pour moi cela participe du même mouvement. C’est kif-kif.
J’ai perdu ma pudeur avec l’âge.
10- Quel est le comble du cru ?
Là, il faut demander « quel est le comble du cru, CUI ? » et tout le monde pouffe.
J’ai toujours été nul en devinette, le comble du jardinier, le comble du coiffeur…
Je tente : « la sexualité sans désir » ?
11- Plus on éclaire, plus il fait sombre. Cela vous gêne ?
Ça heurte grandement mes fondements de physique, en tout cas.
12- « Quand j’étais petit, je n’étais pas grand. Je montrais ma lune à tous les passants. Maman me disait « Veux-tu la cacher ! » Je lui répondais « Veux-tu l’embrasser ? » Cette comptine de cour d’écoles qui évoque des choses interdites vous choque-t-elle aujourd’hui plus qu’hier ?
Je ne crois pas, elle me fait juste un peu moins rire mais mes deux filles se bidonnent. Et puis je dis « mon cul », pas « ma lune ».
13- Qu’évoque pour vous le mot couple ?
Plusieurs choses. Il y a « mon couple », c’est-à-dire l’expérience de vie à deux que je poursuis depuis plus de 13 ans (vous savez, y’a des cerveaux du marketing qui essayent de le promouvoir à coup de slogans du genre « le couple, la plus grande aventure »).
J’utilise aussi (et je ne suis pas sûr que ça leur ai fait également plaisir) ce terme pour désigner la paire que je formais avec mes amantes, dès lors que nous étions installés dans une relation durable. De manière générale, je trouve que ce mot mérité d’être utilisé quand il y a interaction forte entre deux personnes.
Couple m’évoque aussi ses dérivés « copuler » ou « accouplement ».
14- Quel(s) souvenir(s) évoque(nt) pour vous le mot « lit » ?
(Je m’en tiendrai au substantif.)
Le premier « lit » auquel je pense, quand on me demande ce qu’évoque pour moi le mot « lit » dans un contexte érotique (et je crois que nous y sommes), c’est un lit à baldaquin de l’Hôtel Rotary, dans la fameuse chambre chinoise. Une chambre un peu rococo et kitsch mais qui dispose de ce chouette lit en bois peint en noir, avec au plafond un miroir. Le tout dans un état d’entretien un peu médiocre, mais qu’importe. La première fois que j’y suis allé, c’était avec ma femme. La seconde et dernière à ce jour, avec mon amante P***.
Ce souvenir colle aussi avec la chanson de Gainsbourg, Hôtel Particulier, :
Dont les colonnes du lit de style rococo
Sont des nègres portant des flambeaux.
Entre ces esclaves nus taillés dans l’ébène
Qui seront les témoins muets de cette scène
Tandis que là-haut un miroir nous réfléchit,
Lentement, j’enlace Melody…
Je pense aussi, de manière très précise, à un lit dans lequel je dormais, c’était le premier en entrant, à gauche, contre le mur : dans la maison familiale, je dormais avec mes cousines dans une des chambres et nous discutions ainsi, dans le noir, des heures, au grand dam de notre tante qui cherchait le sommeil dans la chambre voisine. Eh non, c’est même pas un souvenir cul (je faiblis, désolé).
15- Si j’écris le mot sexe au pluriel, il devient palindrome : sexes. La lettre « x » en devient le centre. Qu’y voyez-vous ?
C’est rigolo, quand on le retourne, ça fait « saxas ».
Sinon, on pourrait imaginer que ce bel X minuscule ou majuscule symboliserait 4 corps réunis. Pour moi, le quatuor, c’est l’équation magique du sexe. Deux hommes et deux femmes (et quatre bonnes heures devant nous ?).
Comme Une Image, blogueur










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