Retrouvailles
Elle sourit aux rues qui se rappellent encore du bruit de ses talons anciens. Elle sourit aux passants. Elle sourit aux amoureux attablés aux terrasses des cafés. Elle sourit. Tout se passera bien. Pourquoi en serait-il autrement ?
Tiens, la porte de l’immeuble n’est pas bleue ! Bien sûr, elle se trompe en tapant le code. Recommence ! Bingo ! Ensuite… « C’est moi… » « Monte jusqu’au 3e… » Oui… Elle montra à pied. L’ascenseur, c’est seulement avec lui. Le doigt sur la sonnette. Ses pas qui approchent. Et ses yeux, et son sourire, directs.
« Tu as mis un tapis… » Et son sac qui accroche les bougies. Quelle conne ! Elle avance dans cette pièce, note les changements d’un seul coup d’œil. C’est là qu’il… « Tu veux boire quelque chose ? Pose-toi… » Elle s’écroule plutôt. Si elle bouge encore un cil, tout explose. La musique est belle. Il a toujours eu du goût. Elle le regarde bouger. Animal. Il déambule près du bureau, lui parle. Que dit-il déjà ? Des images la submergent. Des peaux nues qui se frôlent, des baisers qui s’épousent. « On va causer… » Euh là ? Tout de suite ? Et puis, ils parlent. D’elle. De lui. D’autre chose. Il sort chercher le double de ses clés. Revient lui en expliquer le fonctionnement. « Si tu te contentais de me dire desquelles j’ai besoin pour rentrer ici » sourit-elle.
Il l’a laissée seule. Au début, elle tourne en rond. Observe. Les plantes vertes… Elle sourit encore. Est-ce que ce vieux miroir était déjà là ? Une vieille édition d’un livre de Maupassant… Un livre sur l’histoire du Marais… Qui est ce bébé en photo dans ses bras ? Elle a envie d’une douche. Maintenant. Sans se soucier des voisins, elle se déshabille. Il a dit avoir des affaires d’homme. Soit ! Ce gel douche fera bien l’affaire. Où range-t-il son dentifrice ? Il possède un sèche-cheveux. Plusieurs tubes de diverses crèmes. Toujours pas de dentifrice ! Elle ne va quand même pas retourné tout. Elle déteste ça ! Fouiller chez l’autre. Ah ! Le dentifrice… Pas envie de se remaquiller. Juste du mascara et elle sort en claquant la porte.
Plusieurs heures plus tard, elle remontait les escaliers de bois, ses talons à la main. Elle avait réussi à déjouer toutes les serrures jusqu’à présent. Maintenant, c’était au tour de la porte de son appartement. Deux tours. Elle avait fermé à double tour. Deux tours et rien ! Comment était-ce possible ? « Si tu n’arrives pas à entrer, tu m’envoies un SOS. D’accord ? » Dans l’autre sens alors ! Oui mais c’est idiot parce que le pêne étant… Merde ! La minuterie ! Accroupie sur le paillasson, le sac besace ouvert, elle commence à composer un sms en étouffant un fou rire. Les voisins doivent faire la fête parce qu’ils font un de ces bruits ! Juste au moment où elle se relève, la porte s’ouvre. Il est si calme. En tee-shirt et en shorty. « Je… » « Oui… » Il retourne au lit alors qu’elle va poser ses affaires. « Tu connais Le parfum ? » Le tien, oui. « Le film ? Non. Le livre de Süskind, oui. » « Tu veux le regarder avec moi ? »
Un homme, une femme, un film. Quelques mots qui se chuchotent. Un ventilateur qui refroidit l’atmosphère. Des bras qui se rapprochent. Laisse-le contre moi, dis. Juste pour que je percute bien que tout ceci est réel. Et le noir qui les encercle.
C’était quoi sa dernière phrase ? Au milieu des bruits avoisinant, elle l’écoutera dormir. Plusieurs fois. Sa main ira toute seule le toucher. Sa cuisse. Son dos. Sa main. Et ses yeux bleus qui la fixent.
« Je t’ai fait l’amour toute la nuit » C’est vrai ! C’était doux. C’était chaud. Torse nu, il revient vers elle encore allongée sous les couvertures. « Tu es plus thé ou café ? » Et si elle restait au lit ? Rien ne la presse. Il est énervant de faire sa vaisselle à cette heure. Finalement, elle se lève et dépose un baiser sur son cou. Par derrière. Envie de me plaquer contre lui… Elle appuie sur le bouton de la bouilloire et retourne se coucher. Telle une chatte, elle l’observe aller et venir. Préparer ses affaires. Etudier quel tee-shirt mettre. Lui demander conseil. Elle rit. « Je reviens dans deux heures ! » Pas faim. Elle avale son thé et finalement cherche sa confiture. Où range-t-il sa confiture ? Sûrement de la confiture de fraises. Bingo ! Elle ressort le pot, victorieuse. Les doigts barbouillés de confiture, elle entend la porte d’entrée claquer. « Tu avais dit deux heures ! » Il bafouille. Il farfouille. « Tu mettrais un haut gris avec un jean ou ce pantalon ? » « Et toi ? Tu mettrais une robe ou un pantalon ? » Il repart. Et elle traîne. Une douche encore. Elle déambule en dessous noirs dans l’appartement. Refait le lit. Lave sa vaisselle. Enfile sa robe. S’assoit dans son fauteuil et lit. Elle s’assoupit aussi. Elle est bien. Si bien ici. Il l’apaise. Elle découvre des choses sans chercher. Cette vieille Bible sur la cheminée… Tellement âgée que tourner ses pages la tuerait. Et ces jouets d’enfants derrière le fauteuil ? Pour le bébé de la photo ? Mais à qui est-il ce bébé ? Elle aurait envie qu’il lui joue de la guitare. Elle aurait envie qu’il… Qu’il quoi en fait ? Elle aurait juste envie qu’il la serre dans ses bras. Entendre battre son cœur. « J’ai gagné jeudi soir au poker ! » Depuis quand joue-t-il au poker ? « On en reparle… » Oui… J’écoute ton regard bleu, ton torse nu perlé de sueur comme cette fois-là…






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