Rendez-vous avec lui
Elle sort du métro le plan à la main et se retrouve dans une rue d’un quartier qu’elle ne connaît pas. Pendant quelques secondes, elle observe la foule tout en cherchant les plaques bleues vissées en hauteur au coin des immeubles. Le nom lui saute au visage. Alors, elle s’engage sur le passage piéton et avance d’un pas nonchalant vers le trottoir d’en face. De passant en passant, de mètre en mètre, elle comprend bientôt qu’elle est encore partie en sens inverse. Appuyée sur une rambarde, ses yeux dégagent du plan le parcours qu’elle aurait dû faire. Bien… Il lui suffit donc de revenir sur ses pas et d’enfiler la rue dans son prolongement.
L’homme qui fumait sur le pas du bistrot est toujours à la même place. Elle ne répond pas à la remarque qu’il fait sur la couleur de ses cheveux. Pas envie. La petite vieille qui tire son sac roulant relève la tête à son passage. Leurs sourires se bousculent. Et son cellulaire résonne. Elle répond d’un oui agacé par les échafaudages et deux gamins qui viennent de la bousculer sans ménagements.
- Et bien ! Quel accueil !
- Disons que j’erre dans les rues l’âme en peine et légèrement perdue répond-elle en riant.
- Ah revoilà ton sourire !… Je ne me fais aucun souci pour toi… On se voit toujours tout à l’heure ?
- Bien sûr !
- Alors à plus tard !
Pourquoi est-il venu violer son intimité ? Elle lui avait confirmé qu’ils se verraient, non ?… Où donc pouvait bien se nicher ce petit bistrot ?
Dans la petite rue qu’elle avait finie par trouver, elle attendait en arpentant le macadam. Un vieux à l’aspect repoussant n’arrêtait pas d’avancer lentement. Un homme au sourire avenant entrait et sortait d’un lieu qui ressemblait à un café minuscule. D’instinct, elle sut que c’était là qu’il voulait la voir. A nouveau, la jeune femme écouta sa messagerie. Juste pour entendre sa voix et son rire. Elle lut aussi les sms d’un autre. « Coquine… tu joues la carte du silence ». En même temps, elle courrait de rendez-vous en rendez-vous depuis son arrivée à Paris et elle ne tenait pas à le mélanger avec les autres. Il était à part, dans une chambre secrète. Comme celui qui arrivait vers elle. Sauf que ces yeux noirs seraient toujours dans un autre endroit secret. Différent. Là, où seul un chat sauvage pouvait être.
Elle le regardait bouger, l’écoutait parler. En fait, elle le buvait comme on savoure une bonne bière rousse. Leurs mots s’envolaient en sarabande vers le plafond, s’entrelaçant aux volutes de la fumée de sa cigarette. Ils étaient moins nerveux que lors de leur première rencontre. C’est tout du moins l’impression qu’elle avait. Elle fit un effort pour partir. Mais rester avec lui la tentait vraiment. Elle était bien là. Tout simplement. Sans artifice.
Ses jolies mains masculines entourèrent son visage et elle saisit ses doigts pour ne pas le toucher ailleurs. Ses yeux lui souriaient alors que ses lèvres se posaient sur les siennes. « *Emmène-moi là-bas Donne-moi la main Que je ne la prenne pas Ecorche mes ailes Envole-moi Et laisse-toi tranquille à la fois Mille fois entrelaçons-nous Et lassons-nous même en-dessous Serre-moi encore serre-moi Jusqu’à étouffer de toi » Leurs doigts se désunirent. Ses talons retrouvèrent le macadam et s’enfuirent vers la bouche du métro le plus proche.
Ne pas penser, ne pas penser. Fuir vers ce rendez-vous professionnel même si elle était en retard. Dans la rame, un texto vibra. “Désolé, je dois partir. On remet ça ?” Désorientée, elle parcourut le wagon des yeux sans distinguer les autres voyageurs. Il blaguait, non ? Et dire que…
*Paroles de Tryo, Serre-moi






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