Worship, plongée instantanée dans l’underground des années 90
New York, 1994, au Pyramide Club, une nouvelle scène émerge. Travis Hutchison, à la fois acteur et témoin du mouvement, immortalise les reines de la nuit, torch-singers, transsexuels mutants, obsessionnels en quête du look parfait, corps transformés en oeuvres d’art abstraites avec pour point commun, leur fascination pour l’horreur.
« … Sur les traces d’Andy Warhol et des superstars de sa Factory, de Klaus Nomi, John Sex ou Keith Haring, un petit groupe de performers et d’artistes investit l’East Village. La scène gay vient d’être décimée par l’épidémie du sida, les héros sont morts, tout est à réinventer.
C’est au Pyramid Club, sur l’Avenue A, qu’une nouvelle scène émerge. « Un ami a trouvé un jour un flyer où il avait écrit « Worship the devil ». Et j’ai eu très envie d’aller voir ces adorateurs du diable. C’était un show du Blacklips Performance Cult (…) C’était bizarre et génial. » (Marti, future membre du Cult ). « J’ai tout de suite commencé à prendre des photos. » A la fois témoin et acteur, en coulisses ou sur scène, Travis devient l’un des plus fervents adorateurs de cet étrange culte. Chaque lundi soir à minuit, Antony (futur Antony and The Johnsons), Psychotic Eve et Johanna Constantine, les trois excentriques à l’origine de l’étrange culte, montent des spectacles avec des bouts de ficelles, des décors trouvés dans les poubelles et des costumes faits-main.
… Travis les saisit tous au vol. Entre portraits pris à l’arrache et photos de happenings, il constitue un album de famille fascinant. « Tout ce qui unissait ces gens, c’était leur fascination pour l’horreur » (Kembra Pfahler, leader de The Voluptous Horror Of Karen Blck).
*Extraits de Worship, texte d’Isabelle Chelley.
Worship est un beau livre. Worship est un arrêt sur image sur des performances d’acteurs et des soirées colorées de la nuit new-yorkaise et de la culture underground des années 90 et d’aujourd’hui.
C’est aussi l’ouvrage idéal pour découvrir autrement des personnalités aussi diverses et créatrices que des musiciens tels Antony Hegarty (Anthony and The Johnsons), Marc Almond (rappelez-vous Tainted Love en 1981), Nina Hagen (dois-je vraiment vous la présenter ?), des performers telles Pamela Hogg, Leigh Bowery, Kembra Pfahler, des stylistes tels Thomas Engelheart (styliste chez Mugler) ou Mr Peal (créateur de corsets pour les grandes maisons de couture), des écrivains tel Quentin Crisp (Servant), ami de Sting qui lui dédia une chanson Englishman in New York.
Worship semble en perpétuel mouvement comme le monde qui nous entoure. Et il fallait bien tout le talent du photographe Travis Hutchison pour obtenir cette prouesse de rendre mouvantes des instantanés. Les textes contenu dans Worship ont été écrits par la journaliste Isabelle Chelley (Rock and Folk, Voici ou 20 minutes)
Worship, Travis Hutchison et Isabelle Chelley, éditions Tournon 40, 00 € 112 pages quadri












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