Anges et démons
Les murs suintent de murmures qui se chevauchent. Elle se dirige vers la tache la plus sombre, vraisemblablement le lit. Le plancher craque sous les aiguilles de ses talons, ses chaussures buttent mollement dans des vêtements désertés, éparpillés comme des fleurs écarquillant leurs couleurs vives dans une immense prairie verte. Les siens valsent à leur tour dans des gestes rapides. Des respirations haletantes la frappent autant que le bruit des peaux glissant l’une contre l’autre. L’envie sourde au fond de son ventre tel un volcan en furie, la plie presque en deux.
L’obscurité l’a engloutie dès qu’elle est entrée dans cette chambre. Seuls les bruits de succions et de caresses mouillantes lui dessinent les odeurs qu’elle renifle. Elle écoute, la tête inclinée sur le côté, l’oreille aux aguets du moindre souffle, du moindre frisson qui l’électrisent. Des parfums orientaux grimpent à ses narines dilatées quand elle touche enfin le bord du lit. Soudain, une main agrippe son poignet et l’attire violemment d’un geste possessif. Ses jambes gainées de soie se retrouvent contre d’autres, masculines. Son ventre reconnaît le cul qui se colle à lui. Sa paume se referme doucement sur le sexe gonflé. Par-dessus son avant-bras, elle sent celui de son amant qui reproduit son geste à l’identique. Leurs doigts se frôlent, masturbant chacun une queue. Instinctivement ses hanches se mettent à danser contre ses fesses. Les draps crissent sur leurs corps qui s’emboîtent, s’embouchent, se lèchent. Le rouge frappe son esprit. La chaleur intense aussi. Oui, les anges leur pissent dessus. Ils sont mouillés de sexe. Nimbés de stupre.
Des langues lèchent des culs devenus inconnus. Des bouches se partagent un gland doux et larmoyant, d’autres se coulent sur une chatte qui ne sait plus où donner de la tête. Deux queues majestueuses embrassent sa bouche. Elle gobe. Elle avale tout se qui se présente. Elle aime. Se tortille. Enfonce son doigt dans l’anus de son compagnon et caresse ses couilles alors qu’il baise à pleine langue la bouche de l’invité masculin/ féminin, perdant ses mains sur son cul bombé, écrasant sa poitrine contre ses seins. Elle est droguée. Extasiée. N’est plus qu’un immense trou noir qui s’offre et se donne. Elle étouffe. Brûle. Leurs culs deviennent obsession. Totalement renversée, elle se figure être retournée complètement tel un immense gant de chair, son intérieur rougeoyant mis en évidence. La culbute est vertigineuse. When I say stop, continue. Même les démons un jour basculent.






oct 20th, 2007 at 8:26
Voilà un grand texte, et vous savez que je n’ai pas l’emphase facile.
On renifle, on touche, on palpe, on goûte chaque parcelle de la chair, de la sueur, du stupre qui sourd, suite et dégouline à chaque ligne empoissée de désir.
Un texte référence, un texte comme rarement j’en ai lu.
MemHo
oct 20th, 2007 at 11:42
J’en suis d’autant plus étonnée.
Et touchée… Merci. Quoi dire d’autre ?
Vous en lisez beaucoup ? plaisantait-elle pour ne pas qu’il la voit émue.
oct 20th, 2007 at 4:56
Je voulais dire “suinte” et non “suite” dans mon commentaire. J’espère que la principale intéressée, très à cheval sur… l’orthographe, saura me pardonner.
oct 20th, 2007 at 5:18
Je vous avais déjà pardonné… L’émotion sans doute, vous aura fait perdre votre “n”. Ou alors, c’est un problème de frappe… (ce qui, entre nous, revient au même…) (sourires)
oct 22nd, 2007 at 7:22
Les photos sont superbes mais n’illustrent pas ce très beau texte.
J’ai chaud !
Bises.
oct 22nd, 2007 at 7:24
Tout dépend de quel point de vue on se place… Bises à toi.
oct 22nd, 2007 at 8:11
Et voilà que je me trouve impressionné. Ce n’est pas si souvent. je vous le concède, je vous le dois.
Beaucoup de style, celui qui n’a pas peur, le meilleur. Pas peur de son sujet. J’aime la pornographie parcequ’elle n’a pas peur, de son sujet.
Voilà. Ah, une dernière chose, j’imagine la musique : J.S Bach ou un bon vieux The Cure. Votre avis ?
Encore… j’en veux encore…
oct 22nd, 2007 at 10:59
Voilà un aveu que je reçois avec beaucoup de… pudeur.
Want ? sourires Mais si vous pensiez à un autre morceau…
N’est-ce pas Mozart qui a dit “Dieu doit beaucoup à l’existence de Jean-Sébastien Bach” ? Ou si ce n’est pas la phrase exacte, elle lui ressemble. Concerto pour violon et hautbois ? Je lui préférais Concerto pour clavecin BWV 1056 ou la suite N°2 pour la badinerie ou la suite N°3 pour l’Aria et sa puissance… Qu’en pensez-vous ?
Mais à tout cela manqueraient encore les odeurs et les parfums… Une idée ?
J’aime qu’on me demande encore. Tout comme j’aime aussi réclamer.
oct 22nd, 2007 at 2:13
Dis donc Bichette ça ressemble à quoi une queue majestueuse ? (ben quoi je me renseigne, j’ai pas du en voir souvent dans ma lamentable existence)
oct 22nd, 2007 at 4:43
Pudeur…j’aime tant que vous ayez utilisé ce mot… pudeur.
La musique. Bien sûr, il y a celle de votre texte, la sienne propre… soupires et bruits d’étoffes, craquement de lit, de plancher, de combats peut-être… bien sûr ; cependant je vous rejoins sur un point : le clavecin.
Imaginons Bach “dans le texte”, si l’on peut dire, son charme désuet et son clavecin. Ses notes arrachées, presque saturées, le ton libertin de l’instrument et les jupes que l’on retrousse, les peaux blanches qui se découvrent et les odeurs qui sortent de là dessous, en pagaille, qui viennent vous piquer le nez, vous tordrent l’abdomen… bref, un clavecin, merveilleuse idée. Concernant le morceau, je ne vois que le concerto… trois mouvements, trois rythmes différents, trois raisons de se retenir encore.
Quant aux odeurs, aux parfums… ne sont-ils pas omniprésents ? Ne les sentez-vous pas ? Je suis certain que si, je suis même certain que cela commence par là.
Vous êtes un animal élégant.
oct 23rd, 2007 at 3:57
Euh les photos, ce n’est pas moi qui les prends.
oct 23rd, 2007 at 4:08
Le clavecin, oui…
Trois rythmes pour trois êtres, trois respirations… Et des odeurs, des parfums, des senteurs… Un commencement, oui… Que je les sente ne signifie pas que vous sentiez les mêmes… Quelles fragrances associeriez-vous à cette scène, à cette mouvance, dites-moi ?
Un animal élégant ? sourires. Vous aiguisez ma curiosité mais cela, vous l’aviez deviné. C’est comme apercevoir un loup solitaire à la magnifique fourrure gris argenté et aux yeux verts qui m’observe avec gourmandise…
oct 23rd, 2007 at 3:06
J’ai pleuré. C’est tout, c’est trop.
oct 23rd, 2007 at 3:35
Il y a de ça. Le loup, je veux dire, le silence et l’isolement. Un loup voyeur, bien sûr, avec les yeux pas loin d’être verts du reste. L F Celine divisait l’humanité en deux catégories : les exhibitionnistes et les voyeurs, assurément je suis de la deuxième catégorie.
Le gars tapi dans l’ombre, tirant sur sa clope, c’est moi. Mon visage rougeoie quand la cendre s’allume et vous n’apercevez que les gouttes me parsemant le front, comme un pare-brise après l’orage. Pourtant vous me cherchez. Mes yeux. Souvent votre tête se relève et votre cou se tend. Je vous échappe.
De mon coin, je ne vois que vous. Je vous regarde vivre. Vous sentez ma cigarette, qui blanchie ma silhouette.
Les autres ne sont plus là. Je n’aime pas les prétextes aux histoires. Je ne les aime pas. On a besoin d’eux, voilà tout. Qu’ils s’effacent.
Reste la musique, la chair et la lumière. Je m’avance vers la fenêtre, les rideaux ne font pas le poids. Le jour est violent. Je vous entends remuer. Vos bas crisser. Les draps s’étendre. Le jour est violent et Bach n’a plus son mot à dire. Je m’agenouille, j’envois un truc de notre temps, votre menton repose sur votre main, planté. La lumière sur vos joues se marre et me montre du doigt.
Est-ce que ça m’a plu ? C’est votre question, et je vous réponds d’aller vous laver. Vous n’avez pas l’air rassasiée le moins du monde.
Un de vos bas est déchiré, votre cul brille au soleil. C’est le foutre. Ils sont partis. La douche se met à couler.
Le lit en est rempli, des litres. Y a une chaussette. Une chaussette d’homme, noir et moche. Je l’envoi sous le lit. Le bord du lit est chaud comme un feu au petit jour. Votre culotte tout simplement trempée. J’enfoui mon nez dans la soie.
La douche ne coule plus.
Tu viens ? C’est votre question. Vous scintillez dans la lumière, avec votre putain d’élégance.