Ariel Levy, Les Nouvelles Salopes sont parmi nous !
S’appuyant sur des aspects historiques et culturels, Les Nouvelles Salopes est un livre critique de la société américaine. Ariel Levy est journaliste. Chroniqueuse au New York Magazine, elle collabore dans d’autres magazines où elle aborde les sujets de société.
Aujourd’hui, aux Etats-Unis, la culture porno a intégré les médias, la mode, la société. Les jeunes américaines sont engagées dans une surenchère à qui sera la plus sexy, la plus provocante ou « trash », sur le modèle de la célèbre Paris Hilton. Elles troquent leur plaisir sexuel pour la performance pornographique. D’autres sont adeptes des clubs de strip-tease et adoptent des attitudes typiquement masculines. Comme Ariel Levy le souligne, si les machistes sont des hommes qui voient les femmes comme des morceaux de viande, les femmes devaient renchérir et devenir des Nouvelles Salopes : des femmes qui font des autres femmes, et d’elles-mêmes, des objets sexuels.
L’ouvrage souffre de la traduction, non d’emblée mais après coup. Ainsi, le titre original de cet essai très instructif est Female Chauvinist Pigs qui vient de « male chauvinist pig » signifiant macho. Or, comme le souligne Judith Timson, « macho au féminin » est une formule bien trouvée mais qui « pas tout à fait juste, si l’on considère le machisme comme un « attachement déraisonné à son propre sexe » et un mépris de l’autre » car pour Ariel Levy, « ces femmes qui nagent en pleine culture sexe « considèrent les hommes comme supérieurs. (…) elles veulent être comme des mecs. » Les femmes qui veulent ressembler aux hommes se perdent ; dans l’illusion de la virilité, la femme « perd le style », comme l’écrivait Jacques Derrida.
Le titre, Les Nouvelles Salopes, se veut être aussi une référence historique pour le lecteur français : le 5 avril 1971, dans le Nouvel Observateur, 343 femmes provoquèrent un énorme scandale en déclarant « avoir avorté » mais en réclamant aussi « le libre accès aux moyens anticonceptionnels » et « l’avortement libre ». Elles reprirent alors le terme de « salopes » employé par Cabu dans un dessin satirique paru dans Charlie Hebdo.
Bien sûr, il existe une énorme différence entre ces femmes et les nouvelles salopes. Néanmoins, exhiber ses seins et ses fesses devant la caméra de l’émission américaine Girls Gone Wild pour rien ou presque (ces jeunes femmes gagnent un tee-shirt ou un chapeau) peut être considéré comme une nouvelle expression de libération. Ariel Levy ne prône pas dans cet ouvrage une restauration de règles strictes pour lutter contre la confusion entre libération sexuelle et culture sexe. Elle constate simplement. Les nouvelles salopes sont les héritières du mouvement féministe même si elles se méprisent en tant que femmes allant parfois jusqu’au travestissement, voire transsexualisme (cf : les petits mecs). Elles se méprennent aussi en pensant atteindre le plaisir sexuel dans ces exhibitions.
« La culture cul n’est pas une ouverture aux possibilités et aux mystères de la sexualité. C’est réitérer sans cesse une façon particulière – et particulièrement commerciale – de dire ce qui sexy » écrit l’auteur.
Pour supprimer la question sociologique au profit de la question sexuelle, Ariel Levy a concentré son attention sur des groupes de femmes uniquement issus de la classe moyenne, voire haute, des Etats-Unis. Elle s’est appuyée aussi sur l’analyse de l’industrie du divertissement et du système éducatif. De nombreuses interviews et anecdotes illustrent le livre.
Qu’en est de la « raunch culture » en France ? A-t-elle déjà traversé l’Atlantique ? Emilie Tardivel rapporte en introduction des Nouvelles Salopes des extraits d’un article paru dans Marianne en mai 2007. Selon les trois journalistes auteurs de l’article, la question sexuelle ne serait qu’un aspect de la « bad girl attitude ». Elles appuient sur la différence sociologique : hors des people, les « bimbos » et les « petits mecs » ne se mélangeraient pas. La « vague Britney Spears » serait la marque évidente du manque de communication entre deux mondes, une simple réaction à la violence morale qui procède d’une indifférence sociale. Conclure l’article par un « C’est de leur âge, non ? » est ou naïf ou ironique ou une très belle façon de se voiler les yeux sur les ravages à long terme d’une telle attitude. Et c’est bien ce phénomène qui repose sur le mariage explosif entre conservatisme puritain et capitalisme débridé qu’a bien capté Ariel Levy dans son livre.
Les Nouvelles Salopes est sans conteste un ouvrage à recommander. L’analyse de la société actuelle américaine est finement pertinente.
La France copie toujours les Etats-Unis avec quelques années de retard mais il semblerait que les nouvelles salopes soient déjà parmi nous. Il suffit pour cela d’analyser les émissions télé et le comportements de certaines jeunes femmes qui y participent : la vidéo de Loana baisant dans une piscine a été largement diffusée, contribuant à sa réputation de fille chaude.
Quelle est la jeune femme qui n’a pas regardé un épisode de Sex and the city ou plus récemment un de Desperate Housewiwes en s’extasiant sur le comportement masculinisé de Carrie (ou de Samantha : « Baise-moi mal une fois, honte sur toi. Baise-moi mal deux fois, honte sur moi. » “Fuck me badly once, shame on you. Fuck me badly twice, shame on me“) ou celui de Gabrielle Solis (ex top-model mariée à un homme riche qui n’hésite pas une seconde à coucher avec son jardinier mineur) ? Remarque-t-elle que Samantha a ni plus ni moins le même comportement que Christian Troy (un des deux chirurgiens plastique de la série Nip/Tuck) ?
Si toute cette débauche pornographique plaît surtout beaucoup aux hommes et est fabriquée en conséquence, qui va expliquer à nos adolescentes que ce n’est pas en exhibant son joli petit cul qu’on démontre sa réussite ? Et ce n’est pas la prise de position parfois radicale des Chiennes de garde qui va aider à quoi que ce soit. Une femme, pas plus qu’un homme, n’a pas à se servir du sexe pour rechercher la liberté et le pouvoir. Le respect de l’autre pour ce qu’il est n’existerait-il plus ?
Les Nouvelles Salopes, Ariel Levy, Tournon 20, 00 €











nov 6th, 2007 at 6:41
Très triste.
Pour moi qui rêvais de libération sexuelle véritable, me voilà en pleine agression. Ces filles n’ont rien compris, et sans doute réaliseront-elles lorsqu’il sera trop tard.
Bref, je trouve cela extrêmement malsain, et aux antipodes du “jouir sans entraves” prôné dans un passé que je n’ai malheureusement pas connu…
nov 7th, 2007 at 2:37
Ces jeunes américaines obéissent à un rituel de passage comme l’étaient auparavant la communion (pour les catholiques), la première cigarette, le baccalauréat etc. Pour jouir sans entraves, il faut être libre. Pas seulement libérée. sourires.