Cry wolf

Photo de Aeric Meredith-Goujon photographie de Aeric Meredith-Goujon

 

La rue court sous leurs pas. Déjà les visages des passants fuient sa réalité et les voitures ont disparu. Son compagnon la pousse devant lui.

- Marche ! Moi aussi je veux te regarder marcher !

Elle rit. S’écarte, avance un peu sur le trottoir. Il la rattrape en quelques enjambées pressées.

- Ta démarche… Tu avances lentement. Tu prends ton temps… Comme si tu te baladais…

- Nous avons tout le temps, non ?

Son sourire carnassier la broie. Il saisit sa main et l’attire violemment contre lui. C’est son désir incandescent qu’elle sent dedans son ventre, cette force qui la happe, la tourbillonne aussi bien qu’un feuille rougie emportée par le vent d’automne. C’est sa langue qui s’enfonce dans sa bouche, lui lèche les amygdales, vole sur ses cordes vocales qui aussitôt jouent un concerto de chats sauvages roucoulant de baises nocturnes, lui salive le con jusqu’à atteindre son anus qui s’ouvre, s’ouvre tant et plus. Elle lui mordille sa lèvre en lui collant les mains au cul . Se retient à grand peine de le mordre. Pas de traces. C’est interdit. Leur pacte sans signature.

Les portes du sauna s’ouvrent enfin devant eux. Leurs yeux éclatent de gourmandises impatientes.

Quand ils entrent, la chaleur de la pièce les suffoque. La vapeur les voile, les nimbe redessinant leurs silhouettes de lambeaux aériens et nus. Elle s’allonge sur la première pierre, lui choisit celle juste au-dessus et s’y assoit, jambes écartées. L’un de ses pieds repose juste en dessous de ses seins. Comme ces chasseurs prenant la pose après avoir vaincu leurs proies. Elle a les bras rejetés en arrière. Sa peau sur la sienne l’électrise. Son parfum l’hypnotise. Leurs regards se croisent. L’envie violente est toujours là. Plus vorace. Soudain, elle les submerge et c’est la jeune femme qui y cède en premier. Elle lève une main et lui caresse la jambe humide avec une lenteur appliquée. Lèche les gouttes de sueur qui perlent autour de sa bouche. La chaleur augmente encore d’un cran. Il glisse son pied vers son bas-ventre. Elle ouvre ses cuisses. Les peaux sont moites. Son gémissement se répercute sur les murs brûlants. Glisse dans la touffeur, s’emmêle dans la brume. Au diable les quelques personnes présentes ! Elles n’existent pas. Elles n’existent plus. N’y tenant plus, elle se lève et se dirige vers un pilier. Plus loin, dans un recoin, le bout d’une cigarette rougeoie éclairant trop rapidement un visage masculin et deux yeux attentifs. Qu’il les regarde si cela lui procure du plaisir ! Cela l’excite encore plus.

Accroupie derrière la colonne, elle attend religieusement son offrande dans les clapotis ambiants. Il est debout devant elle, recueilli, les yeux à demi-fermés. Sa bouche est ouverte sous son sexe mou tel l’ayami ayant choisi celui à qui elle enseignerait. Et leurs regards se baisent, s’inondent en profondeur. Et d’un coup, il pisse dans ce bénitier impie. Elle laisse dégouliner le liquide mousseux sur son menton, son cou, ses seins puis se redresse et l’embrasse goulûment. Leurs soupirs ressemblent à des grognements de bêtes en rut. Leurs mains s’empoignent, leurs phalanges en blanchissent. Ils deviennent des lutteurs, jumeaux de sexes affamés. Smells like Teen Spirit jaillit de nulle part. Il la retourne, impérieux, la plaque au mur. Les paumes appuyées contre la pierre râpeuse, elle cambre outrageusement son cul vers la queue de son amant. Il la laisse danser, s’en amuse, la torture, le temps pour elle de le supplier d’une voix rauque. Quand il accède enfin à son désir et s’enfonce en elle en l’ouvrant brusquement, elle hoquète, se courbe, tête et nuque baissées. Souffle coupé. Il lui relève la tête en lui tirant les cheveux.

- Aujourd’hui, c’est moi qui t’encule.

Ses yeux croisent alors le regard de l’homme toujours assis. Elle kiffe. Oui, elle kiffe vraiment. Apprécie-t-il ce qu’il voit ?

- Ne bouge plus ! Ne bouge surtout plus sinon tu vas me sentir gicler en toi.

 

 

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Cali Rise

No Responses to “Cry wolf”

  1. Je hais les saunas. Trop chaud. Trop nus.

    Je hais les gens nus. Trop laids. Trop comme moi.

    Si je reste là une seconde de plus je vais me sentir mal, et puis j’ai envie de m’en griller une. J’abandonne deux vieilles peaux bronzées comme des casseroles aux seins dégoulinants. Spectacle révoltant.

    Retour aux vestiaires. En voilà deux qui sont pressés. Je les croise dans le couloir, une serviette blanche autours de la taille, mes semelles font claque… claque… j’ai l’air malin ! Dommage, la dame est charmante. Charmante. Je devrai dire bandante mais c’est pas le moment, ma serviette glisse. Bas ou collants ?

    Je sais qu’elle m’a regardé. Un battement de cil.

    La première bouffée est la meilleure, les autres sont dégueulasses, c’est le jeu. Je me suis trouvé un coin sympa, adossé contre le carrelage, planqué dans la vapeur, derrière un poteau, personne viendra m’emmerder, je peux fumer peinard. Tiens ! Les deux autres entrent dans la cabane en bois. Je reconnais la dame. J’ajuste ma serviette.

    j’ai pas rêvé quand même, dans les vestiaires, ce mec avait bel et bien une gaulle de ouf. Je me repasse la scène en regardant le plafond - Je sors la tête du sac, j’ai mon paquet dans les mains et le gars déambulait peinard, la queue roide, pointée devant lui, comme un doigt tendu pour lui indiquer le chemin. Le machin rebondissait, les veines gonflées à mort, le gland brillant comme du vernis. Putain, je l’ai pas rêvé.

    Ma clope se consume et la lumière s’éteint. Le centre ferme. Vingt trois heure. Ma femme doit s’inquiéter. Ils nous ont laissé la radio.
    Rien à foutre, je fini ma clope, Kurt Cobain serait d’accord avec ça.

    Les deux vieilles sortent en courant, une main devant la bouche, elles ne ferment pas la porte. La vapeur blanche envahi l’espace d’un coup comme une décharge de coton. Je décolle le dos du mur.

    La meuf vient de gicler du coton, entièrement nue, entièrement nue, elle court prudemment, se retournant sans cesse, ses seins jonglent dans tous les sens, elle m’aveugle de blancheur. Elle a l’air de jouer à cache-cache, se fixe puis plaque ses omoplates contre une colonne, ça fait un bruit de gifle, s’accroupie et attend.

    Elle parle mais la musique couvre tout. Le mec se pointe, la queue bien molle et s’installe devant elle, les mains sur les hanches. Je tire sur ma clope. L’atmosphère prend feu.

    Elle dit quelque chose puis garde la bouche grande ouverte, le menton pointé sur ses couilles. Le type bascule la tête en arrière tandis qu’il se met à lui pisser dans la bouche. La serviette blanche autours de ma taille se met à peser un poids de manteau, je trifouille mon nœud.

    Ça mousse, ça coule tout autours… ses joues, son menton, le cou devient comme un fleuve jaune, ses seins sont nimbés d’or, l’automne la fait chevalière, elle ferme les yeux, claque des mâchoires, tire une langue pointue… le gars s’égoutte avec méthode, branle sa pine inerte au dessus du bénitier impie.

    J’ai le souffle court, mon gland violet sort la tête, le sang cogne, ma clope n’est plus qu’un pétard mouillé.

    Elle m’a vu - elle vient de se retourner, brillante, dorée, ses nibards qui perle, tendus vers le sol, sublime et chienne, la croupe offerte à la queue maintenant levée comme une hache - elle m’a vu.

    Il lui déchire le cul d’un coup de rein, son visage se chiffonne, Kurt cobain est mort, je me suis pissé dessus, si j’osais… clin d’œil.

  2. Trop comme vous ? sourires

    Quelle verve ! Etes-vous certain que vous fumiez du tabac ?

    Dieu est un fumeur de havanes

    Je vois ses nuages gris

    Je sais qu’il fume même la nuit

    Comme moi ma chérie

    Serge Gainsbourg

  3. J’ai une confidence à vous faire : je ne fume pas. Ni havane, ni quoi que ce soit d’autres. Je n’en reste toutefois pas moins voyeur - lecteur.

    J’aime bien ça la vie ! Comment s’exprime t-elle. Combien les gens en ont peur. Ce qu’ils en font. Vos textes m’intéressent pour cela, leur style, leur obsession d’élégance et l’angoisse de leur propre liberté, comme un gamin chétif qui gonfle la poitrine en reniflant sa morve.

    Je vous en supplie, ne le prenez pas mal ; vous le savez déjà : vous me plaisez, beaucoup, je vous trouve forte… l’ignoriez-vous ? Peu importe, là n’est pas la question.

    Pourquoi ne viendriez vous pas un instant prendre ma place ? Changer de camp, Dieu lui même a bien choisi le sien, j’ai deux ou trois trucs à vous montrer…

  4. J’ai une confidence à vous faire : Impudique est accessible aux lecteurs fumeurs ou non fumeurs. ;-)
    Pourquoi ne pas me montrer ce que vous voulez que je vois en privé ? Il doit exister quelque part sur ce site, un endroit où vous pouvez trouver mon adresse mail… Vous venez ?

  5. Je n’entre jamais sans frapper… c’est une question d’éducation.

    Merci d’ouvrir votre porte… Prochainement, je serai derrière.

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