Thierry Brun vit et travaille à Paris. Il est l’auteur de Surhumain. La ligne de tir sort le 24 mai 2012. Extrait Un matin, alors que Jade prenait son petit déjeuner sur la terrasse, son compagnon de villégiature apparut, nu, le visage marqué par la douleur et par la peur. Un jeune homme à l’œil droit maquillé, à [...]

Kannibal mon amour, Erik Rémès nous le raconte

En 2001, l’Allemagne découvrait, horrifiée, l’existence d’Armin Meiwes. Ce bel homme de 42 ans, expert en ordinateurs, avait, ni plus ni moins, mangé un de ses congénères, Bernd Jûrgen Brandes, ingénieur berlinois. Dans Kannibal, Erik Rémès nous raconte son histoire.

Erik Rémès a l’habitude d’écrire à la première personne mais cette fois-ci, le « je » plonge dans la tête d’un cannibale. A l’aide des minutes du procès, remontant l’enfance de cet homme au quotidien banal, l’auteur décrypte avec minutie comment un être humain a pu en manger un autre.

La prouesse de Rémès ne réside pas tellement dans l’utilisation du « je » mais plutôt dans celle d’avoir réussi à instiller des faits fictifs qui s’emboîtent parfaitement avec le vécu du cannibale de Rotenburg. Lire Kannibal, c’est s’immerger dans ce que réfute avec violence la morale : le sado-masochisme poussé à l’extrême. Le livre est rouge sang, il sent la viande à chaque page.

Erik Rémès entraîne le lecteur au plus profond de lui-même, là où ses réflexes primaires vivent encore. La folie de son personnage, Karl-Heinz B., si tant est que l’on peut appeler son amour ainsi, en devient lyrique. Karl-Heinz vit ses fantasmes parce qu’un homme a répondu à sa petite annonce passée sur Internet en lui demandant de le tuer pour le manger, poussant cette offrande, celle de sa chair, jusqu’à vouloir être émasculé auparavant.

Tout cela, Armin Meiwes l’a filmé. Tout cela, Rémès nous le dépeint sans misérabilisme. Ses mots sont crus, puissants, enivrants.

Avec délectation, Karl-Heinz préparera des petits plats avec les morceaux de son amant. Il les accompagnera de bon vin, préparera une jolie table avec de la jolie vaisselle et des bougies, écoutera de la belle musique, s’étonnera de parler mieux l’anglais après avoir mangé Ralf qui le parlait couramment. Toujours il reverra le visage de son amant.

Avec une précision envoûtante, Erik Rémès raconte l’enfance de ce cannibale élevé par une mère castratrice, méprisé par les enfants de son âge. Le présent se mélange à des flash-back accentuant le malaise ambiant. Kannibal est un livre hors norme qui en dérangera plus d’un. Mais qui pourrait réellement resté insensible devant ces deux hommes qui ont poussé le don de soi à son paroxysme ?

« Mangez, ceci est mon corps ; buvez, ceci est mon sang ». Brandes s’est offert par amour, Meiwes l’a mangé par amour. Tous les deux refusaient la perte de l’être cher. On pourrait écrire l’être chair, non ? Erik Rémès a écrit leur histoire et c’est succulent.

*Rappels : le cannibalisme est tabou dans notre société mais pas interdit par la loi.

Armin Meiwes, surnommé le « cannibal de Rotenbourg », a été condamné en appel le 9 mai 2006 à la réclusion à perpétuité par le tribunal de grande instance de Francfort, pour le meurtre de Bernd Jürgen Brandes.

Kannibal, Erik Rémès, Editions Blanche 17, 00 €

Le site d’Erik Rémès

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Cali Rise

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