Le fauteuil
Elle s’était levée alors qu’il avait franchi la porte. Son corps portait encore des traces liquides de lui. D’autres aussi. Mais personne ne pouvait les voir. D’ailleurs, même elle ne distinguait rien dans l’image que lui renvoyait le miroir ! Elle cligna des yeux à l’idée qui lui traversa l’esprit comme un zag rouge. Cette fois, serait-ce la dernière qu’ils se voyaient ?
Depuis le fauteuil, l’autre homme avait jeté un « Va te laver » qui sonnait comme un ordre supplique. Ou une invitation. L’eau ruisselait maintenant dans la baignoire et la vapeur commençait à moiter son reflet. La jeune femme se coula sous le jet chaud. Elle renversa la tête et se laissa ramener à la vie par les micro-piqûres des milliers de gouttes transparentes.
Depuis le seuil, elle le regardait. Assis sur le velours rouges, il fumait dans la pénombre. Ses yeux la baisaient déjà. L’odeur du tabac blond se mêlait à celles de leurs sexes qui planaient encore au-dessus du lit.
- Cela t’a plu ?
La question gicla entre eux. L’éclat blanc qu’elle perçut pendant une fraction de seconde la rassura avant que sa réponse ne fuse.
- Approche… Viens me montrer comment tu m’as plue ! Il te plaît beaucoup cet apollon… Je le sais. Je vous ai vus. Tu l’as cloué. Crucifié. Il a atteint des rivages qu’il n’est pas prêt d’oublier. Viens… Viens !
Elle s’approchait, mouvante comme une mer d’été. Toute ruisselante. Ses cheveux gouttaient brun sur sa nuque et son dos. Sur ses seins aussi. Elle colla sa peau contre sa bouche.
- Ta peau porte encore son parfum.
Sa main glissa entre ses cuisses, ses doigts puisèrent en elle. Il les huma.
- Lèche… Oui… C’est bon ?
- A toi de me le dire…
Leurs bouches se mêlèrent. Elle tomba à genoux, de part et d’autres de ces cuisses. Ses mains cramponnaient sa chevelure. Les siennes écartaient ses fesses. Il pointait dur.
- C’est ton cul que je veux en premier. Je veux le suivre…
Ils intervertirent leurs places et finirent devant le fauteuil. De loin, on aurait pu croire qu’ils priaient. Elle tenait les accoudoirs. Il s’amarrait à ses hanches, la bite dans son anus chaud et huileux de foutre. Il jouit une première fois rapidement.
Assise dans le fauteuil, elle écartait les cuisses. Largement. Son amant la léchait. Avidement. Doué de la langue. Et des doigts.
- J’aime son odeur qui se cramponne à toi.. Elle m’excite. Tu m’excites… Dis-moi…
Il soufflait doucement sur son con. Elle alluma une cigarette.
- Je te dis… J’aime qu’il me baise. Il m’emmène loin… Je l’entraîne loin… On se roule telles des bêtes affamées. Des sorciers en rut. Il me connaît sans me connaître. Je le connais sans l’avoir appris tous les jours. J’aime sa peau, son odeur, ses parfums. Sa voix. Sa façon qu’il a d’agiter les doigts dans l’air pour me montrer comment l’enculer. J’aime son rire. J’aime ses regards. Il me baise comme le Diable. Dieu ne baise pas, si ?… J’aime que tu nous regardes et te nourrisses d’images que personne ne viendra violer. J’aime que tu me prennes et t’enfouisses en moi encore pleine de lui comme pour mieux l’entrer en moi. J’aime te sucer en cherchant à me rappeler l’odeur de sa queue. J’aime que tu nous aimes. Que nos jeux t’excitent. J’aime t’aimer après lui. Tu me ramènes à la vie…
- Encore…
- Oui… Encore… Je…
- Chut. Chut !






oct 29th, 2007 at 9:13
Qui est-on… quand on vous lit ?
Lui ? Lui ? Elle ? Encore un(e) autre ?
c’est ça, on amène avec soi sa propre perversion, son propre petit malaise, l’envie qu’on trimballe de se regarder vivre. Ce qui nous rajoute un larron de plus et ça commence à faire beaucoup de monde, et la musique s’arrete… il faut s’asseoire. Celui qui reste debout a perdu.
Tant pis, j’ai un bouquin à terminer, je vais m’installer là-bas et espérer la prochaine fois.
oct 29th, 2007 at 11:14
A vous lire, je songe à une partie de chaise musicale… Ce sont les lecteurs qui donnent vie à un texte, bien plus que l’auteur. Non ? sourires
“La seule écriture valable, c’est celle qu’on invente… C’est ça qui rend les choses réelles” Ernest Hemingway
La seule lecture aussi, non ?
nov 1st, 2007 at 7:04
Elle, sans hésitation, sans prétention. Mais même si la lecture nous entraîne aux portes du spirituel, elle ne nous y introduit pas, pas plus que dans le monde réel. On effleure, on croit découvrir et se retrouver. Néammoins, un Je a écrit, un Je a lu, un Je a rêvé… Au final, le Je se retrouve paradoxalement sans identité propre. Le texte peut-il vraiment vivre? Votre “songe” est très beau, et dans la vraie vie……?