Le seul garçon sur Terre
photographie de Aeric Meredith-Goujon
Il baigne ici une lumière blanche. Vaporeuse. Et dans cette brume cotonneuse, elle distingue l’homme. Il est assis genoux dressés. Ses belles mains sont posées sur ses rotules. Les jambes sont légèrement écartées. Elle ne voit pas ses yeux mais sent son regard. Et son sourire.
« *Viens…N’hésite pas…Viens plus près… Tu sais je ne te ferais aucun mal… D’ailleurs je n’ai jamais su faire le mal… »
Aurait-il peur qu’elle ne recule ? Ses paumes se referment loin là-haut, de chaque côté du chambranle de la porte. Elle n’entre pas. Pas encore. Son ombre se profile sur le marbre derrière lui. James bande. Sa jupe droite colle à ses hanches rondes. Sa veste courte souligne sa taille fine. Ses pieds nus tiennent l’écart du passage. Il ne bouge pas.
« *Veux-tu être la seule fille sur terre ?…Ton corps brûlera tant de fois… Et tu souffriras… Tu recevras tant de coups… Oui mais tu verras… Après tout, c’est si doux… »
Seulement si tu es le seul garçon sur terre… L’entend-il ? La lumière change. Le dore sur tranche. Elle sourit. De ce sourire qui devine. Elle voit des images qui affluent. Sa bouche assoiffée qui mangera son sexe…. Elle sent sa langue se faufiler. Rechercher la douceur et la chaleur. Son nez qui renifle ses odeurs. Intimes. Elle sait son corps plaqué contre la pierre froide. Sa paume impatiente d’un encore qui ira caresser cette queue. Ce sexe mâle dont elle peut déjà dessiner tous les parfums. Toutes les veines enflées. Elle sait ses soubresauts qui l’assaillent quand il jouit. Ses tressaillements du corps pris de fièvre. Ses chocs électriques qui le bandent quand il débande.
« *J’ai souffert si longtemps… Mon corps a brûlé tant de fois… J’ai reçu tant de coups… Oui mais maintenant je m’en fous… »
Moi aussi… Je vais entrer. Tu le sais. Et je m’en fous. Je vais entrer. Tu vas sucer mon sexe. Ce rose qui n’appartient qu’à ma chair. J’empoignerai ta tignasse comme on se cramponne à un bateau ivre. Je baiserai tes lèvres pleines de mouille et de bave. Glisserai entre tes cuisses. Tes mains tenteront d’accélérer mes gestes. Je résisterai, par jeu. Tu souriras. Me presseras. Et ta queue coulissera. Victorieuse. Je frétillerai du cul et ronronnerai de la gorge. Ma bouche s’échappera pour voler vers tes couilles. Je te respirerai. Enivrant. Délivrant. Et puis… Je sais ton cul qui tangue et ma raison qui chavire. Cette aspiration étroite qui… Je sais tes yeux qui se ferment et ton feulement qui tournoie. Aérien. Je vais entrer. Parce que…
« *Je suis le seul garçon sur terre mais c’est bien… Je suis le seul garçon sur terre… alors… viens… »
Parce que… “Raconte cette histoire de tailleur”… C’est un tailleur aux mains ciseaux et à la pine aiguille. Toutes les nuits, il coud un ensemble sur le corps de sa maîtresse avec son corps d’amant et tous les jours, elle est nue. C’est un tailleur haute-couture. A la musique charnelle. Un tailleur qui danse sur son cul nu. Un tailleur qui éveille ses sens. Jusque dans des chiottes de club. C’est un tailleur-jupe qui danse sur des résilles. Des bas noirs sur des talons aiguilles qui tricotent les heures volées. C’est un tailleur qui ne reste pas de marbre. Une silhouette qui avance sur cette pierre veinée et rose. Une silhouette qui grandit et devient noire dans cette lumière blanche. C’est un ailleurs sans té. Où les angles de vues se courbent dans des miroirs. A l’infini.
*Paroles de Daniel Darc, Le seul garçon sur Terre
photographie de Aeric Meredith-Goujon





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