No et moi, quand une surdouée rencontre une SDF
Regardons-nous vraiment le monde qui nous entoure ? Ne nous contentons nous pas de simplement le survoler sans nous poser de questions ? Surtout sans nous poser de questions. De vraies questions.
Lou a le cerveau qui tourne à plein régime sans jamais s’arrêter une seule seconde. D’ailleurs, penser à s’arrêter de penser, c’est encore penser, non ? A bientôt quatorze ans, elle est en seconde. Accumule les meilleures notes de la classe pendant que Lucas, le garçon de 17 ans dont elle est secrètement amoureuse, accumule les mauvais points et les remontrances. Lou réfléchit comme un adulte mais ne sait pas faire ses lacets. Lou colle des nouveaux mots dans un cahier, conserve des emballages de plats surgelés dans sa chambre, connaît plusieurs encyclopédies et dictionnaires par cœur et Lou adore contempler les gens qui partent et viennent sur le quai de la gare d’Austerlitz. Elle imagine leurs vies. Parce que son professeur de français réclame un exposé, Lou balance, au hasard, qu’elle va interviewer une sans-abri. Cette personne qu’elle ne connaît pas encore, ce sera No. No qu’elle découvre dans sa gare préférée. No qu’elle apprivoise au fil de leurs rencontres. No qu’elle finit par recueillir chez elle. Dans cet appartement baigné constamment dans la pénombre. Dans cet appartement aux rideaux tirés. Ses parents sont d’accord. Même sa mère qui sort de sa longue léthargie. Car la famille de Lou a un secret. Terrible. La petite sœur de Lou est morte pendant son sommeil. Et depuis, sa mère a déconnecté de la réalité. Depuis, Lou a grandi seule. En pension, loin de sa famille pendant quatre longues années. Sans amour. Seul son père lui parle et l’écoute, feignant la bonne humeur. Sa mère n’était plus là. Jusqu’à ce que No entre dans leur vie.
Après le succès de son précédent roman, Un soir de décembre, Delphine de Vigan revient avec ce quatrième livre, No et moi.
No et moi est un roman touchant, émouvant. L’auteur utilise le regard d’une adolescente hors-norme pour mettre l’accent sur un des plus grands problèmes de notre société : le fossé incommensurable qui existe entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont plus rien. « Tu sais, mon p’tit, tu ne devrais pas traîner avec une fille comme ça. Moi, je l’aime bien, Nolwenn, mais c’est une fille de la rue, une fille qui vit dans un autre monde que le tien… » « Les choses sont ce qu’elles sont » No et moi, c’est le regard naïf et extrêmement lucide d’une petite fille grandie trop vite. « C’était bien la preuve, si besoin était, que quelque chose ne tournait pas rond. Il suffisait de regarder autour de soi. Il suffisait de voir le regard des gens, de compter ceux qui parlent tout seuls ou qui déraillent, il suffisait de prendre le métro. J’ai pensé aux effets secondaires de la vie, ceux qui ne sont pas indiqués dans aucune notice, aucun mode d’emploi. J’ai pensé que la violence était là aussi, j’ai pensé que la violence était partout. »
No et moi, Delphine de Vigan, JC Lattès 286 pages 14 €











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