Interview Laurent Botti
Bercé de littérature américaine et grand amateur de suspense et d’horreur (il voue une grande admiration à Stephen King), Laurent Botti est passé maître dans le thriller. Son dernier-né, Un jour, des choses terribles… (XO Editions) en est la preuve. Une fois lu, vous ne verrez plus la brume de la même façon et le moindre mouvement suspect, le moindre petit bruit vous fera dresser les cheveux sur la tête, catapultera votre coeur à une vitesse grand V, vous aurez chaud, vous aurez froid, le silence vous inquiétera…
Lire Botti, ce sont les frissons garantis.
Laurent Botti, homme passionnant, a accepté de répondre à mes questions :
Dites-moi, Laurent, que craignez-vous le plus : la brume ou la nuit ?
La brume de mes cauchemars et, parfois, la nuit de mes pensées.
Les peurs que nous avons enfants sont-elles les mêmes que celles qui peuvent nous assaillir adultes ?
Les enfants ont peur du monstre dans le placard… Ou que leurs parents divorcent. Les adultes ont peur de la maladie, des guerres, de perdre leur emploi… Au final, oui ce sont les mêmes peurs : peur de l’abandon, de la mort, de l’insécurité inhérente à la vie. Souvent d’ailleurs, je trouve que les adultes ne sont rien d’autre que des enfants avec des rides.
Vous semblez privilégier les intrigues qui se déroulent au milieu d’une secte. Qu’est-ce qu’une secte aujourd’hui pour vous ?
La définition est en fait assez claire. Ce qui différencie une secte d’un mouvement religieux tient essentiellement à deux critères : 1/ la pression économique (la secte vous force à participer économiquement à son développement, voire vous exploite directement en fous faisant travailler). 2/ la coupure avec le milieu (la secte vous conduit à rompre avec les éléments familiaux ou amicaux qui ne vous suivraient pas sur le chemin qu’elle a tracé pour vous.)
Et en fait, à cet égard, je n’ai vraiment écrit qu’un seul roman sur le phénomène sectaire contemporain : La Nuit du Verseau. Pleine brume et Un Jour des choses terribles font référence au satanisme, davantage un mouvement mystico-politique qu’une secte à proprement parler. Et Fatale lumière n’avait rien à voir avec tout ça… sauf à considérer que l’industrie cinématographique s’apparente à une secte ! (rires)
Est-il plus facile de se détacher de son père ou de sa mère ?
La mère a une fonction nourricière et protectrice, le père davantage une fonction structurante : rapport à l’autorité, socialisation au groupe etc… De fait, la mère semble, sur le plan personnel, avoir une influence plus grande. Mais évidemment, il s’agit là d’un modèle idéal. Dans les sociétés modernes, les contours sont plus flous, les rôles parfois inversés, voire inexistants.
De plus, doit on parler ici de détachement affectif ou de détachement sur le plan comportemental, ou encore celui des idées? Et apporte-t-on la même réponse pour un homme ou une femme? Franchement je ne sais pas . Un auteur peut vous parler de son expérience personnelle ou de celle de ses personnages, mais n’a pas de réponse universelle relevant davantage des sciences humaines que de la création littéraire.
Face à l’adversité, un homme sera-t-il plus fort qu’une femme ?
Je pense, mais c’est là très personnel, que la femme encaisse mieux le choc, mais que lorsqu’elle s’effondre, c’est de façon durable et profonde. L’homme peut s’affoler pour un bobo, il peut tomber assez vite et se faire mal, mais je crois aussi qu’il peut plus rapidement se mettre en selle. Au final : peut-être plus d’endurance chez la femme, davantage de réactivité chez l’homme.
Un enfant est-il un personnage plus malléable pour la création d’un thriller que pourrait l’être un adulte ?
Non, un enfant est un personnage extrêmement difficile à mettre en scène dans un roman policier et ce pour une raison simple : il a une marge de manoeuvre limitée. Tant sur le plan de la réflexion (de par son âge) que sur celui de l’action - un enfant n’étant par définition pas libre de ses mouvements ni de ses décisions. De fait, impossible de le faire mener son enquête au milieu de la nuit par exemple, ou suivre uns suspect en voiture; impossible de ne pas tenir compte de sa dépendance totale à ses parents.
De ce point de vue, d’ailleurs, J.K Rowling a trouvé une solution remarquable : sans parents, et livré à lui-même au sein de Poudlard, Harry Potter a quasiment la liberté physique d’un adulte… (et la magie lui donne en outre des possibilités illimitées qui compensent une capacité de raisonnement réduite par son âge). C’est un point essentiel dans son oeuvre…
Dans Un jour, des choses terribles… quel est votre personnage préféré ?
Sans hésitation aucune, Bastien, le pré-ado justement. C’est d’ailleurs le seul qui soit foncièrement innocent.
Bon ou méchant. Blanc ou noir. Est-ce si évident ?
J’ai en partie répondu à cette question juste avant (rires). Aucun de mes personnages n’est fondamentalement innocent, et c’est vrai pour ce roman comme pour les autres. Quant au(x) méchant(s), j’explique quand même quel chemin les a conduits à suivre la voie du Mal, ou à tout le moins, je le suggère. Après tout, le serial killer américain Ted Bundy était assurément un sanguinaire, mais il ne faut pas oublier qu’il a été prostitué par sa mère dès l’âge de cinq ans. Alors…
Vous qui êtes fan de Stephen King, envisagez-vous de vous faire un nom aux Etats-Unis comme Jean-Christophe Grangé l’a déjà fait ?
On ‘n’envisage’ pas de se faire un nom, ici ou là : cela ne peut pas correspondre à un plan de carrière. Dans le cas de Grangé, cela s’explique avant tout par le succès de l’adaptation cinématographique des Rivières pourpres. Mais les marchés américains et anglais sont d’une manière générale les plus durs à conquérir, surtout pour un auteur de thriller : leurs linéaires regorgent déjà de centaines de titres. Pour l’heure, Un Jour des choses terribles… a été acheté par l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Corée, la Russie, les Pays Bas, La Tchécoslovaquie, et j’en oublie quelques uns. Pour la langue anglaise… On attend à ce jour la réponse des éditeurs! (rires).
Jean-Christophe Grangé, Maxime Chattam, Alec Covin et vous faites partie de cette nouvelle génération d’auteurs français de romans policiers influencés par la culture américaine et le revendiquant. Y ajouteriez-vous d’autres auteurs français, hommes ou femmes ?
Théoriquement oui : on pourrait rajouter à cette liste pas mal de noms aujourd’hui, Romain Sardou, Thierry Sarfaty, Franck Thilliez etc…
En réalité, non. Tout simplement parce que je regarde assez peu ce qui se passe chez les autres, et quand je lis, ce n’est pour ainsi dire jamais des auteurs de thriller français. Je n’ai lu qu’un seul Chattam, aucun Covin (qui n’en a écrit que deux je crois à ce jour)… Il n’y a que certains Grangé, au final, que je lis avec un réel plaisir, même si je ne comprends toujours pas comment on peut le comparer à Stephen King, puisque je ne vois aucun rapport entre les deux, aucune référence littéraire commune- cela n’enlève d’ailleurs rien à ses qualités littéraires.
Verra-t-on un jour prochain vos livres adaptés au cinéma ?
Question délicate. Chabrol m’avait contacté à la sortie de La Nuit du Verseau, un projet a été également assez avancé sur Un Jour… Mais mes romans ont une particularité : ils ont un côté “fleuve”, avec de nombreux personnages, difficiles à mettre en scène sur un format unitaire. De fait, à l’instar de nombreux Stephen King, ce sont davantage des produits adaptés à la télévision où l’on pourrait développer des mini-séries (les romans de Stephen King adaptés au ciné sont justement ceux qui n’obéissent pas à cette structure : Misery, Carrie, Dead Zone, Christine etc se concentrent sur un personnage unique. Le autres tels que Bazaar, Salem, Le Fléau n’ont pu faire carrière que sur petit écran.) Nous verrons si j’arrive un jour à concentrer mes intrigues et mes enquêtes au lieu de les éclater entre plusieurs personnages et situations !
Un jour, des choses terribles…, Laurent Botti, XO Editions












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