L’oeil et le sexe. Sur l’exhibitionnisme de Julien Picquart
La Musardine, toujours avide de nous satisfaire axe sa collection de sciences humaines, L’attrape-corps, sur les enjeux liés au corps et à la sexualité.
Dans L’œil et le sexe, Julien Picquart, journaliste indépendant et auteur de Pour en finir avec l’homophobie (Léo Scheer) et Le droit d’aimer (Syros) décrypte notre rapport à l’exhibitionnisme. A l’heure où l’Internet, les portables, les blogs, les journaux people, les émissions de télé-réalité, les performances trash envahissent nos vies sans que forcément nous ayons demandé quelque chose, qu’en est-il exactement de la pénalisation de l’exhibitionnisme ? Et qu’est-ce que vraiment l’exhibitionnisme ? Une pratique sexuelle ou un motif politique ? Qu’est-ce qui nous effraie, nous gêne dans l’exhibitionnisme ?
«* Le sexe attire l’œil. Inévitablement. Mais l’œil hésite, partagé qu’il est entre l’envie et la honte, le désir et la culpabilité. Regarder ou pas ? Oser ou faire comme s’il n’y avait pas ce sexe en vue, trop en vue pour ne pas susciter gêne ou curiosité. L’œil et le sexe se livrent un combat éternel entre la chair et la raison, la convoitise et la morale. Et l’exhibitionniste fait son miel de ce corps à corps séculaire. Il jubile de la puissance de son dépouillement. Il a le pouvoir. Il le tient dans ses mains… »
« * L’exhibitionniste est tabou, parce que dangereux. Freud l’a très bien expliqué : «L’homme qui a enfreint un tabou devient tabou lui-même, car il possède la faculté dangereuse d’inciter les autres à suivre son exemple. Il éveille la jalousie et l’envie : pourquoi ce qui est défendu aux autres lui serait-il permis ? Il est donc réellement contagieux, pour autant que son exemple pousse à l’imitation, et c’est pourquoi il doit être évité. » La loi, notre loi fait barrage à une possible contagion exhibitionniste. Elle nous bride et nous contrôle. Elle maintient l’ordre, sexuel en l’occurrence. »
« *Il n’est donc pas question de dénoncer l’existence de cet exhibitionnisme. Cela n’aurait aucun sens. Mais prenons garde à cette expansion de l’exhibitionnisme collectif car il porte en lui une profonde violence et repose sur une dangereuse imposture. Notre société réprime l’exhibition sexuelle au prétexte qu’il faudrait contenir notre animalité, mais en approuvant l’exhibitionnisme collectif, elle ne réveille l’animalité. Nulle pudeur, nulle intimité : le privé n’existe plus pour une société qui veut tout voir et tout montrer. La violence de l’exhibitionnisme dans le métro ou à la sortie des écoles n’est rien à côté de ce dépeçage médiatisé de nos petits secrets, de cette exposition des entrailles de chacun à la vue de tous, comme les bêtes le font dans la savane. Le dévoiement de l’exhibitionnisme collectif est probablement plus violent que celui du « pervers pépère » qui montre sa zigounette, car il est démultiplié presque à l’infini par notre société médiatique. »
« *Au fond, s’exhiber, c’est vouloir participer à la vie publique, et taxer l’autre d’exhibitionniste, c’est essayer de l’en empêcher. »
« *Autour de l’exhibitionnisme se joue en fait un combat politique. Il oppose ceux qui ont le pouvoir sexuel (les hommes, les hétérosexuels, les adultes) à ceux qui doivent se battre pour le conquérir (les femmes, les homosexuels, les mineurs). La dénonciation de l’exhibitionnisme est une arme aux mains de ceux qui veulent conserver ce pouvoir. Elle leur permet de rejeter ceux ou celles qui confrontent notre société à ce qu’elle ne veut (ou ne voulait) pas voir : le sexe de l’homme, le désir de des femmes et leurs revendications, l’homosexualité, la sexualité des jeunes. A chaque fois, la dénonciation de l’exhibitionnisme masque en fait un conservatisme sexuel : domination masculine, hétéro-sexisme, mainmise des majeurs sur la sexualité des mineurs. »
En conclusion…
« *Le sexe nous tyrannise. Pas plus que l’exhibitionniste, nous ne parvenons à nous en détacher. Comme lui, nous avons surinvesti le sexe. Mais nous préférons casser le thermomètre plutôt que constater que nous avons de la fièvre, réprimer l’exhibitionniste plutôt qu’analyser le nôtre, taxer l’autre d’exhibitionniste pour le renvoyer loin de nous et ne pas avoir à répondre à son interpellation sexuelle et politique. Sans quoi, nous devrions constater la vanité de nos désirs, l’injustice de nos normes sexuelles et être confrontés à cette réalité que le sexe n’est pas essentiel, il n’est qu’accessoire. Ce n’est qu’un plaisir et ni le siège de notre identité, ni le futur de notre société. Dans son tonneau, et dans sa vie, Diogène pratiquait l’adiaphoria, soit l’indifférence. Probablement devrions-nous nous en inspirer. C’est l’intimité qui est sacrée, pas le sexe. »
L’œil et le sexe, un livre à exhiber et à mettre sous tous les yeux !
*Extraits de L’œil et le sexe. Sur l’exhibitionnisme, Julien Picquart, L’attrape-corps, La Musardine
L’œil et le sexe. Sur l’exhibitionnisme, Julien Picquart, collection L’attrape-corps, La Musardine 12 €











mai 5th, 2010 at 8:50
Je crois que nous pouvons établir le principe suivant:
“Les lois sèrvent a légaliser les injustices iniques ”
A partir de là les lois sur la prohibition de la drogue n’auraient d’autre but que de rendre ces commèrces inaccésibles au plus grand nombre,je crois etc….?