Fières d’êtres putes !
Non, nous n’avons pas de proxénètes.
Non, nous n’avons pas été violées dans notre enfance, ni par la suite.
Non, nous ne sommes pas toxicomanes.
Non, nous n’avons jamais été forcées de nous prostituer.
Non, nous n’avons pas d’angoisse post-traumatique.
Non, nous ne sommes pas malheureuses.
Oui, nous avons une vie sentimentales.
Oui, nous avons des amies et des amants.
Oui, nous exerçons un métier stigmatisé.
Oui, nous avons choisi ce métier.
Oui, nous voulons les mêmes droits que tous les citoyens de ce pays.
Dès la première page de Fières d’être putes, le ton est donné. Pas revanchard, non, le ton est honnête et le contenu très instructif. Maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser font tous les deux partie du Collectif des Putes, né en mars 2006 après la Conférence européennes des travailleuses du sexe de Bruxelles, et sont à l’origine de la Pute Pride de Paris. Militants d’Act-Up Paris, ils leur fallait sortir des questions relatives à l’homophobie et à la prévention pour mieux se concentrer sur les problèmes liés au statut de travailleuse du sexe.
Pourquoi une travailleuse sexuelle devrait avoir à rougir d’exercer le plus vieux métier du monde ? En créant les Putes, leur premier objectif était de lutter contre la LSI (Loi pour la sécurité intérieure) initiée par Nicolas Sarkozy et qui, depuis 2003, fait plus de mal que de bien. Le racolage passif étant passible de 3750 € d’amende, les travailleuses sexuelles sont obligées de se cacher pour travailler. « *Cette mesure répressive a eu des conséquences dramatiques sur nos vies, notre santé et nos conditions de travail : rafles et contrôles policiers qui obligent à travailler dans des endroits isolés ; confiscation des préservatifs ; multiplication des arrestations jusqu’à la sortie des bus de prévention ; racket et violence accrue de la part des policiers et d’hommes que ce contexte peut encourager ; violences sexuelles de plus en plus fréquentes. Les conséquences sanitaires, notamment en termes de transmission du VIH et des MST, sont dramatiques. Nicolas Sarkozy devra en assumer la responsabilité. » (racolage actif devant Matignon, le 4 mars 2006).
Les instances féministes voient les putes comme des ennemies, les partis politiques de droite prônent la prohibition, ceux de gauche, l’abolition et tous ceux qui défendent les travailleuses du sexe sont taxés de proxénètes. Nous marchons sur la tête ! Halte à la putophobie !
Les travailleuses du sexe proposent des services sexuels, elles ne sont pas des vagins passifs. Elles utilisent leur intelligence. Comme les autres femmes.
Cessons de croire que toutes les putes ne choisissent pas d’exercer ce métier ! Cessons de croire que toutes les putes sont des victimes ! « **S’ils nous détestent à ce point, c’est que nous connaissons les hommes qui viennent nous voir mieux que quiconque, mieux que leur propre femme. On connaît leurs désirs, leurs fantasmes. On connaît aussi quelquefois le dégoût de leur propre sexualité. »
Pour qu’elle soit acceptée par le public qui veut, aidé en cela par le matraquage des discours politiques abolitionnistes, qu’elle soit une marchandise aliénée violée dans son enfance et portant atteinte à sa dignité en vendant son corps, la pute devrait-elle être une pauvre fille malheureuse ?
Et si, au lieu de blablater des âneries plus liées aux fantasmes qu’à la réalité, on concentrait nos actions à veiller à ce que des situations de contraintes, d’abus et de violences n’aient pas lieu ? Chercher à pénaliser le client et croire qu’ainsi, la prostitution disparaîtrait est un raisonnement simpliste et démagogique. « *S’il fallait donner aux prostituées les moyens de préciser leur choix, il serait bon en effet d’aider les personnes qui souhaitent arrêter de se prostituer en leur proposant d’autres métiers. Quel prodigieux avenir que le RMI. Mais une partie de la réalité est là : si les putes existent, c’est parce qu’elles préfèrent autre chose que l’aide sociale ou devoir bosser durement au profit d’un patron, et pour pas grand-chose. »
Et puis, que penser d’un Etat qui continue à reconnaître fiscalement le travail sexuel en prélevant des impôts sur ces revenus tout en prétendant qu’il n’est pas un travail ? Paradoxal, non ?
Attention à la pénalisation des clients. En Suède, la pénalisation des clients et la réadaptation des prostituées ont eu pour effets d’augmenter le proxénétisme et les violences (nombreuses putes assassinées). « La clandestinité est la cause de tous les abus. » Qui est plus à même de discuter de ces problèmes si ce ne sont les prostituées elles-mêmes ? Pourquoi refuser de dialoguer avec ses professionnelles afin de travailler ensemble ?
« Etre pute, c’est être féministe ». Le féminisme pute, c’est, entre autres, désacraliser le sexe. Il serait grand temps que la pensée évolue, nous ne sommes plus dans les années 70 et être féminisme ne se résume pas seulement à être pour le droit à l’avortement. « *Nous ne donnons rien. Et ce n’est pas parce que nous recevons de l’argent contre des services sexuels que nous devenons des esclaves. Au contraire, c’est en ceci que nous pouvons, comme les hommes, concevoir et pratiquer notre sexualité, juste par envie, ou par plaisir, ou par intérêt. »
Effectivement, les putes ne vendent pas leur corps, elles vendent du plaisir sexuel qu’elles procurent avec leur corps mais surtout grâce à leur cerveau. Insister sur les expressions populaires employées mal à propos est très important. Ainsi, le mot pute est avant tout connu pour être une insulte adressée à toutes les femmes, comme le mot salope. « *Actrices pornos, escortes, masseuses, télé-opératrices du téléphone rose ou du minitel, hôtesses de bar, call-girls, strip-teaseuses, prostituées travaillant chez elles, dans leur camionnette ou dans les bois… Il y a de nombreuses façons différentes d’exercer le travail du sexe, mais le stigmate est souvent le même. »
Si aujourd’hui, les prostitutions s’exercent majoritairement au profit des hommes, une légalisation du travail sexuel et l’amélioration des conditions de travail entraîneraient les femmes à devenir davantage clientes. L’inégalité hommes/femmes serait encore une fois abolie.
« Où, quand, comment, combien je prends, le choix me revient, mon corps m’appartient. » Peut-être qu’à l’avenir, ce slogan des Putes sera repris par toutes celles et tous ceux qui auront choisi de vivre leur sexualité sans contrainte.
Fières d’êtres putes est un livre qui s’adresse à tous, hommes et femmes. A lire absolument.
*Maîtresse Nikita et Thierry Schauffauser, Fières d’être putes, L’Altiplano
**Gérard Lanniez, Grisélidis Réal, La nuit écarlate ou le repas des fauves, Association Himeros
Fières d’êtres putes, Maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser, L’Altiplano
Travail du sexe, cybermagazine sur le travail du sexe










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