Interview Ovidie
Ovidie, actrice, réalisatrice et productrice de cinéma française est aussi écrivain. Elle est l’auteur notamment de Osez l’amour pendant la grossesse, livre paru aux éditions de la Musardine.
Dans cet opuscule, Ovidie aborde la sexualité de la femme enceinte comme jamais elle ne l’a été dans un autre ouvrage. Celle qui se qualifiait à une époque de travailleuse du sexe et avait su imposer l’usage du préservatif sur les tournages de films pornographiques, est en passe de révolutionner l’avis que beaucoup ont encore sur le comportement sexuel d’une future mère.
Sans tabou, Ovidie s’est prêtée au jeu de l’interview :
Etant enceinte avez-vous cherché des réponses à vos questions dans des livres sur la grossesse ?
Comme beaucoup de mamans enceintes pour la première fois, j’ai en effet passé beaucoup de temps à lire tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à la maternité, que ce soit dans des livres, des magazines, ou sur internet. Le soucis, et là je pense particulièrement à internet et à ses nombreux forums, c’est que l’on trouve énormément d’informations contradictoires voire même dangereuses.
Concernant la sexualité en particulier, j’ai constaté qu’il existait un grand vide dans la plupart des ouvrages concernant la grossesse. Les auteurs se contentent d’expliquer quelques conseils évidents de positions (ne pas comprimer son ventre, s’allonger sur le côté par exemple) mais n’abordent absolument pas ni la psychologie de la femme enceinte, ni les questions les plus taboues que l’on n’oserait pas poser à son gynécologue.
Diriez-vous que la mère reste un sujet sacré pour tout à chacun ?
La mère est le symbole intouchable par excellence. Ce n’est pas pour rien que les hommes continuent même en 2008 à nous imposer la dualité entre la “mère” et la “putain”. Lorsque une femme devient mère, il se peut que le jeune papa devienne complètement destabilisé par ce nouveau statut et ne puisse plus approcher sa compagne. On dit souvent que les hommes ne pensent qu’au sexe et que les femmes, telles la vierge Marie, ne sont plus intéressées que par leur progéniture à naître et délaissent le lit conjugual. Or, on remarque que ce sont plus fréquemment les hommes qui fuient les rapports. Pour faire très bref et très schématisé, la maternité de leur femme les renvoient à leur propre mère, image de la femme asexuée et respectable par excellence.
Anne Boulay avait déjà raconté de façon humoristique les 9 mois de grossesse d’une femme (Mère indigne, mode d’emploi éditions Denoël). Vous allez plus loin en parlant de la sexualité d’une femme enceinte et de la sexualité d’une jeune mère. De nos jours, est-ce encore un sujet difficilement abordable ?
Oui, je m’en doutais un peu avant d’écrire ce livre, mais j’en ai eu la preuve à sa sortie. Ce livre a un succés d’estime et fonctionne énormément au bouche à oreille, les femmes enceintes se le font refiler par leurs copines. Mais je n’ai pour ainsi pas eu de promotion et c’est la première fois que cela m’arrive depuis que je publie des bouquins. Silence radio lors de la sortie du livre. Je me suis donc rendue compte que parler point g, éjaculation féminine, porno, etc, c’était encore possible dans les medias. Mais que la maternité demeurait intouchable. Même certains journaliste “spécialisés’ dans les domaines coquins m’ont avoué que c’était un peu trop sulfureux pour eux… C’est pour cela que je remercie la Musardine d’avoir eu le cran de le sortir.
Que pensez-vous des rapports du milieu médical avec la femme enceinte ? Ne sont-ils pas faussés ?
La France est un pays qui a pour particularité de surmédicaliser le processus de la naissance. Les femmes ont ce pouvoir que beaucoup d’hommes nous ont envié qui est celui d’être créatrice de vie. Nous avons ce don, cette supériorité, il a fallut que les medecins nous le reprennent en contrôlant au maximum les accouchements. Ce qui n’est absolument pas le cas dans les pays nordiques par exemple, ou comme aux pays bas, où un tiers des accouchement ont lieu à la maison (avec un taux de mortalité égal au notre). Attention, je ne suis absolument pas contre la medecine ni même contre des outils comme la péridurale, ce n’est pas mon propos. Mais je suis scandalisée par ces maternités transformées en usine à bébés qui font accoucher les femmes à la chaîne. 90% de péridurales, 80% d’épisiotomies, 20% de césariennes, c’est scandaleusement trop.
Ce qui m’a toujours effarée également, c’est cette absence de préparation psychologique à l’accouchement naturel, non pathologique. Les femmes n’ont plus confiance en leur corps, elles sont persuadées qu’elles ne vont jamais être capable de supporter la douleur. Un accouchement se passe avant tout dans la tête. Quand je suis arrivée à la clinique en disant que je n’avais pas besoin de leur péridurale, que je me sentais bien, j’ai entendu des phrases du type “ouais, ben moi à sa place je la prendrais ! On verra si tout à l’heure elle fera la maline”. Si c’était à refaire, je prendrais la même décision. Si on est bien dans sa tête, on est bien sur la table d’accouchement. Et s’il y a un problème pathologique, là, c’est le rôle de la medecine d’intervenir.
Est-il important de ne pas perdre charnellement le contact avec le futur père ?
Oui, même si ce contact charnel ne débouche pas toujours sur un coït ni une relation sexuelle dite “complète”, il est capital de maintenir un érotisme avec le furur père. Contrairement à ce que l’on pourrait le penser, ce n’est pas durant la grossesse mais bien durant la période post-partum que la sexualité risque de devenir problématique (épisio, fatigue, allaitement, etc). Moins on fait l’amour, moins on en a envie. Si le contact a été perdu durant la grossesse, le couple risque d’être fortement fragilisé après la naissance du bébé. Les trois premières années d’un enfant sont parsemées d’épreuves pour le couple écrasé sous le poids de la fatigue et des nouvelles angoisses. Si à cela vient s’ajouter un éloignement sexuel, il y a un grand risque pour qu’au moins un des deux conjoints ne s’égare dans le chemin classique de l’adultère puis de la séparation.
La plupart des femmes découvrent le plaisir vaginal après leur premier accouchement. Une femme adulte qui n’a pas d’enfant n’est pas vraiment une femme ?
Non, on ne peut surtout pas dire ça. On ne peut pas dire qu’une femme qui n’a pas d’enfant, par choix ou pour raisons médicales, n’est pas vraiment une femme. Et d’ailleurs il n’est pas obligatoire d’accoucher pour connaître le plaisir vaginal. Dire qu’une femme enceinte est une “hyper-femme” ne signifie pas que les autres ne sont pas des femmes. Je dis “une hyper-femme” dans le sens où les hormones fonctionnent à bloc et où tous les traits de la féminité (poitrine, rondeurs, sensibilité, jouissance, sécrétions vaginales, etc) sont exacerbés. Pour moi, chaque femme enceinte est une déesse, qui trop souvent s’ignore. Ce qui ne veut pas dire a contrario que ne pas avoir avoir d’enfant c’est perdre sa féminité ! Et on peut avoir une vie parfaitement épanouissante sans enfant, en accouchant par exemple de créations artistiques ou littéraires.
Après un accouchement, le corps de la femme est différent. Existe-t-il un risque psychique ?
Il existe un risque psychique mais qui n’est pas du aux modifications du corps mais plutôt aux rapports avec son bébé. Il est vrai que faire le deuil de son corps de jeune fille n’est jamais réjouissant, mais ce n’est en général pas là que ce situe le risque de ce que l’on appelle à tort ou à raison “la dépression post-partum”. Les difficultés interviennent souvent lorsque le lien mère-enfant ne se fait pas correctement dès la naissance. Il se peut que certaines mères aient cette impression très culpabilisante d’avoir donné naissance à un parfait étranger.
Que pensez-vous de l’instinct maternel ? Est-ce une invention ?
Oui, je le pense sincèrement. Il n’y a pas d’instinct maternel. Lors de l’accouchement, lors des premiers contacts avec le bébé, il se crée du lien ou bien il ne s’en crée pas. Souvent ce lien se crée instantanément lorsque le nouveau né regarde sa mère droit dans les yeux, avec ce regard étrange qui semble venir de l’au-delà. Mais parfois, le lien est difficile à se mettre en route. On peut ne pas aimer instantanément son bébé, c’est possible. On estime à 10% des naissances les cas de difficultés maternelles, les dépressions post-partum, etc. Il n’est pas honteux de ne pas avoir d’instinct maternel et il ne faut pas hésiter dans ces moments là à prendre contact avec des experts en la matière ou des associations telles que Maman Blues.
Maintenant que vous êtes mère, craignez-vous qu’un jour, votre enfant pose un jugement sur votre carrière d’actrice ?
Non, absolument pas. D’une part puisque cette carrière a eu lieu bien avant sa naissance, ce qui est plus facile a accepter pour un enfant. D’autre part parce que ma fille est élevée dans une famille où les femmes sont très libres et très fortes, c’est comme ça de génération en génération chez nous. De plus, avec des parents tous les deux “artistes” nous pensons qu’elle saura faire preuve de tolérance et d’esprit libre. Quand à sa capacité à se défendre, je n’en doute pas une seconde. Son caractère puissant commence déjà à se confirmer lorsque elle est en collectivité. Et vu sa courbe de croissance ainsi que la taille de ses parents, il est fort probable qu’elle atteigne le 1m85 plus tard, je pense vraiment que nous avons engendré une future amazone, je ne m’inquiète pas.
Incontestablement les mère sont les meilleures amantes ?
Oui, je le pense dans l’absolu. Disons que potentiellement, elles le sont. Malheureusement, en application, elles ne le sont pas toujours… Certaines mères passent à côté de cette incroyable passage initiatique qu’est l’enfantement. Il n’est pas exclu que certaines femmes finissent par devenir également des déesses du sexe sans jamais avoir été mères. mais en général, ce sont des femmes qui se forgent d’autres passages initiatiques.
Osez l’amour pendant la grossesse, Ovidie, La Musardine










Leave a Reply