Paparazzi
Son amie, hilare, s’était écriée : « Mais tu as rendez-vous avec Giscard ! » avant qu’elle ne claque la porte de l’appartement et descende les escaliers le sourire aux lèvres. Elle l’avait encore en arpentant le trottoir de long en large, juste à côté de son hôtel au tapis rouge. Cet arrondissement qu’elle ne connaissait pas ou peu jouait les décors de cinéma. Les figurants étaient des Jouvet et des Guitry en Cartier sans Lafayette ou des d’Antin des chaussées. Sans les Italiens. Tous marchaient d’un pas volubile sur les grands boulevards. Contaient emplettes. Causaient concerts.
« Vous avez disparu ? Si cela continue, je vais me faire embarquer pour racolage ! » Peut-être téléphonait-il à sa dulcinée depuis une baignoire emplie de mousse, sirotant une vodka-martini, un chapeau melon sur la tête ? Aussitôt pensée, cette question la fit rire. Toute seule sur le macadam. Elle osa l’appeler et découvrit pour la première fois le timbre de sa voix. Etait-ce une simple impression ou ce client ressemblait à un ancien chancelier allemand ?
Il surgit à ses côtés. Allure Prince de Galles. Chic et smart. Sans la voiture. Mais avec parapluie canne. Et des yeux et un sourire si bleus. Plus tard, elle lui dirait. Mais pas maintenant. On ne dit pas à un gentleman qu’il est très séduisant au bout de trois secondes de rencontre. Il était beaucoup plus jeune que dans son imagination. Surtout après avoir attendu l’homme à l’accordéon ! Quel âge pouvait-il avoir ? Si elle voulait du champagne ? Mais bien sûr ! S’ils avaient commandé ? Euhhh non. Ils parlaient. Que disaient-ils déjà ? Ils riaient aussi. Et s’ils commandaient ? Non, parce que le jeune serveur est quand même déjà venu deux fois. Pas de pizzas parce qu’elles sont aussi grosses que la table. Elle choisit des penne au pesto. Lui aussi. Sans concertation. Il s’occupa du vin. Le commanda en italien. Elle était bien. Alerte. Et lui disert. Elégant. Même avec un peu de basilic aux coins des lèvres. Elle le buvait, le menton posé sur ses doigts. Ou les mains papillons. Quand elle lui répondait. Il dit son attirance. Elle fit taire la sienne. Rabroua son imagination qui commençait à le déshabiller sur sa chaise. But sa sambuca con mosca, le nez perdu dans la réglisse et l’anis.
Plus tard, après qu’ils furent sortis du restaurant en dépassant l’heure limite de la consommation, il lui raconta Hemingway. Elle dévisageait sa chambre. Immense. La moquette n’étouffa pas leurs soupirs. Dans le miroir de l’ascenseur, elle rectifia son maquillage. Son mascara avait coulé. Il ouvrit la portière du taxi avant de l’embrasser. Elle baisa la nuit, des mots plein les yeux. C’est beau une ville la nuit. Surtout une ville qui ne dort jamais.






jan 21st, 2008 at 4:54
waow !! j’en reste (presque) sans voix…
jan 21st, 2008 at 7:43
Vous m’en verriez navrée… sourires