Petites histoires

photographie de Aeric Meredith-Goujon

 

A leur arrivée, deux des hommes du groupe étaient dans la cuisine, occupés à décorer des plats. Ils s’embrassèrent les uns les autres au milieu des rires crispés. Plus tard, le reste de la troupe arriva. Car il s’agissait bien d’une troupe. N’étaient-ils pas tous plus ou moins artistes ?

La parité hommes et femmes était de mise. Même s’il existait des couples. Elle retint un parfum masculin. Qu’elle s’interdit. Contempla les habillements des uns. Sourit à ceux des autres. On servit du champagne. Quelqu’un s’approcha pour admirer ses chaussures. Elle l’éconduit gentiment en lui proposant de lui prêter une fois prochaine. Il reviendrait à la charge dans la soirée. La violerait de mots qu’elle n’avait pas envie d’entendre. Que lui importait qu’il lise ses textes ? Elle se fichait bien de ce qu’il pensait. Ne comprenait-il pas qu’elle n’avait pas envie de l’entendre lui parler d’instants impudiques ? Déjà, elle s’éloignait d’ici.

Les plats tournèrent comme autant de derviches persans. Les voix devenaient plus aiguës et plus fortes au fur et à mesure que le vin coulait. On mit en route le karaoké. Ils se levèrent et chantèrent. Les chansons étaient usées. Les rires cascadaient cernés de certaines fausses notes. Elle sortit dans le froid fumer une cigarette, le sourire aux lèvres. Les observa s’agiter en tous sens. Ils semblaient tous heureux. Si on ne cherchait pas à percer leurs façades. Quand elle rentra, le rock dansait dans la pièce. Bientôt sonnerait minuit et ses coups révélateurs. Qui embrasserait-elle en premier ?

Son portable tressautait à chaque texto reçu. Mais qu’est-ce qu’elle fichait là, au milieu de ces personnes souriantes qu’elle ne connaissait pas ? Il ne donnerait pas signe de vie. Elle non plus. Pourtant, à chaque message ouvert, elle cherchait ses mots. Pour un peu, elle se laisserait même couler au milieu de leurs souvenirs rouges incandescents. Ce n’était ni le lieu. Ni le moment. Un autre jour. Peut-être.

L’alcool la ramena sur terre. Le goût de la poire coula dans sa gorge. Assez pour qu’elle se laisse entraîner sur la piste. Pas assez pour qu’elle réponde à des avances non voilées. A chaque sortie cigarettes, des lumières voisines disparaissaient. Elle fumait trop. Assurément. Une femme apparut sur le balcon d’une HLM. Puis un homme. Allaient-ils faire l’amour à la belle étoile ? Non. Sans doute prisonniers de leur quotidien banal. La femme recula. L’homme, après s’être appuyé à la rambarde, éteignit les guirlandes.

Le bout rouge s’écrasa au fond du cendrier. Agacé. Le baiser encore une fois. Lui mettre la main au cul en pleine rue. Le laisser enfouir ses doigts entre ses cuisses à côté d’inconnus. Et se perdre dans ses yeux rieurs. Se perdre dans ses yeux rieurs, oui. Mais vivre autre chose que du réchauffé. Et si, tout simplement, elle se bougeait ? La chaleur de l’assemblée l’aspira.

 

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Cali Rise

No Responses to “Petites histoires”

  1. soirée ou jour de l’an, pensées déjà vues, si belles si tristes sur le “papier”

  2. Bonne année quand même!
    Quand c’est pas bien, il faut changer.

  3. Merci. Belle année à vous aussi. Pour l’année, c’est déjà fait. ;-)

  4. Je n’ai jamais aimé les fetes imposees, les rdv forcés où chacun doit donner le change, où le rictus de la joie consommée tel un masque vénitien, orne chaque visage..Des hommes: combien d’ex amants? Des femmes:maitresses potentielles? Bel équipage!
    Elle était heureuse de ma présence, peut être mon cadeau de la nouvelle année après tout?Ce soir là j’ai renversé ma maxime favorite…acteur plutot que spectateur..j’avais envie d’etre spectateur, témoin de sa joie simple, heureux de son sourire.de son regard…

  5. Et votre maxime favorite est ? sourires

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