Carré d’As(s)

photographie de Aeric Meredith-Goujon

 

Noir et rouge. Les lumières sont tamisées. Ils sont au bar. Face à la salle. Dans leurs verres, de la tequila. Ils fument. Une cigarette pour deux. Il en fume plus qu’elle. Il boit plus aussi. Elle le regarde. Alexandre. Ses yeux qui scrutent la pénombre en quête de conquêtes d’une nuit. Elle aime.

- Montre !

Ses jambes voilées s’écartent. Il glisse sa main dans sa moiteur. Frissons. Une gorgée d’alcool à s’en faire pleurer les yeux. Elle se tourne à nouveau vers la salle. Croisant ses longues jambes. Coudes appuyés sur le bar. Paupières à demi-fermées. Limite guerrière. Elle chasse. Ils chassent.

Ce sera cet homme. Beau. Elancé. Racé. Il joue au billard. Snooker. Ce rouge… Elle l’observe. Il empoche. Elle s’approche. Un miss. Ses mots susurrés à son oreille de joueur. Elle lui explique ce qu’elle souhaite. Un coup d’œil vers le bar. Alexandre rit avec une blonde pulpeuse. Elle sait sa raie en manque. « Tu es mon jouet. Ma trappe secrète. Tu es ma plus belle prise » serpente dans sa tête. Lequel des deux a dit cela à l’autre ? Il regarde dans leur direction. La cigarette est jetée. Des étincelles frappent le plancher sombre. Il sort.

 

 

Les chiottes ne sont pas difficiles à trouver. Ses paumes sont plaquées au mur. Elle abaisse son jean. Libérant d’un geste sa queue raide et son cul nu. Il gloupse. Il slurpe. Elle lèche. Salive. Caresse. Tète. Enfonce. Ecarte. Et offre. Redressée, ses mains enserrent ce visage qu’elle connaît si bien. Oh se perdre dans ses yeux et avaler ses soupirs à grand coup de bouche. Lui faire sucer ses doigts comme si… Elle en perdrait presque sa boussole.

Il est convenu que le joueur les rejoindra plus tard. Ailleurs. Cela leur laisse le temps d’attraper une fille. Ce sera cette grande blonde aux yeux en amandes. Des yeux de biche et de fauve. Des fesses bombées. Des seins chaleureux. Une bouche à pipe. Piquante à souhaits.

Tous les quatre sont dans la chambre. Pur XIXeme. Se touchent. Se reniflent. Boivent du Malesan à la robe grenat soutenue. Le goût de fruits rouges se retrouve sur leurs langues. Poison Kiss et The Last Goodnight s’engouffrent dans la pièce. Hypnotique. Au rythme varié et intense.

Ils se droguent de leurs peaux. Alexandre lui éjacule des mots dans la bouche. Il se branle près des lèvres de la fille. Puis, suce l’autre queue alors qu’elle lui lèche l’anus. A quel moment quittent-ils le sol ? Les corps dansent. Jutent et mouillent. Les mains prennent. Caressent. Murmurent.

Les glands jumelés et humides sont dans sa bouche. Troublants. Une queue qui glisse d’un trou à l’autre. Des bouches qui s’ouvrent. Happent. Une orgie orgeat. Ça miaule. Ça rauque. Ça tangue. Les miroirs clignent des yeux. Les cheveux s’entremêlent. Elle écrase sa tête dans la raie noire. Il lui colle la gueule dans ce sexe béant et sucré. Animaux poètes. Sophistiqués.

Alexandre lui lèche la bouche pendant qu’il remue sur l’autre queue. L’autre garçon lui bouffe le cul. La blonde a la gorge remplie. Return Me. Ass de cœur. Ambivalences et sensualité. Elle lèche à en perdre le souffle dans cette petite touffe de slave. Du clito au chaud du trou. Des lèvres à l’anus. Et toujours, elle le regarde. Le cherche. « Ne me perds pas ! » « Ma terrible et délicieuse amante… ». Les carrés sont multiples. Ils sont devenus des cartes sur un tapis de jeux qu’ils retournent à plaisir. Renversant.

 

About the Author

Cali Rise

No Responses to “Carré d’As(s)”

  1. J’ai chaud, madame ! Toi aussi tu sais le goût âpre du Malesan avant de prendre une queue en bouche ou de laisser sa langue faire des arabesques sur les lèvres australes d’une bien-aimée… Merci pour ce texte torride et bienfaisant.

  2. Le Malesan est un des Bordeaux que je préfère, oui…

  3. hé là, attention chère madame ! une cigarette, même pour deux, c’est VERBOTEN

  4. Z’êtes flic ? sourires.

  5. pas vraiment, y a pour ainsi dire confusion sur le contrôle de vos papiers !! je suis représentant de commerce chez rizla+

  6. sourires. Si ce n’est qu’une histoire de papiers et pas de contenu… Que pouvait donc contenir cette cigarette ? En même temps, qui s’en préoccupe à part vous, Joker. Seriez-vous un descendant de Triboulet ? De Brusquet ?

  7. ch’connaissais même pas ces illustres zigues, votre altesse… vous dire le bouffon !

  8. Vous me voyez flattée de vous avoir appris quelque chose. ;-) Si vous pouviez retirer le votre altesse…

  9. pas de soucis, majesté, si ce n’est que vous seule avez toutes les cartes de votre spip en mains si j’puis dire :) je vous embrasse ?

  10. Z’avez fini d’insister avec le majesté ? Manquerait plus que vous m’appeliez Royale et là, je vous jure, je vous colle une beigne. ;-)

  11. vous me tentez, milady ? imaginez un instant que je prenne du plaisir à la correction :)

  12. Triple oups piqué ! Imaginez que je prenne plaisir à ne pas/plus vous répondre ? ;-)

  13. Un goût de plus que nous avons en commun. Bonne soirée, vous!

  14. Si vous le dites…. Belle soirée à vous.

  15. mmmmh encoore!

  16. Que d’images remémorantes! Merci pour ces textes si enrichissants et adoucissants pour la peau et la pensée :)

    Bien à vous,

    Adrien

    p.s. Merci d’avoir pensé d’écrire ces merveilles. Si vous ne les aviez pas écrites, je n’aurais pu me rappeler des doux souvenirs de mon passé si proche mais pourtant si loin.

    adriwalter.skyblog.com Si vous voulez plus me connaitre et voir mes écrits :)

  17. Adrien, savez-vous que vous m’effrayez quelque peu ? Si votre passé est déjà si riche, que vous reste-t-il à apprendre de la vie ?

    I

    On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
    - Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
    Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
    - On va sous les tilleuls verts de la promenade.

    Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
    L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
    Le vent chargé de bruits, - la ville n’est pas loin, -
    A des parfums de vigne et des parfums de bière…

    II

    - Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
    D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
    Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
    Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

    Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
    La sève est du champagne et vous monte à la tête…
    On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
    Qui palpite là, comme une petite bête…

    III

    Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
    - Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
    Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
    Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…

    Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
    Tout en faisant trotter ses petites bottines,
    Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
    - Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

    IV

    Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
    Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
    Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
    - Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire…!

    - Ce soir-là,… - vous rentrez aux cafés éclatants,
    Vous demandez des bocks ou de la limonade…
    - On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
    Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

    Roman, Arthur Rimbaud, 29 sept. 1870

Leave a Reply

Les tags XHTML sont autorisés: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <blockquote cite=""> <code> <em> <strong>