Corpus # 18
Elle a gardé ses lunettes noires en entrant dans l’église. Des regards se glissent vers elle. Elle les reconnaît. Tous. A côté du curé, à côté de ses frères, une jeune femme inconnue raconte. La voix est hachée. Belle.
- Ce jour-là, nous roulions. Nous revenions de voir ton grand-père… Tu riais. Tu riais si souvent… Nous choisissions le prénom…
Alors elle serait enceinte…
- Et ce chanteur que tu aimais tant…
Puisque l’ombre gagne
Puisqu’il n’est pas de montagne
Au-delà des vents plus haute que les marches de l’oubli
Puisqu’il faut apprendre
A défaut de le comprendre
A rêver nos désirs et vivre des “ainsi-soit-il”
Et puisque tu penses
Comme une intime évidence
Que parfois même tout donner n’est pas forcément suffire
Puisque c’est ailleurs
Qu’ira mieux battre ton cœur
Et puisque nous t’aimons trop pour te retenir
Puisque tu pars
Vincent… Tu n’avais pas le droit. Nous devions nous revoir. Tu avais promis. Tu avais promis !
- Goldman ? C’est qui ce type dont tu as écrit le nom sur ta besace ?
- Je te demande qui est Iron Maiden ?
- Goldman…
Ils la laisse prendre une place dans cette longue file noire. Sa robe rouge crie de douleur. Elle sent la crise arriver. Violente. Quelqu’un lui tend le rameau d’olivier. Elle pose sa paume sur le cercueil en bois clair. Ses jambes fléchissent. Pas maintenant. Pas maintenant ! Sans un regard pour ceux qui se trouvent derrière elle, elle tend le rameau. Il tombe. Elle pleure.
La chaleur étouffante la foudroie au sortir de l’église. Elle vomit contre le mur.





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